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Pour faire face à la pression internationale, les start-up de Skolkovo s'appuient sur le capital-risque

L'Etat russe soutient à grands coups de réductions fiscales les start-up qui font partie de la Silicon Valley locale, Skolkovo. Certaines commencent à prendre leur envol à l'international. D'autres attendent qu'un investisseur mette la main à la poche, notamment via un fonds de capital-risque.
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Pour faire face à la pression internationale, les start-up de Skolkovo s'appuient sur le capital-risque
Pour faire face à la pression internationale, les start-up de Skolkovo s'appuient sur le capital-risque © Fondation Skolkovo

Un épouvantail au milieu d'un champ, affublé d'un T-shirt portant, en violet, la mention "I love Startup village". Skolkovo, la Sillicon Valley russe dont la construction a démarré en 2010, réserve à ses visiteurs un accueil champêtre… C'est que cette nouvelle cité de l'innovation est située à 20 kilomètres au sud de Moscou, en pleine campagne.

Ne pas être au cœur de la capitale n'empêche pas les entrepreneurs réunis les 2 et 3 juin sous les tentes du Startup village, un évènement destiné à mettre en valeur les jeunes pousses locales, de vouloir conquérir le monde. "Il est trop tôt pour estimer le taux de succès et d'échec des projets que nous soutenons, ils sont encore jeunes. Mais plusieurs de nos start-up ont déjà une clientèle à l'étranger", se félicite Edward Kanalosh, directeur des investissements stratégiques de la fondation Skolkovo.

Un mini-satellite prêt à être lancé

Novas, par exemple, a inventé un système "révolutionnaire" de fracturation hydraulique, qui permet d'extraire plus de pétrole ou de gaz d'un champ. "Nous avons créé un partenariat avec un accélérateur de start-up à Hudson aux USA, spécialisé dans l'énergie. Plusieurs entrepreneurs russes y sont allés avec nous pour chercher des financements et rencontrer de potentiels clients. L'équipe de Novas a trouvé un investisseur canadien et a signé un premier contrat aux Etats-Unis", raconte Nicolay Grachev, qui dirige le cluster énergie de la fondation. Skolkovo a signé cinq partenariats similaires avec des accélérateurs, notamment au Royaume-Uni et en Chine.

 

Retrouvez ici notre série tour du monde : les 10 autres Silicon Valley

 

D'autres start-up ont des crocs suffisamment acérés pour espérer toucher le marché international, comme Dauria Aerospace. Le premier mini-satellite commercial qui sera lancé en Russie par une société privée au mois de juin, a été fabriqué par la jeune pousse à Skolkovo. "Nous pensons même avoir trouvé notre version locale de Huawei (un géant chinois de l'Internet, ndlr) ", sourit Igor Bogachev, le directeur du cluster IT. Il s'agit de T8, une entreprise "championne du monde homologuée" de la transmission de données, selon ses fondateurs.

1050 start-up à Skolkovo

Mais ces start-up à fort potentiel de développement ne sont pas les seules à être soumises à la pression internationale : "Nous poussons nos entrepreneurs à créer des structures compétitives sur le marché mondial, même s'ils veulent se concentrer sur des clients russes. Avec la mondialisation, si vous n'êtes pas capables de rivaliser avec une société américaine, vous ne tenez pas deux ans", analyse Nicolay Grachev.

Afin d'aider les 1050 start-up sélectionnées pour faire partie des cinq clusters de Skolkovo (IT, biomédical, énergie, espace et nucléaire) à percer, l'Etat met la main à la poche : il offre aux résidents de la fondation d'importantes réductions d'impôts pendant 10 ans. Les charges sociales, qui pèsent lourd dans le budget de ces jeunes sociétés qui emploient souvent des ingénieurs très qualifiés, passent de 32 à 14%. Les membres de la Silicon Valley russe ne payent pas d'impôts sur les bénéfices tant que leur chiffre d'affaires ne dépasse pas les 300 millions de roubles. Les taxes douanières et la TVA sont également réduites.

Des mentors pour les jeunes pousses

La fondation mise aussi sur les entreprises privées pour aider ses jeunes pousses à trouver leur marché. Le fournisseur de logiciels allemand SAP, par exemple, a fourni à l'organisation des mentors pour les start-up. Les groupes peuvent, comme Intel, organiser sur place des concours pour trouver des pépites qu'ils intègrent ensuite à leur structure en interne.

Ils sont aussi sollicités pour des investissements directs dans les entreprises, avec leurs fonds de capital-risque. "69 groupes ont misé 12 milliards de roubles (environ 300 millions d'euros) en trois ans et demi sur les entrepreneurs de l'écosystème Skolkovo", précise Edward Kanalosh, directeur des investissements stratégiques de l'organisation.

Développer le capital-risque

"C'est l'une des raisons qui a poussé le gouvernement russe à créer Skolkovo : non seulement il voulait développer de nouveaux champs de son économie, mais également augmenter le nombre d'opérations de capital-risque. Jusqu'aux années 90, dans la Russie communiste, ce mode de financement n'existait bien entendu pas. Depuis, il émerge doucement. Le gouvernement veut accélérer le développement de ce type d'investissements qui permettent à l'écosystème des jeunes entreprises innovantes de se fortifier", analyse Nicolay Grachev.

En attendant qu'un groupe international leur tende la main, les entrepreneurs, russes pour la plupart, font le pied de grue dans les tentes installées spécialement sur le site de Skolkovo pour le Startup village. Ils se promènent au bord de l'étang artificiel, construit à proximité du seul bâtiment achevé au bout de trois ans et demi de travaux. Ils regardent avec un mélange d'amusement et d'anxiété le panneau planté au bord de l'eau, qui dit en Russe : "attention, les start-up peuvent couler".

Lélia de Matharel

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