Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Pourquoi The Economist ne croit pas à une nouvelle bulle dans la Silicon Valley

Vu ailleurs Les valorisations des licornes californiennes font renaître le spectre de la bulle Internet. Mais pour The Economist, de l’eau a coulé sous le Golden Gate depuis l’an 2000. Google n’était alors qu’une startup et la planète ne comptait que 400 millions d’internautes. Aujourd’hui, le numérique régit le monde et la Silicon Valley a appris à se doter de modèles économiques crédibles.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Pourquoi The Economist ne croit pas à une nouvelle bulle dans la Silicon Valley
Pourquoi The Economist ne croit pas à une nouvelle bulle dans la Silicon Valley © Emmanuelle Delsol

Y aura-t-il une nouvelle bulle venue de la Silicon Valley à Noël ? Le traumatisme toujours présent dans les esprits de la bulle Internet en 2000 fait craindre aux observateurs un nouveau Big One californien, aux conséquences encore plus lourdes. Dans un article titré "To fly, to fall, to fly again" (s’envoler, tomber, s’envoler de nouveau, ndlr) par analogie avec le Kite Surf cher aux habitants de la baie de San Francisco, le magazine The Economist a pesé le pour et le contre. Il rappelle en particulier que 15 longues années ont passé (une éternité à l’ère numérique) et combien la comparaison est hasardeuse. En 2000, le Web faisait ses premiers pas, le monde ne comptait que 400 millions d’internautes contre 3,2 milliards aujourd’hui, les smartphones n’apparaitraient pas avant 8 ans, Google avait deux ans, et ni Facebook, ni Twitter, encore moins AirBnB et Uber n’existaient…


Google avait deux ans
Reste que des similitudes existent. Alors qu’à la fin du siècle dernier les sites internet et marchands se multipliaient en particulier dans la Silicon Valley, aujourd’hui la petite bande de terre californienne regroupe près de 100 "licornes", ces toutes jeunes startups valorisées au-delà du milliard de dollars, comme le précise de son côté Vanity Fair. "Les startups sont devenues si familières, note The Economist, que l’on trouve des cartes de vœux qui disent "Félicitations pour avoir bouclé votre premier tour (de financement)" !

 

"C’est un peu comme vivre à Florence durant la Renaissance" ose même un jeune entrepreneur. Le 20 juillet 2015, continue l’article, avec 5000 milliards de dollars, le Nasdaq a dépassé son précédent record atteint en… l’an 2000. Les symboles pèsent parfois lourds. Des acquisitions comme celle d’Instagram par Facebook pour un milliard de dollars perturbent toutes les analyses et nourrissent encore davantage les inquiétudes. Mais pour The Economist, "se contenter de croire que l’histoire va se répéter, c’est oublier combien les choses ont changé". Alors ? Back to the future ou pas ?


Des modèles économiques plus solides
Pour commencer, analyse le magazine, contrairement à ce qui s'est passé en 2000, aujourd'hui rares sont les entreprises technologiques qui se contentent de promettre qu’elles gagneront de l’argent. Elles en gagnent déjà. Ou du moins, elles ont des modèles économiques plus crédibles et plus réalistes que leurs aînées. L’âge moyen d’entrée en bourse est de 11 ans avec un chiffre d'affaires de 91 millions de dollars. Et même l’emballement boursier ne suit pas le rythme du début du millénaire. Le doublement du cours après introduction est désormais denrée rare. Qui plus est, les risques sont répartis auprès d’un petit nombre restreint d’investisseurs. Le plus souvent privés, d’ailleurs.


Trop de cash trop vite pour dominer le marché ?
Reste que The Economist identifie au moins deux problèmes dans la situation actuelle. D'abord, la valeur de plus en plus imposante des entreprises numériques détenues par des fonds privés, justement. Ensuite, les montants démesurés de cash que ces investisseurs leur confient pour qu’elles dominent leur activité le plus vite possible.

 

Il n’a jamais été aussi simple de monter une start up dans la Silicon Valley, mais la faire croître est une autre affaire. Et le premier s'imposer avec le plus grand nombre d’internautes possible décroche le gros lot. Pour tous les autres, la vie sera bien plus difficile. Après Google, finis les moteurs de recherche. Après Facebook, finis les réseaux sociaux. Après Uber, finis les plates-formes de VTC. Et c’est à peine une caricature. Un VC cité par The Economist explique qu’il n’y a pas de précédents à une telle situation dans laquelle on donne des centaines de millions de dollars à des entreprises, où on les pousse à grossir au maximum, et où on se moque qu’elles soient rentables.


Des risques liés à la régulation
Il est devenu beaucoup plus facile de se financer sans la bourse, selon l’article. Pour autant, ce n’est pas sans risques pour les investisseurs. La régulation se met parfois en travers des ambitions de leurs protégés. Uber en est un exemple. De moins chanceux (et moins omniprésents) que lui, ont déjà mis la clé sous la porte comme la plate-forme Homejoy. La justice l'a contraint à considérer ses "travailleurs" (personnel de ménage à domicile) comme des employés. Pour le magazine, la survalorisation expose aussi davantage les start-up à une chute plus dure.

 

Et certaines entreprises sont si chères qu’elles effraient même les plus gros acquéreurs de la vallée. Il évoque la course aux ingénieurs surpayés dans la région. Et la colère qui gronde du côté de la population californienne face à la hausse des prix du logement, entre autres. Sans oublier que chaque fois que la Silicon Valley éternue, le monde entier est désormais au courant. Grâce aux outils qu’elle a elle-même mis au point, sa couverture media est devenue quotidienne et planétaire.


Pour The Economist, "aussi sûr que le brouillard finit toujours par tomber chaque soir sur San Francisco, l’économie numérique finira par ralentir". Mais ce ne sera jamais aussi violent et étendu que l’éclatement de la bulle de 2000. Champagne ?

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale