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Productivité du numérique : il est urgent de changer de thermomètre

Étude Analyse Circulez, y'a rien à voir, c'est le message dangereux colporté par certains spécialistes selon lesquels les promesses du numérique ne seraient pas au rendez-vous. La transformation numérique serait décevante car les gains de productivité ne sont pas au rendez-vous. Sauf que cela signale surtout l'inadéquation des outils utilisés pour les spécificités de l'économie qui émerge. Il est urgent de ne pas relâcher ses efforts.
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Productivité du numérique : il est urgent de changer de thermomètre
Productivité du numérique : il est urgent de changer de thermomètre © cc Petit-Louis sur Flickr

La messe (numérique) serait dite. La révolution numérique n'aurait pas produit tous ses effets en termes de croissance. La preuve, la croisance du secteur se tasse. C'est une petite musique qu'on entend ici ou là, qui fait la Une d'un grand quotidien du soir. C'est même d'après l'Idate une des tendances clés pour comprendre les évolutions en cours et qui vont déteminer l'économie à venir. "L'innovation numériques serait loin d'avoir l'effet radical et une durée qu'on pu avoir la machine à vapeur ou l'électricité. Nous serions condamnés à une progression très modérée de la productivité ", résument les auteurs de l'Idate qui précisent ne pas complètement souscrire à ce pessimisme.

 

Et si tout cela n'était qu'un effet d'optique statistique. Si on ne réussit pas à mesurer l'effet du numérique c'est aussi parce qu'on n'a pas les outils idoines pour le faire. Depuis longtemps, les économistes critiques ont montré l'absurdité d'un mode de comptabilisation qui fait qu'une heure passée dans un embouteillage contribue à augmenter la production puisque de l'essence est consommée.
Avec le numérique, c'est un peu le même problème. Par exemple, toutes les formes d'activités ne sont pas forcément comptabilisées. Tout ce qui sort du cadre marchand classique lui échappe.

 

Des Gains invisibles

Plus encore, le numérique, comme le note le président du think tank Renaissance numérique, Henri Isaac, concerne d'abord les usages. En outre, il note qu' "une partie des gains du numérique sont invisibles". Ils échappent au radar des statisticiens.

Si demain un consommateur choisit de passer ses vacances en utilisant une plateforme de location de logements chez des particuliers plutôt que de réserver dans un hôtel, il déboursera moins d'argent, la production augmentera moins.

 

De même, chaque fois que vous utilisez un service de type Drivy, au lieu de multiplier les achats de voiture, vous utilisez celle d'un tiers qui vous la prête moyenant un paiement. La valeur enregistrée dans les comptes nationaux sera inférieure. Or, du point de vue global, un même bien rend plus de service dans l'économie collaborativie que dans l'économie classique. Et ça la statistique publique peine à le mesurer et à le restituer.

 

En outre, de plus en plus de personnes tirent une part non négligeable de leurs revenus sur les plateformes colalboratives. Si ces sommes ne sont pas déclarées au fisc, elles ne sont pas aussi vraiment enregistrées dans les comptes nationaux. Citant une étude réalisée par le Pipame (un organisme d'études public) intitulée Enjeux et perspectives de la consommation collaborative, Henri Isaac rappelle que "5,2 % de la population française tire plus de 50 % de son revenu de la consommation collaborative. Chez les 24 35 ans, c'est 12 % de la population qui tire plus de la moitié des revenus de la consommation collaborative".

 

Le e-système D pour faire face à la stagnation salariale

Le salarié qui loue son appartement pour les vacances pour financer ses vacances, qui met à disposition sa voiture, ou vend les affaires du petit dernier sur des sites du type le bon coin. Lors d'une enquête que nous avons réalisé en février 2015 pour L'usine nouvelle, nous avions rencontré une cadre qui covoiturait le soir des personnes, ce qui lui rapportait de quoi payer l'amortissement de sa voiture et ses frais d'essence.

 

Toutes ces sommes échappent plus ou moins aux appareils statistiques classiques. Dès lors, les débats sur la productivité évaporée de la transition digitale ratent l'essentiel : la transformation en profondeur des modèles de consommation et de production .

 

Entre consommateur et producteur, une frontière plus floue

Le changement fondamental introduit par le numérique est qu'il rend caduque la vieille comptabilité nationale telle que l'ont apprise tous les étudiants en première année : les entreprises produisent et investissent, les ménages consomment et travaillent et l'Etat redistribue. Henri Isaac résume l'importance de la mutation en cours : "Le consommateur est devenu un producteur. Cette révolution initiée par l'économie des services par Ikea ou les banques, le numérique la généralise ".

 

La prochaine fois que vous enregistrerez vos bagages avant de prendre l'avion, vous contribuerez à l'augementation de la productivité et personne ne le saura.  

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Leonid Styrnikov
28/09/2017 18h06 - Leonid Styrnikov

"La prochaine fois que vous enregistrerez vos bagages avant de prendre l'avion, vous contribuerez à l'augementation de la productivité et personne ne le saura." C'est précisément l'exemple d'une non productivité, la même tâche est faite par une personne différente avec une efficacité moindre car elle n'est pas formée pour cela (combien de fois ai je du renoncer après avoir pesté que la machine ne retrouvait pas le bon code, et qu'il me fallait aller au desk d'enregistrement...) Et pourtant le gain économique qui consiste à substituer un travail non payé (le mien) à un travail payé sera bien comptabilisé comme un surplus par la comptabilité nationale, puis qu'on aura enregistré plus de bagage avec un cout moindre (en supposant que la borne coute moins cher qu'un salarié, ce qui reste à démontrer) Dans ce cas la comptabilité nationale est bonne fille elle compte en bonus quelque chose qui n'est qu'un jeu de bonneteau. Comme disait Bertrand Russell, "il y a deux sortes de travail, le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière d'un endroit à un autre, le second consiste à faire réaliser cette tâche par un autre". L'idéologie du prosumer à clairement choisi son camp.

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