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Quand le festival d’Annecy se met à l’heure de l’animation en réalité virtuelle

Du haut de ses presque 60 ans, le festival du film d’animation d’Annecy sait vivre avec son temps et propose pour la première fois une sélection de courts métrages en réalité virtuelle en compétition, dont le palmarès sera dévoilé samedi 15 juin 2019 lors de la cérémonie de clôture. 9 oeuvres ont concouru, toutes différentes et qui témoignent de l'incroyable créativité rendue possible par ce nouveau format. 
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Quand le festival d’Annecy se met à l’heure de l’animation en réalité virtuelle
Le court métrage Ayahuasca - KosmiK Journey de Jan Kounen était présenté dans un simulacre de forêt. © Jean-Kléber Lauret
La France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Afrique du Sud, le Royaume-Uni, le Luxembourg, l’Argentine, les États-Unis : 8 pays, 8 cultures différentes, venus présenter au total neuf courts métrages en réalité virtuelle à l’occasion de la 59e édition du festival d’Annecy. Depuis 2016, cet événement mondial dédié à l’animation s'intéresse à la VR, mais c’est la première fois que cette dernière intègre officiellement la compétition. Il fallait donc que la sélection soit de qualité, mais aussi la plus diversifiée possible. 
 
 
"Ayahuasca - KosmiK Journey" et "Le Cri" deux films français 
Parmi les réalisateurs venus présenter leur oeuvre en VR, notons le français Jan Kounen, connu dans le cinéma "traditionnel" pour Doberman, Blueberry ou 99 francs. Il présente à Annecy "Ayahuasca - KosmiK Journey", véritable trip mystique ayant pour but de reproduire les sensations d’une prise de psychotrope en pleine forêt amazonienne, en compagnie d’un chaman. Guidé par le chant de ce dernier, le “spectateur” passe par plusieurs états/étapes : entouré de formes abstraites, enfermé dans une sphère multicolore, avalé par un serpent gigantesque… L’expérience, de presque 20 minutes, se veut à la fois zen et complètement hallucinée. Le HTC Vive est ici utilisé, mais l’interaction est malheureusement très limitée, à tel point que l’on se demande si un Oculus Go n’aurait pas suffi. On en ressort bizarrement détendu.
 
 
Dans la catégorie "cocorico", nous avons été bien plus convaincus par "Le Cri", du duo Sandra Paugman et Charles Ayats. Co-produit par Arte France, qui s’était déjà illustré à travers une excellente série de vidéos à 360 degrés dédiées à différentes oeuvres d’art, "Le Cri" s’intéresse au célèbre tableau éponyme d’Edvard Munch, mais surtout à la psyché torturée de l’artiste. Équipé d’un casque  "Leap Motion", l’utilisateur voit littéralement ses mains dans l’espace virtuel et peut faire des mouvements très précis. Face au tableau, dans une galerie d’art épurée, il va commencer à toucher la toile, en déformer les couleurs, puis partir dans un autre monde, qui pourrait être celui du tableau. En dire plus serait gâcher la surprise, mais l’usage des gestes et souvent très bien trouvé et la narration nous permet d’en apprendre plus sur l’oeuvre et son auteur.
 
 
Gardons nos coups de coeur pour la fin et évoquons rapidement d’autres réalisations un peu plus mineures, mais non dénuées d’intérêt : "Nothing to be written", réalisé par Lysander Ashton, est un court métrage de moins de 7 minutes, qui superpose des couches de réalité en prenant comme contexte la Première Guerre mondiale. À travers des lettres de soldats qui flottent dans les airs (il est possible de s’en saisir), l’on passe des tranchées à un hôpital, puis à l’intérieur d’une maison que l’on devine être celle des parents d’un soldat parti au front. Souvent saisissant, mais à la narration un poil obscure, "Nothing to be written" mérite tout de même le coup d’oeil. Difficile, en revanche, de s’enthousiasmer pour "Dr Who - The Runaway" et "tx-reverse 360°" : le premier est un pur produit commercial à la gloire de la célèbre série britannique, sympathique, mais vite oublié, et le second un étrange délire où les spectateurs d’une salle de cinéma nous regardent pendant que le temps se distord.
 
 
Petite déception, également, pour "The Lost Botanist" (ci-dessus), qui présente un superbe univers inspiré des dioramas, mais qui peine à convaincre côté narration et interactivité. Passons également rapidement sur "Gloomy Eyes", qui propose un très joli rendu "façon plateau de figurines" et une direction artistique particulièrement inspiré de Tim Burton. S’il ne gagnera pas la palme de l'originalité et s’avère bien trop court, il affiche un sens de la transition bien trouvé.
 
Des loups et des poupées pour nous séduire
Enfin, nos deux "prix du coeur" reviennent à "Gymnasia" et "Wolves in the wall". Le premier nous vient du Canada et est réalisé en duo (Chris Lavis, Maciek Szczerbowski). Il ne dure que 6 minutes, mais fait preuve d’une belle maîtrise de la narration, sans aucune parole, et surtout d'un belle mise en scène. À la limite de l’horreur, et souvent dans la malaise, Gymnasia nous place au milieu d’un gymnase désaffecté où d’étranges poupées ont élu domicile. Travail admirable sur la spatialisation du son, rendu bluffant en 3D précalculée… "Gymnasia" et aussi fascinant que dérangeant. On en vaudrait cependant bien plus, comme si ce court moment n’était que l’introduction de quelque chose de bien plus grand.
 
 
Quant à "Wolves in the Wall", réalisé par Peter Billington, ancien d’Oculus Studios, il s’avère à la frontière du jeu vidéo, grâce à une interactivité très poussée. Mais, surtout, cette histoire d’une petite fille obsédée par la présence de loup dans les murs de sa maison (inspiré d’une histoire de Neil Gaiman) est un petit bijou de mise en scène et de sens du rythme, le réalisateur ayant toujours en tête de guider naturellement et subtilement le regard du spectateur.
 
 
À travers ces 9 oeuvres en réalité virtuelle, le Festival d’Annecy montre en tout cas la grande sensibilité artistique dont font désormais preuve les créateurs de contenus en réalité virtuelle. Au-delà de la maîtrise technique de l’outil, il est rassurant de voir les artistes développer ces nouveaux codes narratifs et de mise en scène. Et encore, nous n’en sommes qu’au tout début et il reste à inventer bien des façons de raconter une histoire. Le meilleur est à venir. 
 

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