Quand les chauffeurs diront f**k à Uber

Uber a sorti 100 millions d'euros pour faire taire ses chauffeurs qui voulaient devenir salariés.

Une stratégie qui devrait marcher. Pour cette fois...

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Quand les chauffeurs diront f**k à Uber

Dans un billet de blog posté ce 21 avril, Travis Kalanick, le CEO d'Uber a été très clair : "les chauffeurs resteront des travailleurs indépendants, pas des employés." Un billet, pas anodin, en réponse à la proposition d'accord fournie par la licorne californienne à la justice américaine le même jour. L’objectif est simple : que cessent deux class-actions à son encontre. Attaquée par des collectifs de chauffeurs, qui voulaient être reconnus comme salariés, à la fois en Californie et dans le Massachussetts, l’entreprise de VTC compte ainsi éviter un procès qui devait démarrer le 20 juin.

Et le patron a sorti son chéquier : "Uber va payer 84 millions de dollars aux plaignants." 16 millions de dollars viendront s'y ajouter si Uber entre en bourse et que sa valorisation atteint 150% de celle calculée en décembre 2015, un an et demi après l'IPO. 100 millions de dollars pour avoir la paix, accompagnés de la publication d'une "politique de désactivation" pour rendre transparents les critères sur lesquels certains chauffeurs sont écartés.

S'organiser en coopérative...

Le problème est-il ainsi résolu ? Sur le long terme ? Combien de temps les chauffeurs vont-ils avoir envie de devenir salariés d'Uber ?... Combien de temps ceux qui veulent gagner de l'argent en conduisant auront-ils besoin d'Uber ? Si nous sommes encore dans la mue d'une économie en pleine numérisation, que deviendra Uber dans le cadre d'une économie totalement numérisée ?

Devant une poignée de journalistes avec qui il déjeunait à Paris en début de semaine, l'économiste américain Jeremy Rifkin auteur de "La troisième révolution industrielle" s'est mis à la place des chauffeurs de VTC : "Why the hell are we giving money to Uber for ?" En effet, pourquoi ?

...Jusqu'à l'arrivée des véhicules autonomes

En créant une coopérative et en développant leur propre application, ils pourraient offrir le même service, sans avoir à alléger leur porte-monnaie des 20% de commission récupérés par Uber. Les chauffeurs pourraient donc faire payer les courses 20% de moins… ou gagner 25% de plus (do the math ;-)), ou choisir une solution intermédiaire. Bref : clients comme chauffeurs ne s'en porteraient que mieux, même si l'on prend en compte le coût de développement d'une plate-forme autre et celui de sa maintenance.

Et, preuve que l’idée est bonne, certains la mettent déjà en application : ce mardi 19 mars, le français eCab a annoncé son alliance avec l'allemand taxi.eu pour former la première plate-forme numérique européenne de réservation de taxis. Regroupant 100 000 taxis européens, la solution est de facto nativement déployée dans 10 pays et 100 villes. Alors oui, il faudra offrir une qualité de service d'aussi bon niveau pour convaincre les utilisateurs déçus des taxis et convaincus par Uber. Mais s'ils ont mis le temps, la numérisation des taxis est finalement en cours… reste à savoir s'ils gagneront cette bataille avant qu'on se promène tous en véhicules autonomes.

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