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Que pensent les fournisseurs français de cloud des futures offres Bleu et S3NS ?

Microsoft, Orange et Capgemini puis Google Cloud et Thales ont annoncé successivement le lancement de leurs coentreprises – baptisée "Bleu" dans le premier cas et "S3NS" dans le second – pour commercialiser de futures offres qui devraient être labellisées "SecNumCloud". Sans grande surprise, les réactions des entreprises françaises du secteur ne se sont pas fait attendre. L'Usine Digitale a pu échanger avec certaines d'entre elles.
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Que pensent les fournisseurs français de cloud des futures offres Bleu et S3NS ?
Que pensent les fournisseurs français de cloud des futures offres Bleu et S3NS ? © Unsplash

"Je ne vois pas ce que vous appelez souverain là-dedans !", déclare Quentin Adam, le CEO de Clever Cloud, à propos de "Bleu" et de "S3NS", les joint-ventures fondées par Microsoft, Orange et Capgemini d'un côté et Thales et Google Cloud de l'autre.


Une échéance fixée à 2024

Ces coentreprises, dont le lancement vient d'être annoncé, promettent de commercialiser des offres labélisées "SecNumCloud" en 2024 pour Bleu et plus précisément au deuxième semestre 2024 pour S3NS. Ces échéances sont très largement critiquées. "Les masques tombent : les promesses de confiance, survendues en 2021, vont relever pour longtemps encore d'une illusion", écrit Yann Lechelle, directeur général de Scaleway, dans un échange par email avec L'Usine Digitale.

"Il y a beaucoup de 'si', note Quentin Adam. Il y a un fort risque de non fonctionnalité de l'offre." En effet, ces entreprises parient sur l'obtention dans un délai relativement court du visa de sécurité par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). Or, ce label est particulièrement exigeant, rappelle David Chassan, directeur de la stratégie de 3DS Outscale, la filiale cloud de Dassault Systèmes, qui est déjà certifiée. "Il y a beaucoup d'arrogance à dire : 'nous serons SecNumCloud', juge-t-il. Cela ne s'achète pas sur un rayon de supermarché ! Il ne suffit pas de mettre les données dans un data center en France."

Même réaction du côté d'OVHcloud, qui possède également le visa de sécurité. "Par rapport à notre expérience, c'est un peu présomptueux de se targuer d'obtenir une certification qui demande des efforts et des investissements conséquents sur le long cours", explique un porte-parole de l'entreprise. "De notre côté, au bas mot, depuis la décision d'investir sur ces solutions-là, il nous a fallu pas loin de deux ans", ajoute-t-il.

Aux entreprises de choisir ?

Désormais, tout est une question de choix, pour David Chassan de 3DS Outscale. "Le décideur informatique peut faire un choix responsable. Là où un Leclerc joue la proximité de ses fournisseurs pour l'alimentaire, il pourrait jouer aussi de la proximité auprès des technologies numériques disponibles sur le territoire", note-t-il. Une référence qui n'a pas été choisie par hasard, E.Leclerc étant client de Google Cloud.

"La souveraineté n'est pas qu'une question de cybersécurité mais également de marché", analyse de son côté Quentin Adam de Clever Cloud. "A-t-on réellement envie de mettre à la poubelle un secteur économique entier qui double sa masse tous les ans", se demande-t-il. Notons qu'aujourd'hui les fournisseurs américains – Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure et Google Cloud Platform – sont largement devant les acteurs européens et français sur le marché français du cloud.

Ils captent 69% du marché européen à eux seuls, d'après une étude de Synergy Research Group dont les résultats ont été publiés le 21 septembre 2021. Parmi les acteurs européens, Deutsche Telekom fait la course en tête avec... 2% des parts de marché. L'Allemand est suivi par des entreprises comme OVHcloud et Orange, mais leurs parts de marché ont chuté entre le premier trimestre 2017 et le deuxième trimestre 2021.

L'occasion de consolider l'écosystème français et européen

Pourtant, pour David Chassan, l'écosystème français "n'a pas à rougir". Bien au contraire. "Nous sommes tout aussi performant voire plus avec les mêmes tarifs qu'AWS", déclare-t-il. Pour OVHcloud, c'est l'occasion où jamais de consolider l'écosystème à l'échelle européenne pour "démontrer qu'il existe des solutions pertinentes, accessibles et déjà disponibles" le temps que Bleu et S3NS obtiennent le fameux sésame de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi). 

Quentin Adam reconnaît qu'il s'agit aussi d'une question de volonté politique. "En effet, cela manque un peu d'entrain politique, répond-t-il. Si nous voulons qu'il y ait une industrie technologique en Europe, il va falloir la soutenir et ça serait bien d'arrêter de se réjouir d'informations qui ne sont pas des bonnes nouvelles."

Des offres qui répondent à la doctrine gouvernementale

En effet, n'oublions pas que les futures offres franco-américaines répondent à la doctrine "Cloud au centre", présentée l'année dernière par le gouvernement. Celle-ci prévoit la possibilité pour des "offres hybrides" d'être compatibles avec "le cloud de confiance", un label de sécurité qui inclut le respect du référentiel SecNumCloud".

"Les services pourront être licenciés par des entreprises du monde entier permettant ainsi aux entreprises et administrations françaises de bénéficier des services les plus innovants", peut-on lire sur le site de la direction interministérielle du numérique (Dinum). Ces solutions devront localiser leurs infrastructures et opérer leurs systèmes en Europe. De plus, les portages opérationnel et commercial de l'offre devront être assurés par une entité européenne détenue par des acteurs européens.

Il reste donc à savoir si l'Anssi approuvera ces offres. Ces dernières devront aussi répondre aux exigences du futur schéma de certification de cloud européen, qui sera adopté par l'Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA). Le niveau "élevé" devrait intégrer une obligation d'immunité aux lois extra-territoriales. "Tout cela doit être préservé, même si les Américains sont déjà à la manoeuvre pour dénaturer cette initiative", note David Chassan. 

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