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Rachat de Gameloft : Vivendi ne se fourvoie-t-il pas en revenant dans le jeu vidéo ?

Analyse Le couperet est tombé : l'OPA hostile de Vivendi contre l'éditeur de jeux vidéo Gameloft a réussi. Le prochain sur la liste est son grand frère, Ubisoft, l'un des grands champions français du numérique. Mais la stratégie de prise de contrôle du secteur vidéoludique français par Vivendi a-t-elle du sens ? Analyse.
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Rachat de Gameloft : Vivendi ne se fourvoie-t-il pas en revenant dans le jeu vidéo ?
Rachat de Gameloft : Vivendi ne se fourvoie-t-il pas en revenant dans le jeu vidéo ? © DR

Cela durait depuis des mois. Vivendi montait petit à petit au capital de Gameloft, spécialiste français du jeu mobile, contre la volonté de ses dirigeants, incarnés par la famille Guillemot. Dans un communiqué publié le 31 mai, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé la fin de la partie. Vivendi possède désormais 61,71% du capital de Gameloft et au moins 55,61% de ses droits de vote. Le groupe de Vincent Bolloré est donc parvenu à prendre le contrôle de l'éditeur au terme de son offre publique d'achat hostile, qui avait été lancée en février et a pris fin la semaine dernière.

 

Vivendi a fait depuis le départ preuve d'une grande détermination dans sa stratégie de prise de contrôle des sociétés des frères Guillemot, Gameloft et Ubisoft. Son offre de rachat pour Gameloft a par exemple été fixée à 8 euros par action, alors que le cours avoisinait les 4 euros avant qu'il n'affiche ses intentions en octobre dernier. La valorisation de l'entreprise, qui a réalisé 256 millions d'euros de CA en 2015, atteint désormais les 700 millions d'euros. La prochaine étape pour le groupe sera d'obtenir la majorité des sièges au conseil d'administration de l'entreprise. Vivendi espère mettre en place des synergies entre ces acteurs du jeu vidéo et ses propriétés dans les médias, comme le groupe Canal Plus – dont il avait également agressivement pris le contrôle par le passé – mais aussi Universal Music et Dailymotion.

 

Une volonté de synergie difficile à distinguer

Dans une lettre aux employés de Gameloft qui se veut rassurante (tout en soulignant une volonté de croissance forte), Vivendi définit ces synergies comme suit : "la co-création de contenus, le développement de nouvelles franchises, la constitution de communautés et d'audiences élargies, la mutualisation des réseaux de distribution." Ces arguments ne convainquent ni Michel ni Yves Guillemot, respectivement PDG de Gameloft et d'Ubisoft. Ce dernier a tonné plusieurs fois dans les médias contre ce qu'il perçoit comme une agression, en arguant que la liberté créative de son entreprise était au cœur de son succès depuis 30 ans (Ubisoft est le 3e plus grand éditeur de jeux vidéo au monde). Une tentative de défense bien compréhensible, car rien ne garantit qu'Ubisoft résistera là où Gameloft a échoué.

 

Il faut dire que la création de franchises conçues dès l'origine comme plurimédias n'est pas nécessairement un gage de succès. Si des exemples de propriétés intellectuelles étant passées d'un média à l'autre avec succès existent, elles font figure d'exception à la règle. Les différences fondamentales entre les médias interactifs comme les jeux vidéo et les médias traditionnels comme le cinéma ou la télévision réduisent par ailleurs l'étendue des synergies qu'il est possible de mettre en œuvre lors de la conception des franchises. On peut donc se demander si un partenariat exclusif concernant l'adaptation d'un catalogue de propriétés intellectuelles n'aurait pas rempli sensiblement le même rôle.

 

Une stratégie pas forcément durable, mais clairement risquée

On peut aussi s'interroger sur la longévité de cette stratégie. Vivendi était jusqu'en 2013 détenteur de la majorité de l'américain Activision Blizzard, le premier éditeur de jeux vidéo en monde. Activision lui a en racheté une grande partie pour 8,2 milliards de dollars afin de regagner son indépendance. Deux ans plus tard, Vivendi s'attaque à Ubisoft et Gameloft contre leur volonté. Simple changement de stratégie ? Volonté d'acheter français ? Une chose est sûre : l'adaptation au cinéma de la franchise Warcraft de Blizzard n'est pas moins prestigieuse que celle de la franchise Assassin's Creed d'Ubisoft. Et le succès, critique comme commercial, n'est pas plus garanti pour l'un que pour l'autre.

 

Dernier point : la création de jeux dérivés de films a un certain sens sur mobile, surtout auprès des enfants. Disney l'a compris depuis longtemps. De ce point de vue, l'acquisition de Gameloft est justifiée. L'entreprise s'est spécialisée dans les titres mobiles plagiant des jeux console à succès, comme Modern Combat, Asphalt, ou Order & Chaos, et dans les adaptations de licences comme Disney Magic Kingdom. Mais les productions massives d'Ubisoft (Assassin's Creed, Far Cry, Tom Clancy's The Division...) sur PC et consoles coûtent aussi cher à produire qu'un blockbuster au cinéma. Le risque financier d'une stratégie de franchises consolidées est donc non négligeable au vu des moyens qui auront été engagés à la base. Il faut espérer que ce feuilleton ne se termine pas par la déchéance d'Ubisoft, qui reste encore aujourd'hui l'un des rares champions français du numérique à l'échelle mondiale.

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1 commentaire

Philippe
02/06/2016 13h56 - Philippe

Stratégie d'autant plus risquée que la majeure partie des créatifs et esprits visionnaire de cette industrie son jeune et généralement plutôt anti-systéme. En deux mots Bolloré est très, très loin de leur idéal s'ils devaient choisir un patron. On risque des fuites de ressources qui affaibliront indéniablement cette entreprise.

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