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[Réalité virtuelle] Le HTC Vive baisse de 200 euros : quel bilan pour le marché naissant ?

Analyse HTC baisse le prix de son casque de réalité virtuelle pour l'amener à 699 euros. Une réponse aux baisses de prix de son principal concurrent, l'Oculus Rift. Mais quel sera son impact sur la stratégie de HTC ? L'entreprise s'est imposée comme un leader de la VR sur PC en 2016, mais le marché est encore trop petit pour générer de véritables bénéfices. D'autant que le constructeur souffre depuis plusieurs années sur son principal secteur : celui des smartphones. Saura-t-il tenir le rythme face à un rival qui bénéficie des réserves financières de Facebook ? Analyse.

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[Réalité virtuelle] Le HTC Vive baisse de 200 euros : quel bilan pour le marché naissant ?
[Réalité virtuelle] Le HTC Vive baisse de 200 euros : quel bilan pour le marché naissant ? © HTC

HTC annonce ce 21 août 2017 une baisse de prix de 200 euros pour son casque de réalité virtuelle, le HTC Vive. Il passe de 899 euros à 699 euros, se rapprochant ainsi du prix de son principal compétiteur, l'Oculus Rift.

 

Une réaction à la baisse de prix du Rift

Le Rift a d'abord connu une baisse de prix de 200 euros en mars dernier (100 pour le casque et 100 pour les contrôleurs à détection de mouvement, vendus séparément), amenant son prix à 708 euros. En juin, Oculus a taillé à nouveau dans les prix avec une promotion à durée limitée pour seulement 449 euros. Celle-ci s'est accompagnée d'un nouveau bundle qui contient le casque et ses contrôleurs Touch plus deux capteurs, mais n'inclut plus de contrôleur Xbox ni la télécommande Oculus Remote. Après cette promotion, qui a été prolongée de quelques semaines "suite à son succès", le prix sera fixé à 549 euros. En rajoutant un troisième capteur pour avoir des fonctionnalités room-scale équivalentes au Vive, on se retrouve avec un prix actuel de 518 euros, qui montera à 618 euros en septembre.

 

Le Vive reste plus cher à capacités égales

Le HTC Vive reste donc un peu plus coûteux malgré cette baisse, un positionnement qui reste dans la lignée de la stratégie de HTC jusqu'ici. Le constructeur présente en effet son offre comme étant "premium", même si elle n'est, dans les faits, pas plus qualitative que celle de son concurrent. Oculus bénéficie pour le moment de meilleurs contrôleurs, son casque a une meilleure ergonomie par défaut, et sa plate-forme est abreuvée de contenus exclusifs de qualité. Ces contenus sont pour la majeure partie accessibles de façon non-officielle pour le Vive, mais cette compatibilité n'est pas garantie. De nouveaux contrôleurs sont également en cours de développement par Valve, l'allié de HTC, mais ils n'ont pas de date de sortie ni de prix fixé. Par ailleurs, l'accessoire "Deluxe Audio Strap" du Vive, qui améliore son ergonomie en la rapprochant de celle du Rift, est encore vendu séparément pour 119,99 euros. Le seul vrai point fort du Vive est son système de tracking, qui gère un plus grand volume avec seulement deux capteurs.

 

Oculus et HTC, des rivaux aux stratégies très différentes

Plusieurs porte-paroles de HTC ont déclaré au cours des derniers mois que le Vive ne connaîtrait pas de baisse de prix, ses ventes connaissant "un succès incroyable". Mais la pression financière exercée par Oculus semble avoir eu raison de cette façade. Le problème pour HTC est qu'il ne dispose pas des réserves monétaires de Facebook. Lors de l'annonce de son rachat, en 2014, la start-up Oculus avait justifié son choix par la capacité financière de Facebook et la volonté de Mark Zuckerberg d'investir à long terme dans la réalité virtuelle. L'une des caractéristiques de cette "vision sur 10 ans" est qu'Oculus ne cherche pas à générer des profits sur la vente de hardware.

 

L'objectif d'Oculus est de bâtir la plate-forme logicielle de référence et de gagner de l'argent grâce à la vente de contenus (l'entreprise prévoit d'ailleurs d'ouvrir sa plate-forme à d'autres casques d'ici quelques années). Ses adversaires sur ce marché sont Valve (avec Steam) et bientôt Microsoft (avec Windows Mixed Reality et le Windows Store). L'arrivée de Microsoft s'accompagnera au passage d'au moins cinq nouveaux constructeurs et de casques à des prix très compétitifs : autour de 300 euros sans contrôleurs. Un chamboulement qu'Oculus et HTC ont sans doute intégré dans leurs stratégies respectives.

 

La réalité virtuelle sur PC, un marché qui reste une niche

Cela met HTC dans une position délicate. Son alliance avec Valve et son expérience dans la fabrication de produits électroniques grand public lui ont permis de remporter une victoire décisive sur Oculus lors du lancement des Vive et Rift (à un mois d'intervalle). Oculus a connu des problèmes d'approvisionnement qui ont conduit à une rupture de stock de plusieurs mois, et ses contrôleurs de mouvement, essentiels à une expérience VR de qualité, ne sont arrivés sur le marché que fin 2016. Remporter cette première manche a donné une belle dynamique au Vive... sans que cela soit nécessairement significatif. Les ventes des casques VR pour PC restent anecdotiques pour le moment, avec moins d'un million d'exemplaires vendus que ce soit du côté de HTC ou d'Oculus. Les deux entreprises ne communiquent d'ailleurs pas leurs chiffres de vente.

 

A noter qu'un des principaux facteurs bloquant pour l'adoption de ces casques est la nécessité d'avoir un ordinateur suffisamment puissant (c'est-à-dire adapté au gaming). Une barrière à l'entrée qui diminue progressivement (avec la montée en puissance des nouvelles machines) mais ne disparaîtra pas complètement avant encore quelques années.

 

HTC est financièrement fragile à cause des smartphones

Et si cela ne représente pas un problème pour Facebook dans l'immédiat, c'en est un pour HTC. Son principal business est la vente de smartphones, et il ne va pas bien. L'entreprise n'a pas réalisé de profits depuis début 2015, et la conjoncture du marché des smartphones Android ne joue pas en sa faveur. Le problème est qu'ironiquement, HTC reproduit avec la réalité virtuelle son modèle pour les smartphones : il fabrique le matériel mais s'appuie sur la plate-forme logicielle d'un partenaire. Un modèle qui, pour les téléphones, s'est révélé un échec au bout du compte. Les choses seront-elles différentes avec la réalité virtuelle ? Cela reste à voir. D'autant qu'une autre bataille s'apprête à démarrer sur le front des casque tout-en-un, opposant les plates-formes d'Oculus et de Google. HTC sera de la partie... encore une fois en tant que partenaire fabricant.

 

La clé du marché sera la plate-forme logicielle, pas le hardware

Dans son communiqué de presse, HTC indique conserver 60% de part de marché sur Steam (contre 35% pour le Rift CV1), une avance significative mais qui omet le fait qu'Oculus dispose de sa propre boutique en ligne. Et aucun chiffre n'est donné sur Viveport, la boutique maison de HTC. Malgré les efforts de l'entreprise (système d'abonnement mensuel, applications professionnelles), il est difficile d'imaginer Viveport comme un rival sérieux à Steam. Le cachet de Steam a fortement contribué au choix des premiers acquéreurs de se tourner vers le Vive, mais le partenariat n'est pas exclusif. LG prépare un casque compatible avec Steam VR pour 2018, et le Rift est aussi compatible par défaut.

 

Le marché qui pourrait faire la différence pour Viveport est la Chine. HTC s'y investit fortement, notamment sur le segment du divertissement hors du domicile (salles d'arcade et autres). Et côté grand public, Oculus est absent et Steam beaucoup moins dominant. HTC y lancera même son casque autonome avec une version de Viveport au lieu de Daydream. Cependant, la part du marché chinois sur le global reste une inconnue. Et la concurrence des constructeurs chinois ne fera que gagner en intensité dans les mois qui viennent.

 

Si HTC a de sérieux atouts de son côté, rester en tête du peloton ne sera donc pas une mince affaire. Il s'agit d'une course d'endurance dont le but pour chaque acteur est de tenir bon jusqu'à ce que le marché atteigne la masse critique et devienne réellement profitable.

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