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Robotique : des opportunités pour le Made in France

Enquête Médical, assistance à la personne, téléprésence... Sur les marchés naissants de la robotique de service, les technologies arrivent à maturité et des places sont à prendre.
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Robotique : des opportunités pour le Made in France
Les robots collaboratifs font partie des créneaux porteurs. Ici, Pepper d’Aldebaran chez Nestlé. © Softbank - capture vidéo YouTube

Des laboratoires de recherche au meilleur niveau mondial, une floraison de start-up porteuses de technologies de rupture, quelques entreprises réputées dans leur spécialité… Vu sous cet angle, le paysage de la robotique française est loin d’être morose. D’autant plus que de nouvelles perspectives s’ouvrent aux robots. Après avoir pris pied dans les usines, ils ont fait leur entrée dans les salles d’opération des hôpitaux, dans les lieux publics (musées, grandes surfaces…), dans les champs… Ils s’invitent même à domicile pour tenir compagnie et rendre des services. Ce sont des marchés encore naissants, potentiellement énormes – verra-t-on bientôt un robot compagnon dans chaque foyer ? –, et les acteurs français ont des places à prendre. Est-ce à dire que la France en a fini avec la robotique industrielle ? Sûrement pas. Elle accuse en effet un retard par rapport à l’Allemagne, avec 31 600 robots recensés en 2014, contre 175 200 chez son voisin. Pour y remédier, des aides financières avaient été lancées en 2013 : 300 millions d’euros de prêts bonifiés pour inciter les PME à s’équiper. Cependant, ces financements devraient peu bénéficier à la filière française de la robotique industrielle, car, en la matière, les leaders sont étrangers, ils s’appellent Kuka, ABB, Fanuc et Yaskawa… Le fonds d’investissement Robolution Capital a bien été créé en 2014 pour favoriser le développement d’industriels de la robotique en France. Mais avec une enveloppe de 80 millions d’euros, son impact reste limité. "Il y a peu de chances de faire émerger un leader français, quand le marché mondial est détenu à 70 % par les quatre grands du secteur", souligne Pierre Paturel, l’auteur d’une étude sur la filière française publiée par Xerfi.

La robotique industrielle française compte tout de même quelques fleurons, comme Stäubli (franco-suisse), ainsi que des acteurs spécialisés comme Sepro Group (injection de plastique) et Siléane (automatisation de gestes manuels). Des start-up sont positionnées sur des technologies pointues, comme Percipio, qui développe des techniques de micromanipulation, et Haption, spécialisé dans les systèmes à retour d’effort. La cobotique, ou l’art de faire collaborer robots et humains dans l’atelier, est un domaine promis à un bel avenir, qui devrait favoriser l’implantation de robots dans des applications jusqu’ici inaccessibles. Des entreprises françaises ont saisi ce créneau (RB3D, Neoditech…). Mais il va falloir faire vite, car déjà des noms s’imposent au plan mondial, comme l’américain Rethink Robotics et son robot coopératif Baxter, ou encore le danois Universal Robots.

Passer au stade industriel

C’est plutôt du côté de la robotique de service que des places sont à prendre. Plus précisément là où les compétences sont fortes. C’est vrai dans la robotique médicale, notamment pour la chirurgie. "L’américain Intuitive Surgical est aujourd’hui en situation de quasi-monopole sur ce secteur. Cela veut dire que la concurrence sera bienvenue", estime Catherine Simon, la directrice du salon Innorobo. Sur ce terrain, la France s’est déjà illustrée avec Medtech, reconnu à l’international, qui produit des robots d’assistance à la chirurgie du cerveau et de la colonne vertébrale. Plusieurs start-up se sont aussi positionnées sur des robots de chirurgie de spécialité (Axilum, Robocath…).

La filière robotique française peut aussi cultiver ses points forts, comme la surveillance ou l’intervention en milieux hostiles (Cybernetix, ECA…), la logistique et les transports, où de nouveaux acteurs arrivent avec des technologies innovantes, comme Navya et ses véhicules électriques autonomes. Et puis, bien sûr, il y a Nao. Le petit robot humanoïde d’Aldebaran, fondé en 2005 par Bruno Maisonnier, s’est déjà écoulé à 7 000 exemplaires à travers le monde. Une réussite indéniable, qui a fait d’une société française un leader de la robotique humanoïde. Racheté en 2012 par le japonais Softbank, Aldebaran reste majoritairement implanté en France (toute sa R & D notamment). Depuis, l’entreprise s’est développée à grande vitesse et Pepper, son dernier robot compagnon qui cible le grand public, commence à être vendu au Japon. Destinés aux enfants, aux personnes âgées ou à toute la famille, les compagnons made in France arrivent sur marché (Keecker, Blue Frog Robotics…), tandis que des robots de téléprésence font leurs premiers tours de roues (Awabot). Reste à transformer ce potentiel prometteur en une véritable industrie.

La filière tend à regrouper ses forces pour faire jouer les synergies [lire ci-dessus]. Mais le principal problème concerne le financement, tant en phase de démarrage (même si les pépites de la robotique ont bénéficié d’un environnement plus favorable) qu’au stade du développement industriel, qui demande plus de temps que pour une application internet. Des coopérations plus soutenues entre grands groupes, ETI et start-up pourraient être une solution, comme l’ont montré l’exemple du groupe Gorgé dans les drones ou l’accord entre Cofely Services (groupe Engie, ex-GDF Suez) et Partnering Robotics pour développer des applications dans les services aux bâtiments. "En Corée, un plan national sur la robotique a impliqué tous les grands noms tels Samsung et LG. En France, nos grands comptes font encore de la veille active…", regrette Catherine Simon. Il existe pourtant un réel savoir-faire français, dont témoignent les 50 champions repérés par "L’Usine Nouvelle", qui s’illustrent dans tous les domaines (soins, production, transports, accompagnement, surveillance).

Industrie et services : même combat ?

La refonte des 34 plans de la Nouvelle France industrielle a fait quelques victimes. Depuis mai, feu le plan robotique est intégré dans la thématique des objets intelligents. Parallèlement, Syrobo, le syndicat de la robotique de service professionnel et personnel, officialisait son rattachement au Symop, le syndicat des machines et technologies de production. Ces mouvements visent à rapprocher la robotique à d’autres domaines connexes en plein essor (réalité augmentée, objets connectés…) et à favoriser des coopérations fructueuses entre les diverses branches de la robotique. Celles qui sont liées aux services et à l’industrie – via la cobotique – partagent des contraintes croissantes d’interaction avec l’homme. Et une même exigence de fiabilité. "L’objectif est que les deux groupes construisent des projets collaboratifs communs", affirme Jean Tournoux, le délégué général du Symop. Pour d’autres, la moindre visibilité de la robotique, en particulier de la robotique de service, à peine naissante, peut être un obstacle à son développement, en particulier pour les start-up en quête de financements.

 

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