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Sharp se jette dans les bras du taïwanais Foxconn... au grand dam du gouvernement japonais

Balloté entre un plan de sauvetage du gouvernement japonais et une offre plus généreuse de reprise de Foxconn, Sharp choisit le camp du géant taïwanais de la sous-traitance électronique. L’intérêt industriel l’emporte sur le sentiment national. Un coup dur pour la fierté du Japon.
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C‘est le choc au Japon. Contrairement à toute attente, Sharp choisit l’offre de reprise de Hon Hai Precision Industry, et non le plan de sauvetage national du fonds souverain INCJ soutenu par Tokyo. Le groupe japonais, l’un des trois fleurons de l’électronique nippone aux cotés de Sony et Panasonic, a décidé d’entrer en négociations exclusives avec le géant taïwanais de la sous-traitance électronique plus connu sous le nom de Foxconn. L’information, annoncée par la télévision publique NHK, devrait être confirmée par la direction lors de sa conférence de presse ce 9 février 2016.
 
 
Le lobbying du patron de Foxconn a payé
 
En difficultés chroniques depuis 2012 à cause de la volatilité de ses activités dans les écrans LCD, les panneaux solaires ou la télévision, Sharp était balloté entre deux offres de sauvetage aux intérêts divergents. Foxconn met 600 à 700 milliards de yens (jusqu’à 6 milliards de dollars) sur la table avec l’engagement d’assumer les 760 milliards de yens de dettes qui étranglent le groupe japonais. Le fonds souverain INCJ propose, lui, seulement 300 milliards de yens d’argent frais et la conversion de 200 milliards de prêt des deux banques créancières en actions.
 
Le lobbying de Terry Gou, dirigeant de Foxconn, auprès du gouvernement japonais, des banques créancières et de la direction de Sharp, a payé. Le patron a tout fait pour rassurer sur ses intentions, balayant les craintes au Japon de voir les technologies du groupe d’Osaka filer à l’étranger. "Sharp est un groupe centenaire qui a marqué le développement de l‘électronique dans le monde, nous allons faire en sorte qu’il devienne prospère et qu'il vive encore 100 ans", a-t-il martelé devant la télévision japonaise.
 
 
Un projet industriel contre un plan national
Pragmatique, la direction de Sharp a opté pour un projet industriel contre un plan national. Le plan d’INCJ visait, non pas à sauver Sharp, mais à en préserver les technologies dans le cadre d’un projet global de recomposition de l’électronique au Japon. Il prévoyait de démembrer le groupe pour fusionner ses écrans LCD avec Japan Display Inc, son électroménager avec l’activité de Toshiba, ses panneaux photovoltaïques avec Solar Frontier (filiale solaire de Showa Shell Sekiyu), ses matériels d’impression avec ceux d‘un autre japonais, etc. Un projet qui a effrayé le management dont INCJ exigeait en plus la démission.
 
Terry Gou a, au contraire, promis de préserver l’intégrité du groupe, de maintenir la direction dans ses fonctions et d’éviter toutes nouvelles suppressions d’emplois en dehors de celles prévues dans le plan de restructuration lancé en mai 2015. Il a également apporté des gages de respect de l’autonomie du groupe japonais. Il a surtout fait miroiter les synergies industrielles potentielles avec Foxconn, qui fabrique une grande partie des produits d’Apple comme l‘iPhone et l‘iPad. Sharp, qui fournit aujourd’hui une partie des écrans LCD de l’iPhone, pourrait ainsi étendre ses fournitures à la firme à la pomme.
 
 
La reprise de Sharp par Foxconn, un précédent au Japon
Le choix de Foxconn par Sharp est un coup dur pour la fierté japonaise. Jusqu’ici, le Japon privilégiait toujours une solution nationale. Une approche érigée au rang de priorité stratégique de la politique industrielle du pays comme le montre l’implication du gouvernement à travers le fonds INCJ. Rien n'est encore définitiment acquis. Mais si les négociations entre Sharp et Foxconn aboutissent, elles constitueront un précédent majeur de nature à changer les mentalités locales.

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