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Siège social, âge, levée de fonds…Comment les start-up des Next40 et FT120 ont-elles été choisies ?

Afin de mettre en avant l'écosystème français des start-up, deux classements ont été publiés coup sur coup : le Next40 et le French Tech 120. Ils suscitent des interrogations sur la façon dont les jeunes pousses ont été choisies. L'Usine Digitale revient sur les critères de sélection de ces classements et les limites qu'ils semblent poser.
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Siège social, âge, levée de fonds…Comment les start-up des Next40 et FT120 ont-elles été choisies ?
Siège social, âge, levée de fonds…Comment les start-up des Next40 et FT120 ont-elles été choisies ? © Anthony Lesme

En septembre dernier, Emmanuel Macron annonçait que les investisseurs institutionnels français engageraient 5 milliards d'euros au cours des trois prochaines années pour contribuer aux levées de fonds des start-up françaises rendues dans leurs derniers stades de financement. L'objectif affiché : avoir au moins 25 licornes françaises en 2025.

 

Au-delà de cet apport financier, la Mission French Tech décide de soutenir un certain nombre de start-up au travers d'un accompagnement personnalisé. Le Next40, une sélection de 40 pépites françaises, est né. Ce classement, complété par 83 autres noms en janvier dernier, est devenu le French Tech 120 (FT120). Une "initiative intéressante qui vient compléter la chaîne de financement", selon Xavier Lorphelin, managing partner chez Serena Capital. Ces start-up bénéficient d'une aide réelle chapotée par la Mission French Tech.

 

Un véritable accompagnement pour les start-up

Interlocuteur privilégié au sein de nombreuses administrations françaises, opportunité de contrat avec l'Etat et émission de trois vœux dans la limite de la légalité : l'aide apportée aux jeunes pousses explique pourquoi, au-delà de la visibilité qu'apporte ce classement, nombreuses sont les start-up à vouloir intégrer le Next40 ou le FT120. "Sur les 322 candidatures [reçues pour le FT120, NDLR], 250 start-up étaient éligibles", détaille Kat Borlongan, la directrice de la Mission French Tech.

 

Kat Borlongan assure avoir fait l'objet d'un "lobbying incroyable". Mais l'établissement de critères sur lesquels ils ne pouvaient pas influer a permis de répondre à ces nombreuses demandes. Elle balaye les critiques en affirmant que Bpifrance a fait "un travail de 'due diligence' formidable", le montant des levées de fonds et les comptes des sociétés ayant été minutieusement scrutés.

 

La définition floue des licornes

Le Next40 accueille toutes les licornes françaises, soit les start-up valorisées à plus d'un milliard de dollars. "Il n'y a pas de définition claire et nette d'une licorne, tempère Jérémy Taïeb, analyste financier chez Fabernovel. En France, certains disent qu'il y en a quatre et d'autres neuf". La définition d'une licorne renvoie à la valorisation d'une start-up, qui en elle-même ne fait pas l'objet d'une définition unanime et fiable.

 

Jérémy Taïeb évoque "un sujet délicat". Le montant de la valorisation est souvent déterminé par un fonds d'investissement qui investit dans une start-up, cette dernière communiquant elle-même sur ce sujet. "La valorisation d'une start-up ne se fait pas avec une méthode classique, comme pour une entreprise cotée, puisque son développement a beaucoup d'optionalités et son business plan évolue mois après mois", poursuit Jérémy Taïeb.

 

Souvent, un multiple de valorisation va être appliqué sur l'évolution du chiffre d'affaires et des revenus. Ce multiple de valorisation n'est pas toujours très compréhensible. Le cas très récent de WeWork est un révélateur. Après avoir atteint près de 47 milliards de dollars, la valorisation de WeWork s'est effondrée à 8 milliards de dollars en l'espace de quelques semaines. La start-up a été valorisée jusqu'à 15 fois ses ventes, "ce qui correspond à un multiple de valorisation proche de celui appliqué aux entreprises technologiques alors que ce n'en est pas une", explique Jérémy Taïeb. A titre de comparaison, Microsoft est valorisée 8 fois ses ventes, tandis que Marriott et Accor, qui sont des groupes hôteliers, sont valorisées trois fois leurs ventes.

 

Une limite à 15 ans pour le FT120

BlaBlaCar, Deezer, Doctolib et Meero sont considérées comme des licornes et ont intégré le Next40. Tout comme OVH, Ivalua et Veepee… Des 'start-up' dont la création remonte aux années 1999, 2000 et 2001. Ce qui soulève un nouveau problème : celui de l'âge d'une start-up. Aucune limite n'a été placée pour l'intégration du Next40. Un choix assumé par Kat Borlongan, qui explique qu'ont été intégrées, sans limite d'âge, l'ensemble des licornes françaises, et qui justifie par ailleurs la présence d'OVH par des raisons de souveraineté.

 

A l'inverse, les start-up intégrant le FT120 se sont vues imposer une limite d'âge : avoir moins de 15 ans. Un critère que défend Xavier Lorphelin, pour qui "cela prend du temps pour développer une start-up qui puisse devenir une licorne un jour, notamment dans le domaine des nouvelles technologies". Isabelle Zablit, administratrice du Syntec Numérique en charge du programme #5000startups, est plus critique. Le Syntec Numérique lui-même réalise une distinction entre les jeunes start-up, qui ont moins de trois ans d'âge, 350 000 euros de chiffre d'affaires et 10 employés, et les start-up "plus avancées" pour lesquelles aucune définition précise n'est encore donnée. "On évalue entre 5 et 10 000 le nombre de start-up, il n'est pas nécessaire d'élargir les critères", ajoute-t-elle.

 

Un critère territorial pour le FT120

Afin de pallier le manque de représentativité territoriale du Next40, qui rassemble de nombreuses entreprises parisiennes, le FT120 accueille au minimum deux start-up pour chaque région (outre-mer inclus). Pour certains, comme Gabriel Amirault, manager au sein du cabinet Wavestone, c'est "se couper l'herbe sous le pied" et inciter au "dumping régional". Pour d'autres, comme Isabelle Zablit, ce critère oblige à "aller voir l'innovation dans les territoires", et le but est que cela devienne un réflexe. Mais, presque tous s'accordent sur le fait qu'il ne faut pas que ce soit une limite empêchant certaines start-up d'intégrer ce classement uniquement parce que le quota est atteint.

 

Les levées de fonds, un critère qui repose sur les investisseurs

Que ce soit pour le Next40 ou le FT120, la Mission French Tech se repose sur les montants levés par les start-up. Un critère de "confiance par transitivité", selon Gabriel Amirault, puisque ce critère repose sur le choix des investisseurs. "Il est très rare qu'un fonds d'investissement finance une start-up dont il ne comprend pas comment fonctionne son business", rassure Jérémy Taïeb. Le chiffre d'affaires et différents documents comptables sont scrutés à ces occasions. Un avis tempéré par Gabriel Amirault, pour qui "les investisseurs ne sont pas toujours de très bons experts de ce sur quoi ils investissent".

 

"Pour certains modèles, la levée de fonds et l'hypercroissance ne sont pas forcément des critères qui montrent qu'un business model est sain, selon Isabelle Zablit. Il faudrait ajouter un critère qui soit plus qualitatif, et non pas quantitatif, comme l'excellence sur le business model". Il est aussi possible d'imaginer mettre d'autres critères afin de mettre en avant les 'start-up à impact', qui ont souvent un modèle économique plus compliqué mais cherchent à avoir un impact positif sur le pays.

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