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"Slack n'a pas été pensé comme un outil professionnel, c'est sa force", explique Guillaume Gombert

Guillaume Gombert est lead strategist chez Fabernovel. Avec Jérémy Taieb, il a supervisé l'étude consacrée à Slack que le cabinet de conseil publie dans sa "collection" Gafanomics. Après Uber ou Tesla, les analystes de Fabernovel décryptent les secrets de la réussite de l'entreprise qui voulait changer le travail. 

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Slack n'a pas été pensé comme un outil professionnel, c'est sa force, explique Guillaume Gombert
Guillaume Gombert, lead strategist chez Fabernovel © Fabernovel

Comment Slack a réussi à devenir une licorne en dix mois, en offrant un service B to B gratuit ? 

Guillaume Gombert : La personnalité de Stewart Butterfield, le créateur de Slack, a joué un rôle. C'est quelqu'un qui a un aura certain dans l'écosystème de l'innovation, du fait de son côté "serial entrepreneur". C'est le fondateur de Flickr qu'il a revendu en 2005 à Yahoo. Un premier succès entrepreneurial qui lui a permis d'être reconnu et de se constituer un réseau dans la Silicon Valley.


Au départ, Slack est une solution intégrée dans le jeu vidéo Glitch. Quand Stewart Butterfield décide de faire un pivot stratégique et de lancer Slack, il écrit un billet très argumenté sur Medium, dans lequel il expose sa vision du service, sa stratégie. Son storytelling a été très efficace – une qualité très valorisée aux Etats-Unis – car il a embarqué avec lui tout un écosystème.
 

Comment résumeriez vous sa vision justement ?  

G. G. : Il explique dans ce mémo qu'une entreprise ne cherche pas un produit mais une solution. Et Slack a été pensé de cette façon : c'est une solution pour structurer la connaissance et les conversations de l'entreprise. Slack n'est pas un nom de marque choisi par hasard, c'est un acronyme qui a un sens. Slack ça veut dire "Searchable Log of All Conversation and Knowledge". Pour cela, il réussit à rapprocher les salariés qu'ils travaillent dans deux pays différents, à deux étages d'écart ou qu'ils soient voisins de bureau. Il crée une proximité jamais connue dans l'entreprise : un esprit de communauté. C'est un outil de collaboration.

 

La vision du fondateur est que les entreprises avaient des problèmes liés au silotage, au manque de transparence. Je lisais encore hier une étude qui indiquait qu'une grande majorité des chefs d'entreprise considèrent le manque de communication comme le principal vecteur des échecs de business. 

 

Le modèle freemium explique-t-il aussi le succès et notamment l'adoption assez rapide de l'outil ? Vous évoquez 10 millions d'utilisateurs quotidiens dans l'étude.

G. G. : Ce modèle qui consiste à offrir une version de base et faire payer certaines fonctionnalités se retrouve dans beaucoup d'industries. Dans ce cas, le modèle gratuit facilite l'adoption par les individus, qui n'ont aucune barrière à l'entrée financière pour commencer à goûter au produit. Quant à la version payante, elle s'impose en quelque sorte quand on dépasse un certain volume d'utilisations. En effet, la version gratuite autorise le stockage de 10 000 messages et le recours à 10 applis dans Slack. Au-delà, il faut payer. 

 

Dans ce cas, on a deux Slack, le gratuit qui ressemble beaucoup à un service de messagerie en groupe, en grossissant un peu le trait. Et la version payante qui donne accès à l'archivage et la pleine ampleur de ce qu'est Slack : un outil de stockage des connaissances et des conversations. C'est un peu le cerveau de l'entreprise, le lieu où se conserve la mémoire et l'intelligence collectives.

 

En outre, le modèle économique de Slack consiste à ne faire payer que les réels utilisateurs, c'est-à-dire ceux qui sont réellement actifs. Vous pouvez avoir une entreprise de 200 salariés, si seulement 20 l'utilisent, vous ne payez que pour 20. 

 

Qu'est-ce qui différencie Slack de ses concurrents ? 

G. G. : Rappelons d'abord que Slack est une licorne, c'est-à-dire une start-up qui a formidablement bien réussi. Cette licorne affronte aujourd'hui deux services développés par les Gafa : Workplace by Facebook et Teams de Microsoft. Ce qui fait sa force, c'est à mon sens le design d'expérience et l'état d'esprit dans lequel il place les salariés qui l'utilisent.


Slack n'a pas été pensé comme un logiciel pour le travail, mais comme un jeu vidéo. C'est un outil comparable à ceux qu'on utilise quotidiennement : on peut envoyer des emojis, des gifs, on est incité à parler spontanément. C'est aussi un outil très coloré, avec du jaune, du violet... qui ne sont pas vraiment les couleurs du monde professionnel. On peut encore ajouter le slackbot, le robot conversationnel interne, qui incarne le produit et qui donne l'impression d'avoir un assistant digital dans un service conversationnel.


Vous rappeliez que Slack a été inventé dans l'univers du jeu vidéo. Qu'en reste-t-il ? 

G. G. : C'est parfois une critique qu'on fait à Slack. On dit que c'est un outil pour les seuls geeks. De fait, il reprend la culture. Quand vous créez un espace de travail, vous devez commencer par un "/", le symbole par excellence des codeurs,  la chaîne "random" où on parle de tout et de rien est installée par défaut, ou encore la présence des "easter eggs", le nom donné aux fonctionnalités cachées. Slack laisse beaucoup de place à la découverte par l'utilisateur, par les communautés.

 

Quel est la principale faiblesse ou le principal défi de Slack d'ici à la fin de 2020 ?
G. G. : Son principal enjeu, c’est de ne pas laisser Microsoft lui couper l’herbe sous le pied. Car même si Slack a l’avantage du premier arrivé et dispose d’une large communauté très active (200 000 développeurs tiers et 1500 apps compatibles, notamment), Microsoft est très installé dans les grandes entreprises, une cible que convoite Slack, comme le montre son nouveau forfait "Entreprise Grid". Mais surtout, Microsoft a la “Suite Office”, qui est au coeur de sa stratégie Teams. Je dirais donc que si Slack arrive à se constituer une "Slack Suite" avec tous les outils nécessaires aux entreprises du 21e siècle, Microsoft aura du souci à se faire !

 

L'intégralité de l'étude peut être consultée ICI

 

 

 

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