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[Slush 2017] La Finlande, the place (or not) to be pour les start-up ?

L'édition 2017 de Slush, l’événement tech désormais incontournable pour les start-up, s’est tenue les 30 novembre et 1er décembre à Helsinki. L’occasion de faire le point sur l’écosystème finlandais, ses jeunes pousses, ses investisseurs… et son potentiel.

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La Finlande, the place (or not) to be pour les start-up ?
[Slush 2017] La Finlande, the place (or not) to be pour les start-up ? © Stéphanie Mundubeltz-Gendron

"C’est vraiment une situation parfaite pour les start-up en ce moment en Finlande", déclare Pia Santavirta, managing director de Finnish Venture Capital Association (FVCA) à L’Usine Digitale. L’experte définit le pays "comme un petit club. Tout le monde se connaît et tout le monde veut vraiment s’aider". Et d’ajouter : "Nous avons de grands business angels dans la place, ainsi qu’un très bon environnement VC, avec de nombreux investisseurs."

Malgré ses 5 millions d’habitants, la Finlande a su se construire une vraie place dans l’écosystème européen des start-up. Et ce, bien avant la France ou l’Allemagne. En tant que Français installé depuis plus de dix ans en Finlande, Sébastien Gianelli, co-fondateur de Vertical (accélérateur finlandais spécialisé dans la santé et le bien-être), affirme avoir vu la différence : "La Finlande a été l’un des premiers pays à créer un mouvement start-up. Après, c’est un petit pays, donc c’était facile d’avoir un gros buzz".

 

Les 3 raisons du boom de l’écosystème de start-up finlandais

Mais alors comment expliquer ce phénomène ? Plusieurs raisons à cela. La première est liée la problématique de l’emploi.  "La sécurité de l’emploi dans les grandes sociétés comme du côté public n’est plus aussi sûre qu’auparavant", nous explique Julla Häyrynen, directeur exécutif de Tekes, l’équivalent de Bpifrance, rencontré à Slush.

Deuxième raison : le dynamisme universitaire. "Les universités et les étudiants y ont aussi beaucoup contribué.  Il y a eu un vrai changement d’état d’esprit", poursuit Julla Häyrynen. Selon d’autres acteurs rencontrés à l’occasion de Slush, le phénomène a commencé avec la communauté du mobile gaming, déjà très organisée avec le regroupement de l’école économique, l’école d’ingénieurs et l’école de design. "De là, s’est créée Aalto ES (Aalto Entrepreneurship Society), qui a créé Start-up Sauna, l’un des premiers accélérateurs de start-up en Europe. Cette équipe a donné naissance à Slush et à plein d’autres activités et organismes liés à l’entrepreneuriat et au développement de la culture start-up", explique Sébastien Gianelli.

Autre raison, et non des moindres : les problèmes économiques de Nokia. En 2011, l’entreprise a lancé le "Bridge programme" pour aider à la reconversion des salariés. Selon le niveau de séniorité, les employés pouvaient bénéficier de un à deux ans de salaire et partir avec un projet. "C’était les premières années de Start-up Sauna et de Slush. Une multitude d’ingénieurs se sont retrouvés dans la rue. Ils ont monté leurs projets. Si beaucoup se sont cassés la figure, ça a créé la dynamique". En effet, "beaucoup d’idées sont venues de là", affirme Julla Häyrynen.

L’émergence de licornes locales, comme Rovio, créateur d’Angry Birds, ou Supercell, studio de développement de jeux vidéo, a ensuite largement participé au phénomène. "Les gens se sont dit : pourquoi pas moi ?", commente Julla Häyrynen. Mais le directeur exécutif de Tekes relativise : "Des milliers pensent qu’elles sont des start-up mais seulement 500 arrivent vraiment."


Un financement mitigé

Sur les 467 millions d’euros de fonds accordés par Tekes, 142 millions d’euros ont été accordés à des start-up. Parmi elles, 50% sont issues du secteur numérique. Voilà pour l’aspect public. Selon le tout-dernier rapport de la FCVA, qui représente 61 sociétés finlandaises de Venture Capital et de private equity, 400 start-up et entreprises à forte croissance du pays ont levé 383 millions d’euros auprès de fonds privés en 2016, soit une progression de 42% par rapport à 2015.

Parmi les fonds levés en 2016, 216 millions viennent ainsi d’investissements directs de l’étranger. La plus grosse somme a été levée par M-Files auprès des fonds étrangers Partech Ventures et Draper Spirit, soit 36 millions de dollars. Créée en 2005, la société n’est cependant plus vraiment une start-up… D'ailleurs si l’on restreint le périmètre aux seules toutes jeunes start-up, le montant total des investissements (finlandais et étrangers) chute depuis 2013 à 112 millions d’euros en 2016, d’après Business France, dont 28 % en provenance de l’étranger.

Malgré tout, "l’écosystème de start-ups finlandais reste en 2016 le deuxième écosystème européen qui attire le plus de fonds en capital-risque en pourcentage du PIB (0,05%), derrière l’Irlande, devant la Suède (3ème position) et la France (5ème)", selon un rapport de Business France


Attention au nombrilisme

Mais attention à ne pas s’endormir sur ses lauriers… Si l’environnement VC finlandais est bon, les tickets moyens restent insuffisants pour les start-up souhaitant s’étendre à l’international. "Pour les start-up ambitieuses, si elles veulent vraiment devenir internationales, elles ont besoin de 5 à 30 millions d’euros en levées de fonds. C’est donc très important d’avoir ces investisseurs étrangers".

D’aucuns estiment aussi que l’excitation des premières années a été diluée par beaucoup trop d’initiatives décentralisées. Tout le monde a voulu faire son activité start-up. "Au lieu de consolider les efforts et trouver des économies d’échelle pour aller se promouvoir à l’étranger, ils se sont cannibalisés", analyse Sébastien Gianelli. "Ils ont perdu 3 ans à cause de ça. Et maintenant, Paris, Berlin… ont rattrapé l’avance que Helsinki pouvait avoir". Heureusement, les choses changent. Un exemple : "Tekes, et FinPro ont déménagé au même endroit, avec une marque, une adresse, un groupe", cite Sébastien Gianelli. Il n’est donc pas trop tard pour reprendre une bonne place.
 

e-santé, éductech, clean tech…  Un vrai atout finlandais à l’international

Et la Finlande a une vraie carte à jouer dans de nombreux domaines. Au-delà du gaming, "nous avons un énorme potentiel dans le domaine de la health tech", assure Pia Santavirta. Un avantage qui s’explique notamment par la politique initiée par le gouvernement de maintien à domicile des personnes âgées, mais aussi par les longes distances au sein du pays. "On a besoin de solutions e-santé pour faire des consultations et des examens médicaux à distance", détaille, à titre d’exemple, Tiina Soulena, conseillère export Tech et Services au sein du bureau Business France d'Helsinki.

"De même, nous avons du potentiel en eductech, avec notre système d’éducation reconnu et un très bon niveau d’ingénieurs. Tout ce qui est fait dans le domaine de la clean tech, dû à notre culture d’une nature propre, a aussi une carte à jouer. On peut exporter ces savoir-faire", ajoute Pia Santavirta. Car c’est donc bien l’enjeu désormais des start-up finlandaises : exporter ces savoir-faire à l’étranger. "Notre mission est d’avoir des entreprises à forte croissance avec un scope international", affirme Julla Häyrynen.

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