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[Slush 2017] Les 4 conditions clés pour faire de l’Europe un géant de l’IA, selon Mounir Mahjoubi

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Mounir Mahjoubi était l’invité de Slush ce vendredi 1er novembre 2017. Le secrétaire d’Etat au numérique s’est exprimé sur le rôle de l’Europe en matière d’intelligence artificielle. Et les conditions pour faire de l’Union européenne un leader sur cette technologie stratégique.

Les 4 conditions clés pour faire de l’Europe un géant de l’IA, selon Mounir Mahjoubi
"Nous devons construire une vision européenne et une stratégie européenne sur l’intelligence artificielle", Mounir Mahjoubi © Stéphanie Mundubeltz-Gendron

"Comment l’Europe deale avec l’Intelligence artificielle et comment on fait de notre mieux pour avoir des géants européens qui traitent la question". Voilà le challenge annoncé par Mounir Mahjoubi lors de son intervention sur la scène de Slush, à Helsinki, ce vendredi 1er décembre 2017. Le Secrétaire d’Etat au numérique a exposé sa vision de la stratégie que l’Europe doit adopter pour devenir un leader en matière d’intelligence artificielle (IA).


"Quand on regarde les Etats-Unis, on voit les GAFA. Quand on regarde la Chine, on voit le BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Quand on regarde l’Europe, on voit… Spotify", constate Mounir Mahjoubi.  "On est en retard : on peut le dire". Mais pas question d’en rester là ! "On peut dire aussi qu’on a des éléments clés qui peuvent être déterminants et qui feront que nous serons prêts pour le futur", se rassure Mounir Mahjoubi.


INtelligence artificielle : Les trois forces de l’Europe

Bonne nouvelle : l’Europe peut déjà s’appuyer sur des forces existantes. Mounir Mahjoibi en cite trois principales.  La première est ses talents. "L’Europe a les meilleurs chercheurs de la planète sur le sujet", affirme le secrétaire d’Etat. "Une majorité des laboratoires d’intelligence artificielle dans le monde sont gérés par des chercheurs européens ou des chercheurs formés en Europe. Nous avons les outils intellectuels pour préparer ce futur".

Deuxième force : l’historique des datas. "L’Europe détient la plupart des meilleures données publiques, notamment en termes de santé", indique-t-il. En France, nous avons un historique de données de près de 100 millions de personnes sur les 50 dernières années : nous savons tout de leur premier diagnostic jusqu’à la fin de leur vie". Une richesse rare de plusieurs pays européens, selon Mounir Mahjoubi, qui nourrit un espoir pour la découverte de nouvelles solutions.

Troisième force : le PIB. "Si l’on se compare par rapport au PIB américain ou au PIB chinois, nous avons le pouvoir d’investir, affirme Mounir Mahjoubi. Investissons-nous assez aujourd’hui en intelligence artificielle et en digital, la réponse est NON. Avons-nous la capacité ? La réponse est largement OUI."

Il est donc temps, selon lui, de construire un écosystème européen avec une valeur ajoutée européenne et non suivre la recherche ou les applications sur l’IA qui ont déjà été construites et décidées par les autres continents. "Nous devons construire une vision européenne et une stratégie européenne sur l’intelligence artificielle", a-t-il annoncé. La valeur ajoutée de l’Europe repose, selon lui repose sur la diversité, avec plus de femmes notamment, l’humain, mais aussi sur le contrôle du risque, pour anticiper les éventuels problèmes éthiques mais aussi de rétention face aux nouvelles technologies.

4 conditions clés

Une fois les forces et la vision exposées, reste à passer à l’action ! Selon Mounir Mahjoubi, quatre éléments seront clés pour positionner l’Europe comme un géant de l’IA. Première condition exposées : faire de l’Europe un marché digital unique. "On en parle depuis 10 ans, mais ce n’est toujours pas une réalité.  Si le marché unique était une réalité, ce serait un marché de 500 millions de citoyens, partageant le même framework légal et digital."  Le sujet sera d’ailleurs au cœur de la discussion, ce lundi 4 décembre 2017 au Conseil digital de l’Europe : "Avec tous les ministres du digital de tous les pays, nous allons décider comment on va accélérer sur le sujet (…) C’est un des éléments clés si on veut des champions venant de France, de l’Europe. Et pas des champions venant d’Europe devenir des champions dans d’autres continents car ce n’était pas possible ici…"

Le deuxième élément clé est de franchir un cap en matière d’outils et de compétences.  "Nous savons comment produire plus, comment investir dans les universités, comment investir dans la recherche pour avoir plus de chercheurs sortir de l’université chaque année, mais ce n’est pas le principal challenge !"  D’après le secrétaire d’Etat, 13 millions de Français ne savent pas comment utiliser les interfaces digitales, et donc les services publiques online, les sites e-commerce, les réseaux sociaux... "Si vous n’investissez pas dans leurs outils et compétences, ces personnes feront tout pour stopper l’évolution de l’IA. Nous devons résoudre ce problème des compétences digitales pour tous les citoyens, de la base jusqu’au plus haut niveau".

Troisième condition : construire et créer un terrain de jeu avec les mêmes règles pour tous les acteurs du digital. Un élément clé face aux grandes plateformes internationales, notamment américaines. "Si vous pensez taxation, privacy, usage des données, les acteurs locaux européens ne jouent pas avec les mêmes règles que les autres.  Si nous voulons voir émerger des entreprises européennes avec des nouveaux services, nous devons avoir un terrain de jeu égal pour chacun."
Sur le sujet, Mounir Mahjoubi salue une première avancée avec la mise en application de la RGPD : "Cela semble très technique mais cela pourrait être le début de la révolution. Cela va donner la possibilité pour les acteurs européens de créer de nouveaux avantages compétitifs basés sur le respect des données personnelles et de la protection des données".

Dernière condition : le financement public. "En IA  comme dans les autres nouvelles technologies, nous devons investir en monnaie publique. Et quand on parle de monnaie publique, on parle de milliards d’euros", exprime Mounir Mahjoubi devant le parterre de start-up et d’investisseurs. "Mais la monnaie publique ne doit pas être seule. La monnaie publique investie dans ces innovations doit être un accélérateur pour lever des fonds privés". L’objectif de l’Union européenne est donc de créer un écosystème de financement où la monnaie publique permettrait d’accompagner les projets non financés par des fonds privés pour des raisons des prises de risques trop importantes.

Les idées sont là. Reste donc à les transformer en actions. "Serons-nous des champions, je ne sais pas. Est-on en train de créer un écosystème pour rendre cela possible, je le crois. Je crois que la Commission est sur la bonne voie, que nous avons des pays champions en Europe qui font leur possible pour que cela soit possible", assure Mounir Mahjoubi.
 

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