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Sous pression réglementaire, les Big Tech dépensent des sommes records dans le lobbying européen

Étude Alors que Bruxelles travaille sur de nombreux textes pour réguler le secteur du numérique, les grandes entreprises technologiques consacrent des sommes records aux stratégies d'influences. L'industrie de la technologie a dépensé près de 97 millions d'euros pour faire pression sur les institutions européennes. Google, Facebook et Microsoft sont en tête. 
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Sous pression réglementaire, les Big Tech dépensent des sommes records dans le lobbying européen
Sous pression réglementaire, les Big Tech dépensent des sommes records dans le lobbying européen © Alexandre Lallemand/Unsplash

L'industrie du numérique a dépensé des sommes records depuis début 2020 dans le lobbying européen. Au total, 612 entreprises, groupes et associations professionnelles ont consacré près de 97 millions d'euros pour faire pression sur les institutions européennes.

C'est le constat d'une nouvelle étude sortie le 30 août et menée par Corporate Europe Observatory (CEO), une organisation à but non lucratif spécialisée dans la recherche sur le lobbying, et LobbyControl, une ONG allemande dédiée à l'information des citoyens sur les stratégies d'influences en Europe.

Les deux associations ont utilisé les données disponibles dans le registre de transparence tenu par la Commission européenne, une base de données répertoriant les organisations qui cherchent à influencer le processus législatif et de mise en œuvre des politiques des institutions européennes. Ainsi, une comparaison sectorielle des 10 premières entreprises dans différentes industries montre que les grandes entreprises technologiques ont désormais "plus de pouvoir de lobbying que les industries pharmaceutique, automobile et financière", conclut le rapport.

Dix sociétés dominent 
Le lobbying dans le secteur technologique est dominé par une poignée d'entreprises. Google, Facebook, Microsoft, Apple, Huawei, Amazon, IBM, Intel, Qualcomm et Vodafone sont à l'origine de près d'un tiers (32 millions d'euros) des dépenses totales du lobbying technologique. Ces sociétés sont également organisées collectivement dans des associations professionnelles et commerciales qui mènent aussi des campagnes d'influences. Elles ont un budget qui dépasse largement celui de 75% des PME-ETI qui constituent en réalité la majorité de l'industrie du numérique en Europe. 
 


20% des entreprises sont américaines
D'un point de vue géographique, 20% de toutes les entreprises qui font du lobbying en Europe sont basées aux Etats-Unis. En revanche, moins de 1% des sièges sociaux sont en Asie. Ce qui n'est pas réellement surprenant puisque Bruxelles ne s'est pour l'instant que très peu intéressé aux sociétés chinoises concentrant ses efforts sur les entreprises américaines.

Les campagnes d'influences passent notamment par la tenue de réunions auxquelles les décideurs européens sont conviés. D'après ce rapport, depuis novembre 2019, 75% des réunions auxquelles ont participé les hauts fonctionnaires bruxellois étaient avec des lobbyistes de l'industrie de la tech. Google et Facebook sont en tête du peloton en nombre de réunions. 

Un contexte de forte pression réglementaire
Cette augmentation des budgets s'inscrit dans un contexte réglementation très fort, en particulier avec la présentation par la Commission européenne en décembre dernier du paquet DSA/DMA qui vise justement à encadrer plus strictement les activités des "gatekeepers". Ces futures règles sont vivement critiquées par les entreprises technologiques craignant que leur pouvoir de marché soit réduit.

Google a ainsi été accusé de vouloir saboter ces textes, d'après un document interne présentant un plan de 60 jours. La firme de Mountain View mentionne par exemple la possibilité de recourir aux services de l'Etat américain comme les bureaux de représentation du commerce ou les ambassades. Il est également question "d'encourager la DG Comp (Directorate General for Competition, la direction générale de la concurrence, ndlr)" à "déclencher un débat entre les services" bruxellois. Sundar Pichai, CEO de Google et d'Alphabet, s'était finalement excusé auprès du commissaire européen Thierry Breton tout en assurant qu'il n'avait pas été mis au courant de ce programme.

Apple critique le DMA
Tim Cook, CEO d'Apple, a également pris position sur le DMA. A l'occasion du salon Viva Technology 2021, il a expliqué comment cette législation pourrait amenuir la sécurité des iPhones en autorisant le sideloading d'applications. Cela évincerait les règles de l'App Store qui évitent qu'un malware n'infecte le terminal de l'utilisateur, d'après le CEO. Evidemment, permettre aux consommateurs de sideloader des applications aurait surtout des conséquences financières pour Apple en relâchant le contrôle absolu qu'il exerce sur ses appareils. C'est notamment l'enjeu du procès que lui a intenté Epic games.

Plusieurs enquêtes sont également en cours visant à déterminer si les règles actuelles sont respectées. Bruxelles a ainsi ouvert une enquête sur l'acquisition par Facebook de Kustomer et sur Facebook Marketplace. Les activités publicitaires de Google sont également dans le viseur des régulateurs européens. La Commission investigue aussi sur l'App Store et Apple Pay.

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