Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Toronto est-elle une nouvelle Silicon Valley ?

Analyse L’attrait technologique de la métropole canadienne est très peu connu en France… alors qu’elle est en train de devenir un hub numérique majeur dans le monde. Reportage sur le boom de Toronto, à quelques jours de la conférence Collision 2019 qui s’y tient.  

Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Toronto est-elle une nouvelle Silicon Valley ?
Toronto est-elle une nouvelle Silicon Valley ? © Kevin Deniau

"Toronto est le secret le mieux gardé de la planète tech". Pour Njara Zafimehy, ce constat ne fait aucun doute. “On parle de San Francisco voire de Berlin, Londres ou Tel-Aviv. Mais Toronto est aussi devenue une des capitales mondiales de la tech et personne ne le sait”. C’est la raison pour laquelle cet entrepreneur français, ancien directeur de la start-up ScrOOn, revendue en 2013 à Blackberry, organise le 23 mai 2019 la French Founders Conference Toronto. "L’idée, c’est de mettre un grand coup de projecteur sur cet écosystème, notamment auprès des Français", assure-t-il.

 

La date n’est d’ailleurs pas choisie par hasard : la grand-messe technologique de la ville, Collision 2019, se déroule juste avant, du 20 au 23 mai. Signe révélateur : cette conférence, dérivée du Web Summit européen et organisée précédemment à La Nouvelle Orléans, vient de migrer cette année sur les bords du Lac Ontario.

 

Un boom des emplois dans la tech

L’attrait de Toronto n’est en effet pas un secret pour tout le monde. Selon une étude du groupe de conseil en immobilier d'entreprise américain CBRE, la métropole ontarienne est celle qui a créé le plus d’emplois technologiques en 2017. En l'occurrence, près de 30 000, soit plus qu’à San Francisco, Seattle, New-York et Washington… réunies ! Avec plus de 240 000 emplois dans la tech, un chiffre en progression de 52 % en cinq ans, Toronto se classe désormais au 4e rang en la matière en Amérique du Nord.

 

Les géants du numérique y investissent massivement : Microsoft va créer 500 nouveaux emplois d’ici 2022, Google y pilote son projet de smart cities, Netflix vient d’ouvrir un studio de production, Uber, qui y possède un centre de recherche sur la voiture autonome, prévoit d’investir 200 millions $ d’ici les cinq prochaines années. Sans oublier LG, Samsung ou Intel qui y ont un centre de R&D. Même la Banque de la Silicon Valley vient de s’y installer. Tout un symbole. Rappelons que la 4e plus grande ville du continent était la seule non américaine à figurer parmi les dernières prétendantes pour héberger le nouveau siège d’Amazon.

 

Les raisons d’un tel engouement ? Les talents tout d’abord. “Nous sommes à la chasse aux ingénieurs talentueux”, avait proclamé le patron d’Uber, Dara Khosrowshahi, lors d’une conférence de presse sur place il y a quelques mois. La ville, et plus particulièrement le corridor Toronto - Waterloo qui s’étire sur une centaine de kilomètres, historiquement porté par BlackBerry, est en effet le creuset d’universités à la pointe et de startups innovantes. Un des pères de l’intelligence artificielle moderne, avec le Montréalais Yoshua Bengio et le Français Yann Le Cun, Geoffrey Hinton, enseigne d’ailleurs à l’Université de Toronto.

 

Un fort recours à l’immigration

Ajoutons à cela quelques incitatifs financiers notables. Les salaires et les loyers sont bien moins élevés que dans les grandes villes américaines et des avantages fiscaux comme le SR&ED, l’équivalent du Crédit d’Impôt Recherche français, permet de déduire plus d’un tiers de ses investissements en R&D.

 

Sans oublier une politique d’immigration très accommodante, à l’antipode de celle de son voisin américain. Le Ministre canadien de l’Immigration a annoncé fin 2018 que le pays allait accroître son seuil d’immigrants de 40 000 chaque année, pour arriver à un total de 350 000 en 2021. Rappelons à cet égard que Toronto est souvent considérée comme la ville la plus cosmopolite du monde : 51 % des personnes qui y résident… ne sont pas nées au Canada ! 160 langues y sont parlées et 16 communautés comptent plus de 50 000 ressortissants dans la ville.

 

Si tu veux recruter des salariés étrangers, tu as des dispositifs en fast track pour avoir des visas en quelques semaines”, illustre Patrick Imbert, directeur de Business France Canada, basé justement à Toronto. Selon une étude récente, de plus en plus d’employeurs américains envisagent d’accroître leur présence sur place. “Il y a certes eu un effet Trump, mais le mouvement était enclenché déjà bien avant”, affirme Njara Zafimehy.

 

Il y a quelques années, Romain Le Merlus ne connaissait rien ou presque de Toronto. Pourtant, le co-fondateur de Centreon, qui édite un logiciel de supervision de réseaux et d’infrastructures IT, vient d’y ouvrir un bureau l’année passée. “On a fait un tour du pays avec Business France en octobre 2017, et j’ai eu un vrai coup de coeur pour la ville”, se rappelle-t-il. Et aujourd’hui, il ne regrette pas son choix : “L’investissement est bien moindre qu’aux États-Unis et on arrive à développer de nombreuses opportunités avec des entreprises américaines”.

 

C’est du fait de son rachat par BlackBerry que Njara Zafimehy, pour sa part, a découvert Toronto. Et il ne compte pas repartir de sitôt… puisqu’il est en train d’y créer sa nouvelle entreprise ! “Pourquoi aller voir ailleurs ? J’ai ici les trois ingrédients que tout entrepreneur de la tech recherche : l’accès aux talents, au financement, avec la connexion américaine, et au marché.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale