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Tristan Harris, Sean Parker, Renée DiResta… Qui sont les repentis de la Silicon Valley ?

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Ces repentis d’un nouveau genre n’ont tué personne et n’ont participé à aucun trafic. Pourtant, dans la Silicon Valley, les mea culpa d’anciens employés des géants de la tech se succèdent ces derniers mois. Leur plus grand remord ? Avoir participé, de près ou de loin, au succès d’interfaces numériques telles que Facebook. Voici cinq figures de la tech qui prônent “une technologie plus humaine”.

TRISTAN HARRIS, LA CONSCIENCE DE LA SILICON VALLEY

Depuis la publication de son manifeste sur Medium, en mai 2016, expliquant "comment la technologie pirate l’esprit des gens", Tristan Harris est considéré comme le chef de file des repentis de la tech. Il est la "seule personne pouvant prétendre au titre de conscience de la Silicon Valley", selon le magazine The Atlantic. À travers le collectif Center for Humane Technology, il vient de lancer une campagne baptisée "The Truth about Tech" pour dénoncer le caractère addictif des réseaux sociaux. Une initiative directement calquée sur le modèle des actions antitabac avec des interventions prévues dans les écoles américaines.

 

"Nous étions à l’intérieur. Nous savons ce que les entreprises mesurent. Nous savons comment elles parlent et nous savons comment leur système fonctionne. Les entreprises de la Silicon Valley nous manipulent pour nous faire perdre le plus de temps possible dans leurs interfaces", a-t-il dénoncé, début février, dans le New York Times. Cet ancien "philosophe produit" de Google sait de quoi il parle. L’ingénieur de 33 ans a passé cinq ans (2011-2016) à designer des interfaces qui "exploitent les vulnérabilités psychologiques des utilisateurs afin d’attirer leur attention".

 

Comme une majorité d’ingénieurs de la Silicon Valley, Tristan Harris est passé par Stanford et son "Persuasive Tech Lab" où les ingénieurs en herbe étudient les ressorts psychologiques de l’addiction aux interfaces numériques. En 2007, fraîchement diplômé de la prestigieuse université californienne, il crée Apture, une extension web qui affiche en pop-up des informations complémentaires - comme la définition d’un mot - relatifs au contenu d’une page web. Tristan Harris rejoint Google en 2011, lorsque sa start-up auto-proclamée "glossaire du web" se fait racheter par le géant de Mountain View.

 

ROGER MCNAMEE ASSIMILE LES RÉSEAUX SOCIAUX AU TABAC ET À L’ALCOOL

Dans une tribune publiée par le quotidien USA Today, en août 2017, Roger McNamee a déclaré que Facebook et Google "fragilisent notre démocratie et représentent une menace de santé publique." L’investisseur de la première heure du réseau social au 2 milliards d’utilisateurs en a remis une couche, fin janvier, à travers un manifeste au titre sans équivoque : "Addicts et dealers des médias sociaux". À 61 ans, il dit avoir passé ses 35 ans de sa carrière "à investir dans les pépites de la Silicon Valley" et avoir eu la chance "de contribuer à l’ordinateur personnel, aux communications mobiles, à Internet et aux secteurs des réseaux sociaux".

 

Celui qui se considère comme l’un des "mentors de Mark Zuckerberg" cite un des pontes de la planète web : Marc Andreessen. "L’investisseur en capital-risque et fondateur de Netscape a publié en 2011 une tribune intitulée 'Pourquoi les logiciels dévorent le monde'. Mais nous ne l’avons pas pris au sérieux, pensant qu’il ne s’agissait que d’une métaphore. Nous voici désormais confrontés au défi consistant à extraire le monde de la mâchoire du monopole des plateformes Internet."

 

Le cofondateur du fonds de capital-risque Elevation Partners - avec Bono, le leader du groupe U2 - reste convaincu que "les fondateurs de Facebook, Google et autres grandes plateformes Internet n’étaient pas mal intentionnés lorsqu’ils ont adopté leur business model". Selon lui, c’est le smartphone qui a "transformé tous les médias en propulsant de fait Facebook, Google et une poignée d’autres au contrôle du flux d’informations jusqu’aux utilisateurs". Il explique que la "personnalisation des contenus" a eu pour effet "de polariser les populations et d’éroder la légitimité de plusieurs institutions fondamentales pour la démocratie (notamment la liberté de la presse)."

 

SEAN PARKER ET LE SHOOT DE DOPAMINE DE FACEBOOK

Lors d’un événement organisé par Axios, à Philadelphie, en novembre dernier, Sean Parker révélait le processus de décision derrière l’élaboration des applications telles que Facebook : "Comment est-ce qu'on absorbe le plus possible de votre temps et de votre attention consciente ? Pour cela nous avons besoin de vous donner en quelque sorte une dose de dopamine une fois de temps en temps - parce que quelqu'un a aimé ou commenté une photo - et cela va vous pousser à mettre plus de contenu, pour recevoir plus de 'j'aime' et de commentaires. C'est un cercle vicieux d'impressions de validation sociale... Les créateurs, c'est moi, c'est Mark (Zuckerberg, Ndlr)." Le co-fondateur de Napster et président de Facebook (2004-2006) alors que ce n’était encore qu’une start-up, estime que les réseaux sociaux “exploitent une vulnérabilité de la psychologie humaine".

 

Originaire du comté de Fairfax en Virginie, il apprend la programmation informatique à l’âge de 7 ans sur un ordinateur Atari 800. Il s’amuse à hacker les réseaux de grandes entreprises, ce qui lui a valu une condamnation du FBI à des travaux d'intérêt général, à l’âge de 16 ans.

 

À 38 ans, il est le plus grand donateur de la campagne pour la légalisation de la marijuana en Californie. Selon le Los Angeles Times, Sean Parker aurait mis près de 8,5 millions de dollars sur la table. Marijuana et réseaux sociaux, même combat ? En déclarant "Dieu seul sait ce que Facebook fait aux cerveaux de nos enfants", ce multimilliardaire n’hésite pas à se placer, en toute impunité, en lanceur d’alerte auprès des parents.

 

RENEE DIRESTA MURMURE À L’OREILLE DU CONGRÈS 

Renée DiResta, elle, pointe du doigt Reddit. La fondatrice de la start-up de logistique Haven estime que le site communautaire peut servir d’outil aux gouvernements étrangers pour "tester un message" et savoir s’il "trouve un écho et prend de l’ampleur." L’entrepreneuse-investisseuse installée à San Francisco depuis 2011 fait notamment référence à l’Internet Research Agency. Cette "usine à trolls" aurait acheté 100 000 dollars de publicités sur Facebook pour influencer l’élection américaine. En mars 2017, une étude conjointe de l’Université de Californie du Sud et l’Université de l’Indiana rapportait que 48 millions de comptes Twitter sont gérés par des bots.

 

Depuis l’été dernier, Renée DiResta a rejoint Data for Democracy, un collectif de 2 000 volontaires à travers le monde qui veulent mettre en place des projets sociétaux basés sur l’analyse des données. Celle qui a consacré sa thèse, en 2004, à la propagande lors des élections russes, a été conseillère en désinformation auprès de l’administration Obama. Elle intervient désormais en tant qu’expert "fake news" auprès du Congrès américain.

 

SANDY PARAKILAS VEUT UNE RÉGULATION DE LA COLLECTE DE DONNÉES SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Enième cadre de Facebook à faire son mea culpa : Sandy Parakilas. Il était en charge des questions de vie privée chez Facebook, entre juin 2011 et octobre 2012. "En interne, j’ai vu une entreprise qui privilégie la collecte de données de ses utilisateurs plutôt que de les protéger des abus (...) Facebook est libre de faire ce qu’il veut avec vos données personnelles, et il n’a aucune raison de mettre des garde-fous en place (...) Plus il a de données à proposer, plus il a d’intérêt pour les annonceurs", a-t-il asséné, en novembre dernier.

 

Désormais chef de produit d’Uber, il considère que seule une régulation par l’Etat peut encadrer efficacement les géants du web. "Les législateurs ne doivent pas laisser Facebook s’auto-réguler car il ne le fait pas". Un projet de loi, baptisé Honest Ads Act (loi sur les publicités honnêtes, en français), fait son chemin en ce moment au Congrès. Il vise à conférer une transparence totale pour toutes les publicités qui apparaissent sur les médias sociaux. Si cette mesure est adoptée, Facebook, Twitter ou encore Reddit devront remplir les mêmes obligations que celles qui prévalent pour la radio et la télévision : "Les plateformes en ligne devront faire des efforts raisonnables pour s’assurer que des personnes ou des entités étrangères ne puissent acheter de publicités ou de messages à caractère politique qui puissent influencer les électeurs américains."

 

ET AUSSI…

La liste des "repentis de la tech" est encore longue : on y trouve Lynn Fox, ancienne vice-présidente des relations presse d’Apple et de Twitter, Justin Rosenstein, le créateur du bouton "Like" de Facebook qui a banni Reddit et Snapchat et "s'impose une utilisation limitée de Facebook" ; Chamath Palihapitiya, ancien vice-président de Facebook et co-propriétaire du club de basket des Golden State Warriors, se sent, lui, "extrêmement coupable" d’avoir créé "des outils qui déchirent le tissu social au fondement de notre société" ou encore Greg Hochmuth, ingénieur d’Instagram à ses balbutiements, s'est lancé dans un projet créatif qui explore les effets des plateformes numériques sur les esprits.

 

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