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"Un jour, l'équivalent d'un Google naîtra en France", Jonathan Benhamou, PDG de PeopleDoc

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Entretien PeopleDoc figure parmi ces start-up françaises parties sans complexe à l'assaut du marché des Etats-Unis. C'est dans les bureaux new-yorkais de la filiale américaine, en plein Midtown à quelques blocs de Time Square, que son PDG co-fondateur, Jonhatan Benhamou, nous a reçus. Si aujourd'hui, on compte selon FrenchFounders près de 200 start-ups françaises qui se sont envolées pour tenter leur chance à New York, toutes n'ont pas (encore) 280 personnes ou 850 clients, ni réalisé comme PeopleDc 35 millions de chiffres d'affaires. Installé depuis 3 ans aux Etats-Unis, Jonathan Benhamou a livré sa vision du monde des affaires outre-Atlantique... et, profitant de cette distance, son analyse de la situation de l'économie française. Il décrypte aussi les atouts de l'écosystème numérique parisien. 

Un jour, l'équivalent d'un Google naîtra en France, Jonathan Benhamou, PDG de PeopleDoc
"Un jour, l'équivalent d'un Google naîtra en France", Jonathan Benhamou, PDG de PeopleDoc
Un de nos confrères a désigné PeopleDoc comme une potentielle licorne française. Quel effet cela vous fait ?
Jonathan Benhamou : Il y a quatre ans, nous avons levé 17 millions d’euros, ce qui constituait la plus grosse levée de fonds du moment. Quand je regarde aujourd’hui ce qui se passe en France – ce que je fais tous les matins – je vois qu’il y a beaucoup de levées de fonds bien plus importantes. Aujourd’hui, la France est un pays où on peut lever beaucoup d’argent. Après, lever des fonds, c’est bien mais ce n’est que le début. Il faut en faire quelque chose, créer de l’activité. Il faut créer une sorte de cercle vertueux : avoir des entreprises qui se vendent bien attirera des investisseurs qui accepteront de mettre davantage d'argent, ce qui permettra d'obtenir une sortie à un plus haut niveau et ainsi de suite...

Si on a tant de licornes aux Etats-Unis, c’est parce qu’on trouve des investisseurs qui sont prêts à mettre 150 millions dans une start-up. On n’en est pas encore là en France, où il existe en revanche un vrai fantasme autour des licornes qui parfois, vu des Etats-Unis, me semble un peu excessif. Les Etats-Unis ont commencé il y a cinquante ans, nous il y a seulement dix ans. C’est pour ça qu’ils ont Google et pas nous. Mais nous n’avons aucune raison de ne pas avoir un jour l’équivalent de Google en France.

 
La puissance de la Silicon Valley, selon vous, ce n’est qu’une question d’antériorité ?
J. B. :
Les Français sont dans un fantasme des Etats-Unis, qu’ils imaginent comme le pays de la libre entreprise et où on peut tout faire. Mais la France est un super pays pour entreprendre, quoi qu’on en dise. Il existe des aides pour cela et c’est un vrai soutien pour une entreprise qui se crée. Ensuite, la centralisation est très pratique quand on est entrepreneur : tout se passe dans un petit rayon, quand, ici, aux Etats-Unis, tout est éloigné. Les fonds présents en France sont de plus en plus professionnels. De plus, il y a relativement moins de start-up en France qu’aux Etats-Unis. Quand vous créez votre entreprise, la concurrence est beaucoup moins rude. Enfin, on trouve d’excellentes compétences, des gens bien formés, qui sont à la fois moins chers et davantage loyaux. Ici, vous ne recrutez pas un ingénieur si on ne trouve pas les pommes et le coca à volonté dans la cuisine. 

Ici, vous ne recrutez pas un ingénieur si on ne trouve pas les pommes et le coca à volonté dans la cuisine.

Mais la fiscalité est avantageuse, non ?
J. B. : Détrompez-vous ! Il y a beaucoup de taxes aux Etats-Unis. Et, dans certains cas, la fiscalité française est plus simple et plus logique qu’aux Etats-Unis. Prenez l’exemple des stock-options, un outil qui est très important pour les start-up. Aux Etats-Unis, quand un salarié quitte l'entreprise et exerce ces stock-options ou l'équivalent des BPSCE (bons de souscription de parts de créateur d'entreprise ndlr), qu'il les vende ou non dans la foulée, doit payer des taxes sur la plus-value. Il faut donc payer des taxes sur de l'argent qu'on n'a pas encore touché. Il faut vraiment comparer de très près les deux systèmes avant de tirer des conclusions définitives comme on le fait très souvent.
 
Vous regrettez la France ? 
J. B. : Comme j'aime dire pour m'amuser : "La France, tu l'aimes quand tu la quittes". Je reviens à ce qu'on disait précédemment : il y a vraiment un complexe français d'auto-flagellation. Le bon côté des choses, c'est que je suis persuadé qu'en France les choses ne peuvent qu'aller mieux dans le futur. 
 
Cela fait maintenant plusieurs années que vous êtes installé aux Etats-Unis. Qu'avez-vous appris que vous pourriez partager avec nos lecteurs ?  
J. B. : Depuis la France, on a une vision très égalitaire des Etats-Unis. Dans le monde professionnel, c'est en grande partie faux. Il existe une petite "élite" de top executives, qui sont très chers mais qui, quand vous les embauchez, changent tout à l'activité. Les Américains sont, en général, d'excellents "do-ers", de très bons exécutants. Ils font très bien ce qu'on leur demande, tout ce qu'on leur demande, mais seulement ce qu'on leur demande. Pour le dire abruptement, contrairement à ce qu'on pourrait penser, aux Etats-Unis, il y a peu de place pour la négociation. Tu obtiens ce que tu paies.
En France, on a l'habitude quand on prend une décision à l'issue d'une réunion de savoir qu'elle va être discutée, critiquée, remise en cause. Aux Etats-Unis, si une décision est prise, elle est appliquée loyalement par tous. Quand tu n'es pas prévenu, cela peut conduire à se planter.
 
C'est la plus grande différence entre les Etats-Unis et la France ? 
J. B. : La plus grande je ne sais pas, mais je sais qu'il y a un point de différence culturelle entre la France et les Etats-Unis important. En France, on dit "prendre un risque" ; aux US, on dit "to take a chance". Ce changement de vocabulaire traduit une différence profonde de culture, de comportements.. 

En France, on dit "prendre un risque" ; aux US, on dit "to take a chance"

 

Quel conseil donneriez-vous à une entreprise qui veut s'implanter aux Etats-Unis ?
J. B. : De venir. Il faut être sur place pour sentir le marché. Je pense que si j'avais pris un agent qui représente l'entreprise ou un développeur commercial, je n'aurais pas compris de la même façon. Il faut vraiment s'impliquer. 
 
Aujourd'hui, dans le climat actuel, est-ce difficile d'être une société française sur le marché américain ? 
J. B. : PeopleDoc fait ce qu’on appelle du "HR delivery" et nous travaillons avec des clients globaux. Pour tout ce qui concerne la conformité, la compliance, comme on dit ici, être français est un vrai atout. Le RGPD est une opportunité extra pour nous. Ensuite, le produit est jugé sur ces performances : on contribue à réduire le coût de l’administration RH, on a des outils de reporting qui apportent de la valeur aux équipes RH. C’est ce qui compte.
 
En France, la place des femmes dans les entreprises de la tech est un sujet récurrent. Qu’en est-il aux Etats-Unis ?
J. B. : Notre R&D est en France. L’équipe new-yorkaise s’occupe des ventes, du marketing et des opérations. Ceci rappelé, le problème est de même nature ici ou en France, il y a relativement moins de femmes développeurs que d’hommes. Les causes du phénomène sont multiples. Il y a un héritage de l’histoire, auquel s’ajoute un certain machisme rampant qui peut exister dans la tech. Le résultat est qu’on manque d’exemples. Or, je suis persuadé que c’est important d’avoir des modèles pour donner envie de faire ces métiers. A notre échelle, nous agissons : dans les recrutements, je demande aux équipes d’aller plus loin que les CV d’hommes qu’ils reçoivent spontanément. Je leur demande d’aller chercher les talents féminins. Nous devons nommer des femmes à des postes où elles seront visibles.

 

Propos recueillis par Christophe Bys
(envoyé spécial à New York)

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