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Une concertation numérique, pour quoi faire ?

Inaugurée un samedi matin, pour toucher la société civile, la grande consultation numérique voulue par le gouvernement aurait mérité un lancement plus médiatique. C’est une occasion unique de peser sur la société civile numérique dans laquelle nous voulons vivre.
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Une concertation numérique, pour quoi faire ?
Une concertation numérique, pour quoi faire ? © Rodrigo Sepulveda Schulz - Flickr - CC

C’est une première mondiale. Une grande consultation nationale numérique a été officiellement lancée par Manuel Valls, le 4 octobre. Pilotée par le Conseil national du numérique, elle est ouverte à tous sur contribuez.cnnumerique.fr jusqu’en janvier 2015.

Sont immédiatement ouverts les thèmes "Croissance, innovation, disruption" et "Loyauté dans l’espace numérique". Pour les contributions aux thématiques "Transformation numérique de l’action publique" et "La société face à la métamorphose numérique", il faudra ronger son frein jusqu’à mi-novembre. À l’issue de chaque thématique, des journées contributives seront organisées partout en France. Le CNNum se chargeant de sélectionner et compiler les propositions d’ici à fin janvier 2015, afin qu’elles soient débattues par le gouvernement mi février 2015. L’objectif étant notamment d’écrire une grande loi numérique pour la France.

Selon Manuel Valls, Axelle Lemaire, Thierry Mandon ou encore Benoît Thieulin, président du CNNum, cette consultation géante doit permettre de "définir quelle est la société dans laquelle nous voulons vivre demain", "de bousculer l’État", de "bouger les lignes", de s’interroger sur "l’avenir de notre économie numérique", de "repenser la citoyenneté" et même notre vision de la France. Vaste programme.

Bousculer l’État

Pour le gouvernement, ce serait une démarche "disruptive que de savoir écouter et entendre les Français", reconnaît Axelle Lemaire, sécrétaire d’Etat au Numérique, qui ne veut surtout pas qu’on y voit une manière "de reculer la prise de décision".

"Le gouvernement agit, mais il faut donner de la cohérence à cette action. Il faut un projet politique et définir un cadre global, c’est l’objet de cette consultation", explique la secrétaire d’État au Numérique. En ligne de mire, une grande loi numérique pour la France, mais pas seulement. "La consultation française devrait aussi donner du grain à moudre au gouvernement pour faire des propositions à la nouvelle Commission européenne", souhaite Benoît Thieulin. Un souhait entendu. "Si l’Europe n’est pas au rendez-vous elle sortira de l’Histoire", a prévenu le Premier ministre.

De son côté, Marc Tessier, président de Vidéo Futur, membre du CNNum, a rappelé que la transformation de l’État en "Etat numérique retrouvant sa capacité stratégique ", n’est pas une option. "Si l’État ne se transforme pas, les citoyens le feront à sa place", prévient-il. Mais Axelle Lemaire a conscience que le temps du numérique va très vite et que "le risque de déconnexion de la classe politique et de l’action publique est plus grand que jamais." Car si "les citoyens vont vite, l’État court derrière ces évolutions", reconnaît-elle.

Reprendre le contrôle économique

Le calendrier de la consultation peut paraître serré. À peine quelques semaines pour collecter les propositions des Français sur tous les sujets économiques, sociaux, politiques que bouleverse le numérique. Mais il y a urgence. "Nous sommes à un moment historique, où certains voudraient récupérer l’espace Internet pour en faire un objet de puissance, pointe Axelle Lemaire. Il y a un risque de fragmentation par grandes plates-formes, américaine ou chinoise, de quelque chose qui est un bien commun. Au point de ne plus laisser la place aux plus petits, comme les start-up. Ce risque de fragmentation est réel."

Trouver les moyens de profiter du boum de l’économie numérique est aussi un des enjeux de cette concertation. "Les études récentes évaluent le poids du numérique à 110 milliards d’euros et 1,5 million d’emplois, a déclaré Manuel Valls. Certains évaluent à 100 milliards d’euros la croissance annuelle de la France d’ici à 2020 si elle aligne sa stratégie sur le Royaume-Uni ou la Corée. Il faut saisir cette opportunité. L’économie française doit et peut relever le défi de la croissance par le numérique", promet le Premier ministre.

Repenser la citoyenneté

"Je crois qu’il y a urgence à réaliser que notre modèle social français passera par le numérique", a lancé Axelle Lemaire. Et l’État doit donc se transformer. "L’État est confronté à des demandes totalement nouvelles de la société, qui réclament rapidité et simplicité de réponse. Et elle a aussi en son sein, des salariés habitués au numérique", reconnaît Thierry Mandon, secrétaire d’État en charge de la Réforme de l’État et de la simplification. Pour lui, le changement culturel de l’État passe par le numérique… et par une nouvelle citoyenneté : "Je crois au citoyen numérique mais aussi à un numérique citoyen, qui respecte la vie privée et qui soit responsable. Le numérique peut être l’outil d’une nouvelle citoyenneté."

Revaloriser la France

Mais "la concertation ne servira que si derrière sont déclenchées des actions concrètes", a rappelé Marie Ekeland, membre du CNNum et co-présidente de France Digitale. Elle appelle de ses vœux la visée d’un "objectif utopique, d’une société sereine avec un État capable de repenser les choses, repenser la France dans un monde équilibré". Mais stop aux lamentations et au constat défaitiste.

"J’en ai assez du french bashing. Assez de cette vision décliniste. À l’extérieur, tout le monde me parle de la French Tech, et me dit que c’est la 2e communauté de la Silicon Valley", a lancé Manuel Valls, faisant ensuite référence à ses rencontres récentes avec Xavier Niel, John Chambers, PDG de Cisco ou Larry Page, dirigeant de Google, qui tous ont "reconnu le potentiel de la France, ses atouts, ses talents".

Autant de grandes ambitions pour cette concertation, justement baptisée "Ambition numérique". Mais qui aurait peut-être mérité une intervention publique plus médiatique, lors d’un JT de 20 heures, par exemple. Voire, soyons fous, un lancement par le Président de la République, lui-même. Puisque c’est de l’avenir de la France et de la démocratie participative, qu’il s’agit.

Aurélie Barbaux

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