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Usine du Futur : la France joue la carte de la différence

Privilégiant les projets concrets, le plan français se distingue des initiatives lancées par les autres pays, centrées sur la recherche. Au risque de ne pas s’aligner sur le programme européen ?

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Usine du Futur : la France joue la carte de la différence
Usine du Futur : la France joue la carte de la différence © CFT Industrie

Pour rattraper son retard, la France a choisi de ne pas faire comme les autres ! Lorsque le gouvernement a lancé, en septembre 2013, un programme usine du futur dans le cadre des 34 plans de la Nouvelle France industrielle, l’initiative fut saluée par la communauté industrielle. "Pour la première fois, on a fait travailler ensemble les entreprises, le monde académique et les régions sur des questions qui viennent du terrain", résume aujourd’hui Jean-Camille Uring, le président du Syndicat des machines et technologies de production (Symop). La France était alors l’un des derniers pays européens à entreprendre un tel projet de reconquête industrielle.

L’Allemagne avait dégainé, dès 2010, avec Industrie 4.0. Elle avait été suivie en 2011 par le Royaume-Uni et son programme High value manufacturing catapult, puis en 2012 par l’Italie et sa Fabbrica del futuro. Un à trois ans de retard par rapport à nos plus proches voisins, cela ne prêterait pas à conséquence si le constat sur l’état de notre appareil productif n’était pas aussi alarmant. Selon le rapport commandé par le gouvernement en 2014, la France accuse un retard d’investissements de l’ordre de 40 milliards d’euros par rapport à l’Allemagne, avec un parc de machines plus âgé en moyenne de dix ans. Sur la dernière décennie, nous avons acheté 20 000 machines, les Italiens 35 000 et les Allemands 200 000. L'urgence était réelle.

Être le dernier à se lancer présente un avantage : on peut mettre l’accent sur ce qui n’a pas été fait chez les autres. La plupart des initiatives nationales sont ainsi axées sur la recherche, et les lignes pilotes financées par l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie sont développées au sein de centres techniques et d’universités. Le plan français propose en revanche des vitrines technologiques réalisées par des industriels dans leurs usines [lire pages 52-58]. Autre signe distinctif : le dispositif d’accompagnement des petites et moyennes entreprises. "Cet aspect du plan est apprécié par la Commission européenne, car il y a des actions concrètes orientées vers les besoins des PME", note Didier Vanden Abeele, le responsable des affaires européennes au CEA List.

Le choix de l’opérationnel

Alors que les autres pays, le Royaume-Uni ou les États-Unis notamment, se concentrent sur la création de centres de recherche, la France, qui est plutôt bien pourvue de ce côté-là, a choisi de miser sur l’opérationnel. Un milliard d’euros a été consenti pour des prêts aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui veulent lancer des projets de robotisation, de numérisation et d’efficacité énergétique. À cela s’ajoutent des initiatives ciblées, comme Capme’Up qui propose un accompagnement en stratégie d’innovation et RobotStartPME qui soutient les entreprises dans l’acquisition de leur premier robot. En un an, cette dernière initiative a presque atteint l’objectif qu’elle s’était fixé pour 2016, en traitant 180 dossiers sur les 250 prévus. Ce n’est encore suffisant pour rattraper l’Allemagne (160 000 robots contre 36 000 en France) mais, au moins, les PME françaises manifestent leur intérêt.

Le Symop et le Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés (Gimélec) travaillent déjà à étendre ce programme aux nouvelles technologies de production. Bien sûr, toutes les entreprises n’ont pas les mêmes besoins. "L’éventail des dispositifs pour les PME est large, selon que les entreprises ont besoin d’une nouvelle démarche stratégique, d’un accompagnement technique, d’une aide à la relocalisation, si elles cherchent à se regrouper avec d’autres ou à lancer des projets de développement durable", détaille Philippe Choderlos de Laclos, le directeur général du Centre technique des industries mécaniques (Cetim).

Pour orienter les industriels vers le ou les dispositifs en question, un système d’audits est en cours de déploiement dans les régions. Les principales régions industrielles se sont attaquées au sujet, à l’instar du Rhône-Alpes, de l’Aquitaine, de l’Île-de-France, de la Picardie, de la Lorraine et des Pays de la Loire. À ces dispositifs s’ajoutera le référentiel de la Fédération des industries mécanique (FIM). Disponible cet été, ce document se veut un outil de vulgarisation, afin que les publications sur l’usine du futur ne se limitent pas à des rapports gouvernementaux et des Livres blancs. "Le référentiel comportera des fiches pratiques pour répondre aux questions concrètes que se posent les patrons de PME. De quoi parle-t-on avec l’usine du futur ? Quel intérêt à aller vers telle ou telle technologie ? Comment les mettre en place ? Quelles sont les compétences particulières à acquérir ?", indique Philippe Contet, le directeur technique et innovation de la FIM.

Outre les vitrines technologiques et l’accompagnement des PME, le plan Usine du futur comporte une partie recherche, centrée sur six domaines. "Il a été volontairement orienté sur des projets à court terme, car il y avait un besoin de résultats rapides", précise Christian Balle, le président du groupe de travail usine du futur du pôle de compétitivité Systematic. La feuille de route fixe des objectifs pour 2017, quand nos voisins européens enregistrent déjà les résultats de leurs premiers projets. Aussi, les pilotes du plan français ont-ils choisi d’orienter la recherche sur des aspects de société et sur la place des salariés dans les usines du futur.

Pour l’instant, la France est peu présente au sein du programme Factories of the future de la Commission européenne, un partenariat public-privé lancé en 2008 et doté d’un budget de 1,8 milliard d’euros. "Plusieurs projets, comme Vistra et So Smart, portent sur le thème de la place de l’homme dans les usines", indique Chris Decubber, le directeur technique de The European factories of the future research association (Effra), qui représente les industriels au sein de ce programme européen. "Nous avons un problème d’alignement avec la stratégie européenne. Et, à l’exception du Cetim et du Commissariat à l’énergie atomique, les industriels sont peu impliqués dans ces comités européens", regrette Didier Vanden Abeele.

Le pari des KIC

Le 5 mars, toutefois, une délégation de quinze industriels s’est rendue au siège de la Commission européenne, à Bruxelles, pour porter la voix de la France dans le cadre d’un projet de création de communautés de la connaissance et de l’innovation – Knowledge innovation communities (KIC) – sur la fabrication à valeur ajoutée. "Les KIC sont des mégaprojets qui couvrent toute la chaîne de développement de nouveaux produits : recherche, industrialisation et formation, explique Seljko Pazin, le directeur exécutif de l’Effra. C’est aux industriels d’identifier ce qui manque dans le domaine concerné, puis de créer des centres techniques ou des universités de classe européenne. Si elle fait entendre ses atouts, la France pourrait jouer un rôle central dans cette communauté KIC sur la fabrication, pour laquelle les appels à projets débuteront en 2016."

Avant le lancement du plan usine du futur, une telle initiative commune entre industriels aurait été inimaginable. Leur mobilisation va de pair avec l’intérêt de la France pour héberger des structures au rayonnement international telles que les KIC. Comme François Hollande devrait prochainement le rappeler, à l’occasion de l’annonce du regroupement de certains des 34 plans lancés en 2013, l’usine du futur est désormais au cœur de la politique industrielle française.

Frédéric Parisot

 
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