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Viens chez moi, j'habite chez un grand groupe... à Neuilly

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Reportage Depuis 5 ans, la ville de Neuilly met en relation des grandes entreprises et des start ups sélectionnées. Les premières aident les secondes en mettant à disposition des bureaux vides. Mais pas seulement, car les uns et les autres profitent de cette promiscuité pour créer des relations de mentorat, pour créer une réelle symbiose. Et ça marche pour certaines entreprises au-delà des espérances des promoteurs. 

Viens chez moi, j'habite chez un grand groupe... à Neuilly
Neuilly est connue pour ses hôtels particuliers où réside le tout CAC 40. En attendant les patrons de start up ?

Ne parlez pas à Bruno Lussato du charme des débuts dans un garage, le mythe californien. Avec ses deux frères, Hugo et Théo, il a fondé il y a trois ans Wistiki, dans une chambre de bonne dans le neuvième arrondissement. Pas vraiment l'idéal à l'écouter. "Quand un client ou un fournisseur voulait nous rencontrer, je devais toujours trouver une excuse pour que ce soit au café du coin. Ce n'est pas simple non plus quand il s'agît de recruter ! " se souvient-il.

 

Mais aujourd'hui, pour Bruno Lussato, tout ça c'est du passé. Ce jeune homme à l'air amusé peut donner une élégante adresse aux candidats qui souhaitent le rencontrer. Avec 25 salariés, il a emménagé au premier étage d'un immeuble moderne de l'avenue Achille Peretti, à deux pas de l'Hôtel de Ville. Comment fait-il pour payer ?

 

Il ne paie pas, il est hébergé par le cabinet de conseil Square, une des vingt entreprises partenaire de Neuilly nouveaux médias, un projet porté par la mairie et qui offre à des start-ups d'être hébergées par des entreprises installées. La durée d'hébergement prévue est normalement de deux ans. Pour cela, les candidats doivent déposer un dossier à l'une des deux sessions annuelles. "De session en session, le niveau des dossiers présentés monte", se réjouit Jean-Gabriel Bliek.

 

 

Une association neuilléenne ouverte mais pas seulement

Actuellement, une dizaine de jeunes entreprises sont hébergées de cette façon chez un grand compte neuilléen ou presque, puisque Gras Savoye parti à Puteaux fait toujours partie de l'association. Cette dernière a aussi accueilli Engie qui se trouve pourtant à La Défense.

 

Jérôme Boucheron, le pdg de Square et le président de l'association, n'a pas hésité à rejoindre le mouvement dès sa création en 2010, son entreprise n'avait alors que deux ans : "On se sentait encore un peu une start-up nous-mêmes. On sait ce que ça veut dire de bloquer un an de loyers sur un comte bancaire pour trouver des locaux ! Une entreprise en création a autre chose à faire que de trouver des fonds pour avoir des locaux. Il vaut mieux qu'elle utilise son cash pour recruter, se développer, trouver des clients ", explique cet enthousiaste supporter de l'initiative.

 

Dans son cas, il est formel, la collaboration a été plus loin que l'échange de bureaux. La présence d'une équipe jeune et dynamique, avec des méthodes de travail innovantes, a eu un rôle bénéfique sur ses équipes. "Les différences dans la manière de travailler sont un avantage compétitif pour les deux parties, estime-t-il. Une start-up ça va vite, ça donne envie. On apprend de leur agilité ". De son côté, Bruno Lussato a pu profiter des bureaux avec Wi-Fi et fibre optique et même de la terrasse aérienne du cabinet de conseil. Surtout il a pu aussi reçu les conseils d'experts avisés, proximité oblige.

 

Pour Jean-Gabriel Bliek, le directeur du développement économique et de l'emploi de la célèbre commune des Hauts-de-Seine, le programme doit " permettre de régénérer le tissu économique local ".

 

UN HÉBERGEUR ET UN MENTOR 

Rien de tel qu'une discussion à la machine à café pour évoquer un problème financier ou juridique avec des pros. "Pour nous, ils ont été des coachs ", résume-t-il. Et même un peu plus puisqu'il a aussi pu placer certains de ses produits, comme par exemple des porte-clés Wi-Fi, auprès de clients de Square. Et des liens se tissent même entre la start-up et d'autres entreprises qui participent au programme Neuilly nouveaux médias.

 

A quelques centaines de mètres de là, sur la très passante avenue Charles de Gaulle, la major Warner a ses bureaux français dans un immeuble tout en verre. Le vice-président et directeur financier, Eric Broët n'a pas longtemps hésité avant d'accueillir une jeune pousse. Avec cette initiative, c'est un peu l'esprit de la Valley qui souffle sur Neuilly, "cette idée qu'il vaut mieux partager un plus gros gâteau avec plus de personnes, plus que de tout garder sous contrôle, au risque de voir le gâteau se réduire. On a besoin de jeunes pousses pour faire croître l'écosystème de l'entertainment. Il ne s'agit surtout pas de les bloquer ou de les phagocyter mais d'aider à les développer ", assure-t-il.

En 2013, il accueille donc Wisemetrics, fondée par Stéphane Allard au Neuilly Lab, un incubateur classique comme il en existe tant en France. S'il a présenté un dossier à Neuilly nouveaux médias, il avait une idée derrière la tête : " je voulais qu'on soit hébergé chez Warner, c'était avec eux qu'on avait le plus d'affinités. Notre techno s'appliquait à merveille à ce qu'ils font, ils constituaient pour une un projet pilote idéal. Aujourd'hui, on ne regrette rien " explique-t-il.

 

Ce qu'il attendait de Warner, il l'a eu et même au-delà, croisant très vite les équipes digitales de Warner France avec Michael Nathan à leur tête. "Il a été notre mentor", estime aujourd'hui Stéphane Allard. Notamment parce qu'il a leur a offert en quelque sorte un billet pour la Californie, qui a littéralement boosté la start-up, depuis rachetée par Augure.

 

De Neuilly à la Californie

La bonne fée de cette histoire s'appelle Debra Baker. Elle est responsable du Media Camp de Warner, un rendez-vous régulier où la major rencontre des start-up, en général californienne. C'est ainsi que Wisemetrics a été la première start-up à participer à cet événement et à avoir passé plus de trois semaines en Californie avec le tout "entertainment made in Hollywood". "Nous travaillions sur l'amélioration des performances de la communication sur les médias sociaux grâce au big data ", explique le fondateur, nous avons fait des choix que nous n'aurions pas fait si on n'avait pas été confronté aux données de Warner. On était véritablement dans le co-développement ". Leur terrain d'expérimentation a été les films de Warner France considérés comme des marques à promouvoir sur les réseaux sociaux. Et les deux partenaires semblent plus que satisfaits du résultat. D'ailleurs, "nous ne nous interdisons pas d'être client de la nouvelle société (celle issue du rachat par Augure ndlr) " confie Eric Broët, le VP Finances de Warner.

 

Neuilly aurait-elle trouvé la martingale pour accélerer le développement des start-up. Pas sûr. Certaines entreprises hébergées ont mis la clé sous la porte, malgré les conseils de grandes sociétés qui les accueillaient. Alors que Wisemetrics a quitté Neuilly pour les grands boulevards à Paris et que Wisitiki cherche des bureaux (peut-être dans les hauts de seine mais rien n'est signé), les deux hébergeurs, Warner et Square se disent prêts à retenter l'expérience. Ils attendent la prochaine sélection.

 

Jérôme Boucheron, le président de l'association (et de Square) en fait une priorité pour l'avenir de Neuilly nouveaux médias : " maintenant nous devons travailler à créer des liens encore plus forts entre les start-up et les hébergeurs " , promet-il. Bonne nouvelle pour les créateurs qui décrocheront la timbale. Dommage pour les cafés qui voient ainsi des clients leur échapper...  

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