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[Tribune] DevOps versus NoOps, est-il vraiment nécessaire de choisir un camp ?

Tribune Depuis plusieurs mois, le sujet du NoOps est de plus en plus présent au sein des équipes de développement d’applications. Cette approche, qui milite pour une automatisation du déploiement, de la surveillance et de la gestion des applicatifs sans avoir recours à une infrastructure sous-jacente, permet-elle de faire si aisément  abstraction des Ops ? Pourra-t-on vraiment déployer toutes les applications sans infrastructure ? Eléments de réponse avec Patricia Buchart, Solution Manager Infrastructure & Cloud chez Groupe SII.  
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[Tribune] DevOps versus NoOps, est-il vraiment nécessaire de choisir un camp ?
[Tribune] DevOps versus NoOps, est-il vraiment nécessaire de choisir un camp ?

Depuis plusieurs mois, le sujet du NoOps est de plus en plus présent au sein des équipes de développement d’applications. L’approche DevNoOps, plus couramment nommée NoOps milite pour une automatisation du déploiement, de la surveillance et de la gestion des applicatifs sans avoir recours à une infrastructure sous-jacente et donc à des Ops pour déployer et administrer ces infrastructures. En allant chercher des services managés proposés par les providers cloud, de plus en plus d’équipes métiers optent pour des configurations supposées plus souples, plus efficaces, plus rapides à déployer.

DevOps, retour sur une mouvance désormais mature
Le mouvement DevOps est créé à la fin des années 2000, le terme de "DevOps" apparaissant pour la première fois le 30 octobre 2009. Ce mouvement est né de la volonté d’aligner les objectifs des équipes Dev et Ops, et de faire éclater le fameux mur de la confusion (Dev = Changements/ Ops = stabilité) ou tout du moins de parvenir à ouvrir une brèche. Basé sur les 5 piliers C.A.L.M.S (Culture Automation Lean Measurement Sharing), le DevOps, pour de nombreuses entreprises, est amené dans un objectif d’automatisation et d’industrialisation du déploiement des applications, une amélioration du Time To Market.

Il est difficile de s’organiser en DevOps si l’on n’expérimente pas déjà l’agilité. Le DevOps offre également des outils qui permettent cette communication, cette automatisation. Il est question, par exemple, de pipeline CI/CD (Continuous Integration/Continuous Deployment). Les projets s’organisent en "Feature team", "Squad", "Pizzas team" : des équipes organisées autour d’un projet qui rassemble les différentes compétences nécessaires à son aboutissement ; les Devs, les Ops, les métiers.

De nombreuses entreprises comprennent l’intérêt d’une telle mouvance DevOps. Mais si la plupart des start-up s’organisent naturellement en DevOps, les grands comptes doivent s’engager dans des projets de transformation de leurs équipes. Ce qui implique une révolution dans les outils, une évolution des compétences, et souvent, une modification profonde et transversale de l’organisation.

Parallèlement, la transformation des infrastructure vers le Cloud
C’est aussi vers la fin des années 2000 que le Cloud fait son entrée dans le monde de l’IT. Les entreprises ont besoin de plus en plus d’agilité et la mise à disposition des infrastructures ne doit plus être une contrainte au Time To Market des applications. Les règles du jeu sont posées dès le début de cette révolution : il faut aller vite pour être en phase avec le marché et s’assurer que la mise à disposition des applicatifs est la plus rapide possible. Développement, tests, intégration, passage en production… auparavant, il fallait facilement compter 6 à 12 mois pour déployer une solution dans son système d’information, hébergé le plus souvent sur des serveurs physiques ou virtualisés au sein de son propre data center. Le mécontentement des clients finaux, internes ou externes, se faisait clairement sentir. Certains clients commençant même à "bypasser" les DSI pour aller développer directement chez les cloud providers.

Le IaaS (Infrastructure as a Service) offre de nombreux avantages pour les développeurs : créer leurs propres VMS, déployer un réseau et configurer des règles de sécurité en toute simplicité. Le IaaS reste cependant l’environnement des Ops. Les développeurs ont besoin de ceux-ci pour déployer l’infrastructure nécessaire à leurs applications. Le PaaS (Platform as a Service) est un tournant pour les équipes de développement : les services managés proposés par les cloud providers sur les PaaS permettent aux développeurs d’avoir des outils "packagés" pour leur développement. Il n’est alors plus nécessaire de se préoccuper de l’infrastructure.

SecOps, DataOps, NoOps…
Avec le DevOps, on entend de plus en plus parler de SecOps, ou de DevSecOps, soit intégrer la sécurité à toutes les étapes du développement et du déploiement d’une application. On parle également de DataOps, il s’agit ici d’industrialiser les projets de Big Data et bien sûr, le NoOps.

Avec le NoOps, la communauté des développeurs prend conscience de la mise à disposition par les opérateurs cloud, de solutions natives conçues pour faciliter l’intégration des applicatifs. Les acteurs du cloud ont en quelque sorte franchi une étape en donnant aux développeurs l’opportunité de coder leurs applications directement dans les environnements cloud. La mise à disposition de plateformes de développement en mode PaaS incarne très clairement cette situation. Les Cloud Providers fournissent l’infrastructure sous-jacente, la puissance de calcul nécessaire, intègrent dans leurs services la plupart des éditeurs du marché (bases de données, outillage DevOps, Machine Learning, Bida Data...) et proposent ainsi aux développeurs un catalogue de services très large.

Le NoOps ne signifie pas la fin de l’Ops mais l’émergence d’Ops++
La tendance NoOps est très adaptée dans certains cadres : au sein de petites entreprises full cloud disposant d’expertises de développement en interne, dans des start-up, qui ont des moyens limités et qui veulent mettre leur produit rapidement sur le marché. Le NoOps va aussi faciliter les démarches d’innovation et de R&D.

Cependant le métier d’Ops ne va pas disparaître. Les grandes entreprises vont encore pour quelques années continuer à évoluer en recourant à des configurations cloud hybrides, connectant leur legacy et plusieurs cloud publics. Ce qui va nécessiter la présence d’Ops. Une nouvelle génération d’Ops++ va advenir. Des spécialistes capables de travailler sur des projets associés à :
- de l’automatisation d’infrastructure permettant des déploiements plus rapides (infrastructure as code) ;
- du pilotage (au sens monitoring, exploitation) de configurations hybrides ;
- de la mise à disposition de compétences orientées OPEX et non CAPEX permettant de définir les coûts des projets (FinOps).

Ces Ops vont devoir intégrer des compétences de développement, de scripting, de services de cloud public, et probablement aussi un peu d’ingénierie des données et d’intelligence artificielle. Surtout, ils vont devoir être très orientés métiers et services.

Cette configuration apporte des compétences techniques approfondies, permet d’aborder des rôles multiples, de développer une expérience étendue et reconnue dans d’autres domaines que l’infra. On ne parle donc plus de spécialité ou d’expertise, mais bien de "polyvalence".

Patricia Buchart est Solution Manager Infrastructure & Cloud chez Groupe SII.
Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Digitale.

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