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[Tribune] Post Covid-19 : pourquoi les cobots vont booster l'automatisation

Tribune Face à la pandémie de Covid19, quasiment tous les secteurs ont dû s'adapter à de nouvelles réalités – et le secteur de la production industrielle ne déroge pas à la règle. Le premier impact à court terme fut la fermeture de certains sites de production. Cependant, c'est à la transformation de long terme que les dirigeants d'entreprise doivent maintenant s'attaquer, selon Éric Schaeffer et Pascal Brosset, Accenture.
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[Tribune] Post Covid-19 : pourquoi les cobots vont booster l'automatisation
[Tribune] Post Covid-19 : pourquoi les cobots vont booster l'automatisation © Joseph DelPreto / MIT

Les dirigeants d'entreprise doivent maintenant s'attaquer à une transformation de long terme face aux pressions accrues pour la localisation de la production, l'automatisation d'un plus grand nombre de processus et la prise en compte de nouvelles exigences sanitaires pour la protection des salariés. Et un recours accru aux robots collaboratifs, ou "cobots", constituera une partie de la solution.

Bien que les cobots existent depuis près de deux décennies, leur percée commerciale ne date que de quelques années. Elle progresse à mesure que les dirigeants des grandes entreprises internationales de production s'en emparent et reconnaissent la contribution des cobots pour limiter les risques liés à la main d'œuvre, doper l'efficience et traiter des tâches de production plus complexes.

Généralement installés sur des plateformes mobiles, les cobots sont aussi légers que faciles à programmer, ce qui en fait des partenaires idéaux pour les équipes. Un cobot peut servir à soulever des composants lourds, à charger des machines ou à traiter des tâches répétitives, comme le conditionnement et le gerbage. Autrement dit, il peut se charger de ce que le secteur industriel appelle les "quatre D" (dirty, dangerous, dear, demeaning), à savoir les tâches sales, dangereuses, coûteuses et dévalorisantes.

Des promesses, mais peu de développement avant le Covid-19
Ceci explique pourquoi, avant même que n'éclate la pandémie de Covid-19, les cobots faisaient déjà partie des segments de la robotique industrielle qui enregistraient le développement le plus fulgurant, avec une croissance annuelle de 60%. Avant le Covid-19, la Robotic Industries Association prévoyait ainsi que les cobots généreraient un chiffre d'affaires mondial de 5,6 milliards de dollars d'ici à 2027.

Mais malgré cela et malgré les nombreux cas d'utilisation concernés par les cobots dans tous les secteurs, leur part de marché au sein de la robotique demeure assez modeste, comme nous l'apprend l'International Federation of Robotics. Ainsi, en 2018, sur 422 000 robots industriels déployés, seuls 14 000 (soit 3,3%) étaient des cobots.

Mais tout cela va changer au cours des prochaines années, pour deux principales raisons. La première, c'est que les cobots permettent une automatisation relativement économique. La seconde, c'est qu'ils sont extrêmement flexibles et capables de traiter un grand nombre de tâches, des plus simples aux plus complexes. Cela signifie aussi que les cobots ne sont pas l'apanage des grandes entreprises, mais qu'ils doivent aussi intégrer les effectifs des PME.

Trois tendances favoriseront l'essor des cobots. La chaîne d'approvisionnement devient plus locale et plus flexible ; les PME sont soumises à des pressions croissantes en matière d'automatisation ; enfin, les cobots peuvent garantir le respect de la distanciation sociale.

La chaîne d'approvisionnement devient plus locale et plus flexible 
En réponse au Covid-19, le secteur de la production jouera la carte de la diversification géographique – l'idée étant de protéger les chaînes d'approvisionnement contre de futurs bouleversements dans une économie mondiale devenue plus volatile. Cela ne signe pas la fin de la chaîne d'approvisionnement mondiale, mais le début d'une augmentation du nombre de sites de production beaucoup plus flexibles.

Si ces sites parviennent à proposer différents produits, leur meilleur taux d'utilisation peut compenser les coûts associés au fait d’avoir plus d'usines. Mobiles, peu encombrants et faciles à utiliser, les cobots peuvent permettre aux fabricants de créer des produits extrêmement diversifiés, et sont parfaitement adaptés à cet usage. Nous les avons déjà vus en action aux États-Unis, lorsque les constructeurs automobiles se sont convertis à la fabrication de respirateurs pour répondre à l'explosion de la demande, au moment où la pandémie de Covid-19 était au plus haut et où cet équipement vital faisait défaut.

Les PME sont soumises à des pressions croissantes en matière d'automatisation 
Le Covid-19 met à nouveau les PME sous pression et les urge à accroître leur productivité pour rester compétitives. Mais bon nombre d'entre elles restent sous-équipées, en partie parce que le coût perçu de l'automatisation leur paraît élevé. Disponibles dès 20 000 dollars, c'est-à-dire environ le cinquième du prix de départ des robots industriels classiques, les cobots constituent pourtant la solution.

Leur faible encombrement est adapté aux petits sites de production (ils peuvent même être installés en sous-sol ou dans des immeubles de bureaux, ce qui en fait un outil idéal pour les start-up). De plus, ils sont capables de traiter des tâches complexes. En cela, ils font de bons partenaires pour les entreprises proposant des produits personnalisés, qui permettent à bon nombre de PME de se différencier.

Et puisqu'ils peuvent être programmés pour différents types de production, un seul robot peut accomplir une multitude de tâches. Pour finir, ils ne nécessitent pas de connaissances pointues en codage : leur configuration est donc rapide et des travailleurs non qualifiés peuvent collaborer avec des cobots pour accomplir des tâches complexes. Au vu de ces éléments, les cobots peuvent participer à l'automatisation des PME.

Les cobots peuvent garantir le respect de la distanciation physique
Les règles de distanciation physique vont probablement faire partie de notre quotidien pendant un certain temps. Pour les fabricants, le défi consiste donc à limiter le nombre d'interactions physiques entre les personnes présentes dans l'usine. Le recours à un plus grand nombre d'"équipes mixtes", où humains et cobots travaillent de manière collaborative pour mener à bien une tâche (inspection, gerbage, conditionnement et chargement d'un produit, par exemple) peut constituer une solution (cette approche homme-machine est très bien illustrée dans l'ouvrage Human + Machine, cosigné par Paul Daugherty pour Accenture).

Par ailleurs, les cobots peuvent accomplir certaines tâches seuls, comme le transport de matériel à l'intérieur de l'usine, afin de limiter les déplacements des salariés.

À l'heure où de nombreuses entreprises risquent de voir leur situation financière se dégrader en raison des tensions croissantes qui pèsent sur les liquidités dans le contexte économique actuel, les cobots constituent potentiellement une solution à long terme qui peut changer la donne, et qu'il convient de ne pas sous-estimer dans la course à la compétitivité. En un mot, les cobots offrent la flexibilité qu'il nous faut pour réinventer la main d'œuvre de demain.

Eric Schaeffer, directeur exécutif mondial du secteur industrie chez Accenture
Pascal Brosset, responsable Europe Manufacturing et Opérations chez Accenture


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