LinkedIn refuse de révéler qui visite votre profil au nom de la vie privée mais le fait volontiers contre 29,99 euros par mois

LinkedIn conditionne l’accès à la liste des visiteurs de profil à un abonnement Premium. L’association Noyb a déposé une plainte devant l’autorité autrichienne de protection des données, estimant que ces informations devraient aussi être communicables gratuitement au titre de l’article 15 du RGPD. LinkedIn défend pour sa part que la protection de la vie privée des visiteurs s’y oppose.
LinkedIn

L’association Noyb, fondée par le militant Max Schrems connu pour ses croisades contre les grandes entreprises technologiques, a déposé ce 5 mai 2026 une plainte auprès de l’autorité autrichienne de protection des données contre LinkedIn Ireland.

Elle reproche au réseau social professionnel de refuser de communiquer gratuitement à ses utilisateurs la liste des visiteurs de leur profil, alors qu’elle commercialise cette même information dans le cadre de son abonnement Premium à 29,99 euros par mois.

Une violation du droit d’accès

Selon Noyb, cette pratique constitue une violation de l’article 15 du Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui protège le droit d’accès aux données personnelles.

La plainte s’appuie sur le cas concret d’un utilisateur de LinkedIn qui a exercé son droit d’accès à ses données personnelles en octobre 2025, via le formulaire de téléchargement mis à disposition par la plateforme. Le fichier obtenu ne contenait aucune information sur les visiteurs de son profil.

Contacté, LinkedIn a justifié cette absence en indiquant qu’il ne communique que les données de l’utilisateur lui-même et non celles d’autres membres. L’utilisateur a alors fait valoir que ces informations sont pourtant proposées aux abonnés Premium, rendant difficile un refus fondé sur la protection de la vie privée des visiteurs. Le réseau social a maintenu sa position.

Quand le droit d’accès se heurte au modèle Premium

Noyb articule son argumentation autour de deux fondements. Le premier est le droit d’accès prévu à l’article 15 (1) du RGPD, combiné à l’article 15 (3) qui impose au responsable de traitement de fournir une copie des données qu’il traite. Les données relatives aux visiteurs constituent, selon l’association, des informations se rapportant à l’utilisateur concerné. LinkedIn les traite et les associe à son compte, ce que démontre précisément le fait qu’elles sont proposées dans le cadre de l’abonnement Premium.

Le second fondement est l’article 15 (1)(c) qui impose de communiquer l’identité des destinataires auxquels les données personnelles ont été communiquées. La plainte fait valoir que les visiteurs d’un profil sont des destinataires au sens du RGPD, dans la mesure où LinkedIn leur a transmis les données figurant sur ce profil. A ce titre, leur identité devrait être communiquée sur demande.

La vie privée des visiteurs : prétexte ou principe ?

L’argument central de la requête repose sur une contradiction que LinkedIn peine à résoudre. L’article 15 du RGPD prévoit certes que le droit d’accès ne doit pas porter atteinte aux droits et libertés d’autrui, en l’occurrence la vie privée des utilisateurs du réseau social. Mais LinkedIn invoque précisément ce motif pour refuser la demande d’accès, tout en communiquant ces mêmes informations à ses abonnés Premium.

Noyb en tire une conséquence logique : si la protection de la vie privée constituait un obstacle réel, elle devrait s’appliquer également dans le cadre de l’abonnement Premium. Le fait que l’entreprise y renonce contre paiement démontre que cet argument repose sur un intérêt commercial et non sur une exigence juridique.

A noter que la demande de l’association est circonscrite. En effet, elle ne porte pas sur l’ensemble des visiteurs mais uniquement sur ceux ayant configuré leurs paramètres de confidentialité de façon à autoriser l’affichage de leur identité.

Le début d’une longue procédure

La suite de cette procédure pourrait se révéler longue. LinkedIn étant établi en Irlande, la Data Protection Commission (DPC) est l’autorité de contrôle chef de file au sein de l’Union européenne. L’autorité autrichienne devra donc coopérer avec elle dans le cadre du mécanisme de guichet unique, une procédure qui a - par le passé - suscité des critiques quant à sa lenteur dans les affaires impliquant de grandes entreprises technologiques.

LinkedIn accumule depuis plusieurs années un passif significatif en matière de protection des données en Europe. La sanction la plus lourde est tombée le 30 octobre 2024 : la Commission irlandaise de protection des données (DPC) a condamné LinkedIn à une amende de 310 millions d’euros pour des infractions au RGPD en matière de publicité ciblée.

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