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Pourquoi Manitowoc connecte ses grues

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Cas d'école Dans le BTP aussi, la transformation digitale est en marche. L'américain Manitowoc, propriétaire des grues Potain, connecte peu à peu ses engins de levage. Objectif : permettre le diagnostic à distance et améliorer la maintenance des machines. Une évolution qui bouleverse les habitudes de travail et pose la question de l'évolution du business model.

Pourquoi Manitowoc connecte ses grues
Pourquoi Manitowoc connecte ses grues © Manitowoc

Une grue à l'arrêt, et c'est tout un chantier qui peut être paralysé. Il est donc crucial de trouver rapidement le bon diagnostic et de raccourcir les délais d'intervention.

 

L'un des grands spécialistes mondiaux du levage pour la construction, Manitowoc, pense avoir trouvé la solution. Depuis quelques années, il travaille pour rendre ses grues communicantes et permettre un accès à distance à l'ordinateur de bord. L'entité Manitowoc Crane Care, spécialiste du SAV, de la maintenance et de la formation, a d'abord tenté de bâtir sa propre solution de connectivité en interne. Sans succès. "Notre métier c'est la grue, nous ne sommes pas des experts des communications", souligne Jean-Jacques Habib, responsable marketing de Manitowoc Crane Care et chef de projet Crane Star.

 

Après un appel d'offres, la société s'est donc tournée vers un partenaire technique, Orange Business Services, pour l'aider à mettre au point sa solution. "Nous nous sommes concentrés sur l'informatique embarquée, eux nous ont aidé sur la communication et l'interface permettant de gérer les machines et visualiser les données", explique Jean-Jacques Habib.

 

Accès à distance avec des données en temps réel

La solution, baptisée Crane Star Diag, a d'abord été testée pendant deux ans auprès de concessionnaires sensibles à la démarche. Depuis septembre 2015, une nouvelle étape a été franchie : les deux dernières générations de grues à tour sortant d'usine sont désormais équipées du matériel informatique permettant la transmission de données, avec une capacité d'analyse plus poussée pour le modèle le plus récent. Les techniciens de Manitowoc Crane Services, peuvent directement s'y connecter, pour avoir des données en temps réel sur l'utilisation des machines, et sur les éventuels problèmes rencontrés. Les clients peuvent également souscrire au service par abonnement. Une option qui intéresse ceux qui disposent de leurs propres équipes de maintenance en interne et voulent de nouveaux indicateurs de performance. Orange a opté pour une communication GPRS et a bâti un tableau de bord facile à consulter.

 

des clients à sensibiliser...

Avec cette innovation, Manitowoc marche sur des œufs et ne veut pas brusquer les professionnels du secteur. "Nos clients entendent beaucoup parler de télématique, d'objets connectés, mais cela manque encore de concret pour eux, confie le chef de projet. Les professionnels ont des habitudes de travail anciennes, bien ancrées. Nous devons faire preuve de pédagogie, pour leur prouver que ces nouvelles méthodes ne sont pas là pour prouver que les anciennes n'étaient pas bonnes. C'est plutôt une amélioration". La réception dépend en fait du niveau de maturité des clients. "Certains utilisent encore une feuille un stylo et des épingles, d'autres sont beaucoup plus avancés. Nous sommes là pour les accompagner". Globalement, "les niveaux d'acceptation des nouvelles technologies ne sont pas encore à la hauteur des attentes, mais cela va arriver", espère le cadre de Manitowoc France.

 

... et des équipes à former

En interne aussi, Manitowoc a dû sensibiliser ses managers et techniciens pour leur faire comprendre l'intérêt de la maintenance à distance. "C'est une mutation importante pour le service après-vente", reconnaît le responsable marketing de Manitowoc Crane Care. La généralisation de la maintenance connectée aura nécessairement des conséquences sur l'organisation du travail des équipes de maintenance, leur temps passé sur le terrain. Manitowoc espère gagner en efficacité opérationnelle et pouvoir répondre plus rapidement et beaucoup plus précisément aux demandes de ses clients, afin de réduire le temps d'immobilisation des engins. "L'idée, c'est d'envoyer directement le bon technicien avec la bonne pièce, sans avoir à faire des aller-retour", résume Jean-Jacques Habib.

 

Les promesses du big data

En connectant ses machines, la firme récupère aussi une masse d'informations sur l'utilisation de ses produits, alors que jusqu'ici, le lien avec l'utilisateur final était rompu dès la sortie de l'usine, hors des interventions ponctuelles de techniciens. "On ne cherche pas à connaître précisément qui fait quoi, mais à en savoir plus sur l'utilisation globale de nos produits", précise Jean-Jacques Habib. Les données, étudiées par les ingénieurs, seront utiles pour la conception des prochaines générations de machines.

 

vendre des heures de levage

Manitowoc veut aussi connecter ses grues mobiles pour les géolocaliser (avec un outil de gestion de flottes à distance). Il étudie les promesses de la maintenance prédictive (Crane Star Diag génère déjà des alertes et notifications préventives) et réfléchit à l'évolution de son business model, données à l'appui. "On s'interroge sur la possibilité de vendre des 'heures de levage plutôt que des machines", explique le dirigeant. C'est déjà en œuvre en Angleterre, et c'est ce qu'on appelle le 'payload'. Cela questionne notre rôle de fabricant, et celui de nos concessionnaires". Un vaste chantier d'avenir.

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