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Avec La Poste, SFR consolide son réseau dans la téléphonie mobile

Le groupe La Poste confirme qu'il entrera d'ici l'été prochain sur le marché de la téléphonie mobile, en tant que MVNO et en partenariat avec SFR. De source syndicale, cet opérateur, soucieux d'étendre son réseau de distribution, lui a proposé des conditions «extrêmement intéressantes» et devrait prendre à sa charge «l'essentiel des investissements».
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Avec La Poste, SFR consolide son réseau dans la téléphonie mobile
Avec La Poste, SFR consolide son réseau dans la téléphonie mobile © La Poste

C'est confirmé. Cinq ans après l'arrêt de son activité de fournisseur d'accès Internet - lancée en 2003 et abandonnée deux ans plus tard, faute de succès - La Poste va revenir dans les télécoms, mais cette fois sur le marché de la téléphonie mobile et en tant qu'opérateur à réseau virtuel (MVNO, pour « mobile virtual network operator »). Le groupe (20,5 milliards d’euros de chiffre d'affaires et 287 000 collaborateurs en 2009) vient d'annoncer qu'il est entré « en négociation exclusive avec SFR pour constituer une offre de téléphonie mobile sous sa marque », avec l'espoir « de conclure les accords définitifs dans les meilleurs délais » et de développer « une offre de téléphonie mobile pré-payée et post-payée ».

Dans le détail, « il s'agira d'une co-entreprise – détenue à hauteur de 51% par La Poste et à hauteur de 49% par SFR », précise-t-on au niveau de la direction, en soulignant que le groupe « a un objectif à six ans de deux millions de clients et de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires dans la téléphonie mobile  ».

Des atouts convaincants

Pour y parvenir, La Poste mise sur l'étendue de son réseau de distribution (17 000 points de contact), mais aussi sur le succès de ses activités existantes dans la vente de cartes téléphoniques prépayées (le groupe revendique 500 000 clients sur ce segment). La possibilité de « faire jouer les synergies avec d'autres activités de La Poste, comme les services bancaires » pourrait en outre s'ajouter à ces atouts, selon Frédéric Pujol, consultant du cabinet français Idate, qui prévient toutefois que « les MVNO français ont de faibles parts de marché et sont assez souvent désavantagés sur la distribution des smartphones » (des terminaux qui pèsent de façon croissante dans le choix d'un opérateur par les consommateurs).

SFR déroule le tapis rouge

Pour SFR, l'arrivée d'un nouvel MVNO exploitant son réseau est une bonne nouvelle, d'après l'analyste qui souligne qu'« Orange et SFR cherchent depuis plus d'un an à se renforcer sur ce créneau pour écrémer le marché avant l'arrivée de Free comme quatrième opérateur mobile ».

Ce qui explique peut être les conditions « avantageuses » offertes à La Poste. De source syndicale, la création d'une « joint venture » avec SFR a été soumise hier au vote du conseil d'administration, avec en ligne de mire un accord plutôt avantageux pour La Poste. Sur le modèle déjà adopté avec la Société Générale pour le crédit à la consommation, « SFR financera quasiment toute l'opération et la nouvelle filiale obtiendra en contrepartie un accès aux forces de vente de La Poste, à son back office... ». Selon la même source, « SFR, qui est resté en compétition avec Orange jusqu'au bout, propose d'investir progressivement environ 100 millions d'euros dans le projet pour devenir le premier réseau de téléphonie mobile en France » (devant Orange, qui a néanmoins de son côté investi dans le réseau Photo Station Photo Service et chercherait actuellement à s'y renforcer).

Full-MVNO ?

Du côté des MVNO existants, l'arrivée d'un nouvel entrant semble plutôt bien accueillie : « Nous sommes favorables à la concurrence », affirme Leonidas Kalogeropoulos, délégué général d'Alternative Mobile, une association qui rassemble depuis 2007 Afone, Auchan Télécom, Carrefour Interactive, Coriolis Télécom, KPN France, NRJ Mobile, Omer Télécom (Virgin Mobile, Breizh Mobile, Télé2 Mobile) et Transatel. Mais le même observateur, qui souligne que La Poste « a eu des discussions avec quasiment tous les MVNO pour envisager un partenariat », regrette quelques « rigidités » du système français apparues à cette occasion : « Il était possible d'envisager que les minutes achetées en gros par les opérateurs virtuels auprès des trois principaux opérateurs puissent être elles-mêmes revendues à un tiers MVNO. Ces pistes se sont malheureusement heurtées à des rigidités contractuelles. Dans le cadre des accords existants, on s'aperçoit hélas qu'il est difficile d'envisager qu'il puisse y avoir des consolidations entre les MVNO existants et les nouveaux entrants. Ce qui aurait pourtant du sens en facilitant la constitution d'acteurs plus forts ».

Enfin, il reste à voir si La Poste deviendra le premier MVNO en France à adopter un modèle « full-MVNO », conclut Leonidas Kalogeropoulos, en rappelant qu'il « s'agit d'un modèle plus dynamique dans lequel les opérateurs alternatifs contrôlent leurs bases de données, ont une plus grande liberté de création d'offres commerciales, et ne sont pas spécialement tributaires de leur opérateur hôte, ce qui est le cas aujourd'hui ». Pour Alternative Mobile, c'est en effet ce modèle – regardé  de près par l'Arcep, le régulateur des télécoms - qui « offre les perspectives les plus intéressantes ».

Christophe Dutheil

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