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Favoriser le logiciel libre a-t-il encore du sens ?

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Des amendements aux projets de loi sur l’Education Nationale et l’Enseignement Supérieur visent à favoriser l’adoption de logiciels libres et de formats ouverts dans leur volet numérique. Les associations d’éditeurs crient à l’inconstitutionnalité. Un combat d’arrière-garde ?

Favoriser le logiciel libre a-t-il encore du sens ?
Favoriser le logiciel libre a-t-il encore du sens ? © DR

On croyait pourtant le débat clos. Logiciels libres et propriétaires semblaient enfin cohabiter en bonne intelligence. C’était sans compter avec le numérique à l’école. Des amendements aux projets de loi Peillon et Fioraso, demandent qu’à l’école et dans l’enseignement supérieur, "le service public utilise en priorité des logiciels libres […]" et des formats ouverts. Pour les associations professionnelles Afdel et Syntec Numérique, cela ne peut se faire qu’au détriment de l’industrie française du logiciel. L’association et le syndicat invoquent la neutralité technologique de la commande publique et parlent d’inconstitutionnalité.

Libre versus propriétaire

Est-ce vraiment un danger ? L’État n’a-t-il vraiment pas le droit de choisir ce qu’il achète ? Ne pas faire entrer l’entreprise à l’école est-il encore un enjeu ? À l’heure où l’enseignement du code informatique à l’école s’avère comme une nécessité culturelle pour garantir liberté individuelle et technologique, est-il vraiment si absurde d’inscrire dans la loi l’ouverture des logiciels utilisés dans cette même école ? Et surtout, à l’heure du cloud, où la notion de licence logicielle perd de son sens au profit de la location de services en ligne, le débat "libre versus propriétaire", a-t-il encore du sens ? Apparemment oui.

Mais les associations qui s’inquiètent, tout comme les parlementaires qui ont proposé ces amendements, ne confondent-ils pas deux choses : l’importance de la maîtrise du code informatique et les modèles économiques qui s’attachent à son utilisation ? On le voit avec Android, le système d’exploitation de Google pour les terminaux mobiles : un logiciel à licence libre n’est pas forcément si ouvert que cela, et reste un outil de domination d’un écosystème. En revanche, n’est-il pas souhaitable de demander aux écoles et universités de préférer le logiciel Scilab pour les applications scientifiques, à son concurrent américain propriétaire Matlab ? Même si, depuis 2010, le logiciel porté par un consortium d’industriels français est diffusé par une entreprise de services à but lucratif.

Former les acheteurs publics au numérique

Favoriser le libre ne signifie pas exclure, mais choisir. Ces amendements impliquent donc de vite former les acheteurs publics au numérique. Et là, défenseurs du libre comme du logiciel propriétaire devraient, au lieu de s’opposer, se donner la main. L’avenir de la filière numérique en France n’est pas dans le combat d’un format plutôt qu’un autre, mais dans l’éducation de toute la société, pour que chacun de ses acteurs reste libre de ses choix. C’est le seul moyen de garantir le développement de la filière en toute indépendance vis-à-vis des grands acteurs étrangers.

Plutôt que de menacer de recours contre l’État, comme le fait le Syntec, le syndicat ne devrait-il pas plutôt se réjouir de l’entrée en force du numérique à l‘école et l’accompagner en mettant toutes ses compétences aux services de la formation des enseignants et des acheteurs publics ? Le débat libre-propriétaire, n’aura alors, enfin, plus aucun sens.

Aurélie Barbaux

 

L'Europe au point mort sur le numérique, la France à la traine

 
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