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Qui est derrière Unsplash, la banque d'images gratuites qui inonde le Web ?

Photo Reportage Médias, blogs, rapports, présentations… Souvent sans le savoir, les photos de la plus grande banque d’images gratuites se retrouvent sous nos yeux. Zoom sur Unsplash, une startup montréalaise méconnue et à l’histoire atypique.
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Qui est derrière Unsplash, la banque d'images gratuites qui inonde le Web ?
Les cofondateurs d'Unsplash. © Unsplash

Quel est le point commun entre ces articles du Huffington Post, de Forbes, du site de la télévision espagnole RTVE, de Grazia ou encore de ce blog consacré à la productivité ? Réponse : la photo de cette femme se tenant la tête, derrière des stores entrebaillés. Une illustration que l’on retrouve d’ailleurs sur des centaines d’autres pages sur le Web. La source ? Xavier Sotomayor de Unsplash, la banque d’images en haute définition libres de droits et entièrement gratuites.



La plateforme inonde en effet la toile. Quelques chiffres pour s’en convaincre : 113 millions de photos y sont téléchargées par mois, parmi les 2,3 millions disponibles, pour un nombre de vues mensuelles de près de 20 milliards en cumulé ! Pour la petite histoire, l’image la plus populaire du site (137 millions de vues et 1,8 million de téléchargements), juste devant cette vue spatiale de la Terre provenant de la NASA, a d’ailleurs été prise à… Grenoble !

Gratuité, simplicité et qualité
Les services similaires ne manquent pourtant pas, comme Pexels ou Pixabay. Sans oublier les acteurs traditionnels payants que sont Getty Images, Shutterstock ou Adobe Stock (qui a racheté fin 2014 le français Fotolia pour environ 800 millions de dollars). "Il y a plus de photos téléchargées sur Unsplash par mois que sur ces trois dernières banques d’images réunies," précise malicieusement Mikael Cho, son CEO et cofondateur, lors d'une entrevue à L’Usine Digitale.

Un succès qui s’explique évidemment par la gratuité des clichés, la simplicité de leur usage (dans un secteur où le système de licences peut vite s’avérer tortueux), mais aussi et surtout leur très grande qualité esthétique. La vérification des près de 100 000 photos ajoutées par mois sur la plateforme s’effectuant par des robots puis par une équipe éditoriale et des curateurs de la communauté. "Unsplash n’était pourtant pas censé être une entreprise à l’origine..." se remémore Mikael Cho.

Petit retour en arrière. Nous sommes en 2008. Mikael, originaire du Wisconsin, aux États-Unis, vient de finir ses études en design et en psychologie. Lors de vacances au Mexique, il fait la rencontre de Stephanie Liverani, qui deviendra sa femme quelques années plus tard. Ensemble, ils s’installent à Montréal, la ville de cette dernière, et commencent à travailler. Mais ils se rendent rapidement compte qu’ils ne sont pas fait pour le salariat. "Avant, je détestais le dimanche car c’était la veille du lundi. Alors qu'aujourd'hui, je ne sais même plus quand on est dimanche !", sourit Stephanie Liverani, devenue elle aussi cofondatrice d’Unplash.
 


Un simple outil marketing à l’origine
En 2012, ils fondent avec deux amis leur première startup, Crew, une plateforme de mise en relation entre créateurs freelance (designers, développeurs…) et entrepreneurs souhaitant réaliser des projets. Mais les débuts sont difficiles. Un an et demi plus tard, ils ne leur restent plus que trois mois de liquidités. Ils décident alors de revoir la page d’accueil de leur site et, ne trouvant pas de belles images d’illustration en ligne, font appel à un photographe.

C’est là où leur destin va basculer : au lieu de garder pour eux les clichés non retenus, ils les partagent librement sur le Web. "Nous avons eu un problème, nous l’avons résolu par nos propres moyens et nous avions envie d’en faire profiter les autres," se souvient Stéphanie Liverani. Achat d’un thème sur la plateforme de blog Tumblr pour 19 dollars, du nom de domaine Unsplash.com (en référence aux "splash screens", les traditionnelles fenêtres d’accueil des logiciels) pour 9 dollars, création d’un espace de partage Dropbox… Le 27 mai 2013, en une après-midi et pour moins de 50 dollars, Unsplash est né !

Dix photos sont alors mises librement à disposition (toujours visibles ici) et, très vite, l’initiative se retrouve en tête des liens les plus partagés sur le site technologique communautaire américain Hacker News. Plus de 50 000 personnes se rendent sur Unsplash en une journée (au point d’exploser la limite de partage pour un lien public sur Dropbox) ce qui amène de nouveaux clients à Crew et permet de sauver de la faillite la jeune startup, comme l’explique à l’époque dans cet article Mikael Cho.

Dès l’origine, la communauté peut soumettre ses propres photos sur Unsplash et c’est ainsi que, tous les 10 jours, 10 nouvelles photos sont ajoutées à l’inventaire. La croissance est alors exponentielle : le premier million de téléchargements est atteint dès le mois de septembre. Un an plus tard, ce chiffre devient mensuel. "On s’est rendu compte que, même si on arrêtait de travailler dessus, Unsplash continuait à croître naturellement," atteste Mikael Cho.
 


Le premier article avec une image Unsplash… de Mikael Cho lui-même !


Un envol progressif
"Avec du recul, si nous avions considéré Unsplash comme une entreprise dès le début, je ne pense pas que cela aurait aussi bien marché, ajoute Stéphanie Liverani. Nous l’avons patiemment laissé fonctionner auprès des utilisateurs. Sans aucune distraction ou pression de la part d’investisseurs, qui nous auraient sûrement conseillé, à un moment donné, d’obliger les gens à ouvrir un compte ou à payer quelque chose. Alors que notre force, c’est justement la suppression des barrières pour rendre l’expérience la plus simple possible."

Malgré tout, en 2017, la décision est prise de scinder Unsplash et Crew. Cette dernière, sur le point d’être rentable, est alors revendue à Dribbble, une plateforme de partage de portfolio de designers.

Le cordon ne sera toutefois pas entièrement coupé entre les deux entités puisque Unsplash réside toujours dans la métropole québécoise au Crew Collective & Café, un café et espace de coworking créé par Crew, au sein de l’ancien siège de la Banque Royale du Canada. Avec ses dorures, ses anciens guichets et ses majestueuses voûtes, l’endroit a rapidement été désigné par Forbes comme l’un des plus beaux espaces de travail collaboratif au monde. Un écrin photogénique particulièrement adapté pour Unsplash donc.
 


Si la plateforme, qui a levé 7 millions de dollars en 2018, ne compte qu’une équipe de 24 personnes (dont la mère et le frère de Stéphanie Liverani), elle n’en demeure pas moins, aujourd’hui, un géant du secteur… ce qui ne va pas sans son lot de controverses. La communauté des photographes professionnels, déjà, est partagée. Certains (ici, ou ) se demandent en effet si Unsplash ne dévalorise pas leur travail en rendant les photos gratuites. "Ceux qui partagent leurs images le font pour contribuer à la communauté, mais aussi pour être vus. Avec 95 millions de publications par jour sur Instagram, c’est difficile de sortir du lot," répond Mikael Cho. Sur les plus de 200 000 contributeurs de la plateforme, seulement 20 % sont des photographes professionnels.

Ensuite, même en décomplexifiant la question des licences, Unsplash ne règle pas le sujet des droits d'auteur des œuvres sur les photos (l’utilisation des images de la Tour Eiffel de nuit, pourtant présentes en nombre sur le site, est par exemple contrôlée) ou des modèles. Une photographe a ainsi récemment eu la désagréable surprise de voir un de ses clichés sur Unsplash repris dans une publicité polémique au Royaume-Unisans possibilité de recours malgré son opposition.

Un nouveau paradigme publicitaire comme modèle économique
Le sujet majeur de la plateforme montréalaise, qui n’est pas encore rentable, reste malgré tout son modèle économique. L’année dernière, elle lançait Unsplash for Brands, un programme publicitaire où les marques achètent des impressions sur des images de leurs produits. "Le modèle publicitaire actuel est basé sur l’interruption des utilisateurs et est donc source de frustration. Avec nous, la marque fait partie intégrante du contenu et garde donc toute la confiance de ses clients," explique Mikael Cho, qui a détaillé sa pensée dans ce thread sur Twitter.

Exemple : Harley Davidson veut apparaître aux yeux des amateurs de moto mais aussi de voyage, d’aventure ou de liberté. Elle va donc sponsoriser des images montrant ses modèles, pour que les utilisateurs d'Unsplash qui effectuent une recherche avec ces mots-clés pour illustrer leur contenu, tombent plus facilement sur ces dernières. Qui auront ainsi plus de chance de se retrouver ensuite partout sur le Web. "Une boucle inattendue s’est même créée puisque la moitié de nos clients embauchent des photographes d'Unsplash pour leurs clichés," assure Mikael Cho. De quoi rappeler, au final, le modèle originel… de Crew !

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