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"Avec le jumeau numérique, on intègre dès la conception le développement durable", Béatrice Gasser (Egis)

Entretien Le groupe Egis publie un livre blanc sur le jumeau numérique "une plateforme de services durables". La directrice technique Innovation et développement durable, Béatrice Gasser, a répondu à cette occasion à nos questions. 
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Avec le jumeau numérique, on intègre dès la conception le développement durable, Béatrice Gasser (Egis)
Béatrice Gasser, directrice technique innovation et développement durable chez Egis, décrypte les atouts du jumeau numérique dans la construction. © Egis

L’Usine Digitale : Egis publie ces jours prochains un livre blanc (1) sur le jumeau numérique. Qu’apporte cette technologie à votre métier ?
Béatrice Gasser : Mettre le numérique au service du développement durable est au cœur de notre métier et le jumeau numérique va nous y aider. En créant le jumeau numérique, d’un bâtiment, d’un ouvrage ou d’une construction, nous concevrons et exploiterons en ayant un impact positif ou, pour le moins, en limitant leur impact négatif au sens du développement durable. Comment ? En simulant le bâtiment, l’infrastructure tel qu’il ou elle fonctionnera véritablement, on peut maîtriser son comportement, mesurer ses différents impacts et challenger son coût global et ses performances.

Quelle est la différence avec une maquette numérique ?
La maquette numérique est une représentation statique de l’ouvrage, principalement utilisée pour optimiser la conception et la réalisation des constructions. Le jumeau numérique se veut être le reflet dynamique de l’ouvrage réel, qui évolue de façon continue, au fur et à mesure des modifications, des rénovations, de l’exploitation et de la maintenance. C’est aussi une plateforme collaborative de services à destination de tous les intervenants d’un projet.

Le jumeau numérique nous ouvre la possibilité d’optimiser aussi l’utilisation. On peut désormais appréhender l’ouvrage, quel qu’il soit, dans tout son cycle de vie. Quand on construit, on s’implante durablement. Par rapport à d’autres productions, on doit réfléchir en dizaines d’années a minima, et il est primordial de pouvoir tester différents scénarios ou variantes de conception, de construction ou de mode d’exploitation. Aujourd’hui, les nouvelles technologies, que ce soit l’intelligence artificielle ou le machine learning, enrichissent nos capacités de simulation et de prédiction des comportements d’un ouvrage, de ses usages et de ses impacts.

De même, on peut utiliser en temps réel les données acquises via des objets connectés reliés à l’ouvrage ou qui nous sont rapportées directement par les utilisateurs via des applications spécifiques. Par exemple, c’est le cas dans les aéroports, où nous avons une activité d’exploitant. L'un des enjeux est d’ajuster au flux réel des voyageurs la capacité des zones d’enregistrements, de contrôle, d’embarquements, ou des zones de circulation. Avec toutes les données recueillies, on peut avoir un réglage très fin de la régulation des flux dans un aéroport. C’est un levier puissant pour l’exploitation, pour la mise à disposition des ressources humaines, notamment pour la maintenance.

Il faut récupérer des données d’équipements différents. Or, on voit dans d’autres secteurs que la compatibilité des données est critique. Qu’en est-il dans les bâtiments ?
Egis est présente dans des instances de standardisation des données depuis plusieurs années. C’est en effet essentiel pour que les jumeaux numériques puissent donner tout leur potentiel.

Pourquoi publier aujourd’hui un livre blanc sur le sujet ?
Nous travaillons sur ce sujet depuis longtemps, si bien que, sans fausse modestie ni arrogance, je peux dire que nous sommes à la pointe. Nous avons de nombreuses références en la matière et nous avons voulu le montrer. Nous mettons en pratique le jumeau numérique non seulement dans le domaine des bâtiments, mais aussi des infrastructures et des territoires.

Sur un chantier, vous travaillez avec de nombreux partenaires et sous-traitants. Comment accueillent-ils cette nouveauté ?
C’est très variable. Certains clients sont très à la pointe et ils sont même à la recherche de ces outils complexes. C’est pour eux un critère discriminant pour choisir leurs fournisseurs. D’autres sont beaucoup plus circonspects et demandent à être convaincus de la puissance de l’outil. Il y a ce réflexe qui consiste à dire "on a toujours fait sans jumeau numérique et ça marchait très bien". En caricaturant un peu, je dirais que c’est plus facile sur les grands projets, où l’on voit très bien ce qu’apporte le numérique en matière de gain de temps et donc d’argent. Sur des projets plus modestes, moins ambitieux, c’est plus compliqué.

Ce que l’on montre alors, c’est qu’on comprend mieux un bâtiment quand on peut s’y promener virtuellement. C’est un puissant levier pour réduire les risques et éviter les dérives de coûts. Anticiper et "monitorer" sont vraiment les maîtres mot d’un projet avec un jumeau numérique. Par exemple, on peut simuler l’impact dans la durée d’une décision avant de la prendre, comme optimiser la consommation énergétique d’un territoire.

Ceci dit, ce n’est pas magique : il faut un investissement important en formation. Pour les équipes cela veut dire qu’on passe d’une production de plans en 2D à une modélisation en 3D des ouvrages grâce à une bibliothèque d’objets aux propriétés structurées et une logique de plateforme collaborative. Ce n’est pas un outil dont les bénéfices sont immédiats. Le premier projet est critique car il demande un investissement très important en moyens humains, pour mettre les équipes à niveau. Mais, d’expérience, une fois qu’on a testé cet outil, on ne peut plus s’en passer. Le plus difficile est de convaincre les gens de tester.

L’introduction des outils numériques dans beaucoup de métiers est parfois rendu difficile par la criante d’une déqualification du travail. Est-ce le cas dans votre métier ?
Il y a comme ailleurs une peur du numérique qui remplace l’humain. Ce que je crois – et je le crois parce que c’est ce que j’observe depuis que je travaille sur ce sujet – c’est que l’introduction des outils numériques amplifie nos connaissances et nos compétences métiers.

(1) Le livre blanc peut être lu en entier en cliquant ICI

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