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Huawei clame son innocence face aux craintes sur la sécurité qui lui ferment les portes du marché de la 5G

Huawei renouvèle ses démentis sur l'ingérence des services de renseignements chinois dans ses équipements 5G alors que de plus en plus de pays lui ferment ses portes. Une situation complexe qui se joue sur fond de tensions économiques plus fortes que jamais entre les Etats-Unis et la Chine.

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Huawei clame son innocence face aux craintes sur la sécurité qui lui ferment les portes du marché de la 5G
Huawei clame son innocence face aux craintes sur la sécurité qui lui ferment les portes du marché de la 5G © Julien Bergounhoux

Les temps sont durs pour Huawei. Sur fond d'intensification de la guerre économique que se livrent les Etats-Unis et la Chine, le champion chinois des télécoms se voit fermer de plus en plus de portes à l'international. Une situation qui a poussé Ken Hu, vice-président de Huawei, a prendre la parole mardi 18 décembre 2018 à Shenzhen pour réitérer avec fermeté que Huawei n'a aucun lien avec les services de renseignement chinois, et que ses produits ne posent aucun risque de sécurité. Une énième opération transparence dont il n'est pas garanti qu'elle change grand chose au mouvement déjà engagé.

 

Une période critique pour les équipementiers réseau

Les enjeux sont majeurs pour Huawei alors que les infrastructures 5G commencent à être déployées. Les technologies mobiles de ce type nécessitent généralement une dizaine d'années de travaux de R&D avant la finalisation d'une standardisation commune, et les fruits de ses investissements sont ensuite récoltés au travers de la vente d'équipements et de droits de licence. Se voir exclu des marchés internationaux à cette période est donc particulièrement douloureux pour celui qui est autrement le numéro un mondial des équipements télécoms.

 

Une multiplication des boycotts

Les Etats-Unis ont mis en garde leurs alliés contre l'utilisation d'équipements chinois à plusieurs reprises au cours des derniers mois, et ils ont été entendus. L'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la République tchèque ont déjà interdit l'utilisation d'équipements réseaux 5G Huawei. Le Royaume-Uni a imposé des conditions à l'équipementier, et son opérateur historique, BT, ne fera pas appel à lui pour ses coeurs de réseau. En France et en Allemagne, Orange et Deutsche Telekom ont aussi déclaré qu'ils ne feraient pas appel à Huawei pour leurs réseaux 5G, se reposant à la place sur les deux grands fournisseurs européens : Nokia et Ericsson.

La CFO de Huawei a été arrêtée au Canada

 

Les problèmes de Huawei en matière de 5G ont été empirés récemment par une autre affaire : l'arrestation au Canada de Meng Wanzhou, Chief Financial Officer de Huawei, qui est accusée d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran. C'est la même offense dont avait été accusé ZTE en 2016 (et qui l'avait conduit au bord de la faillite avant une intervention personnelle de Donald Trump dans le dossier).

 

Nokia et Ericsson grands gagnants

Ce sont ces derniers qui bénéficient le plus de la situation actuelle, le secteur des équipementiers télécom ne comptant plus aujourd'hui que quatre grands acteurs (Huawei, Nokia, Ericsson, ZTE). Leurs compétiteurs chinois (généralement très concurrentiels sur les prix) étant sur la touche, ils ont le champ libre pour remporter tous les marchés. Une aubaine qui n'est pourtant pas forcément dans l'intérêt général à long terme. Outre des augmentations de prix pour les opérateurs faute de concurrence, le risque si cette interdiction devait se poursuivre à long terme est une fracture des standards.

 

Des inquiétudes diffuses

L'inquiétude autour de la 5G, par rapport aux technologies mobiles précédentes (4G, 3G), est due à la décentralisation du réseau. Les équipements à l'extrémité du réseau sont capables d'effectuer des tâches réservées jusqu'alors aux coeurs de réseau, et cela inquiète les gouvernements occidentaux face aux pratiques d'espionnage (économique ou militaire) de la Chine.

 

Ce qui rend la situation délicate, c'est qu'aucun détail concret sur une hypothétique compromission des équipements Huawei n'a été rendu public. C'est donc la parole des agences de renseignements occidentales contre celle de Huawei. D'un côté, il est difficile de nier l'existence d'un risque au vu des pratiques chinoises des dernières décennies. Même sans collaboration volontaire de Huawei, il est impossible de prouver que l'entreprise n'a pas pu être infiltrée par les services de renseignements.

 

Mais de l'autre, Huawei fait depuis des années d'importants efforts de transparence auprès de ses clients et des pays dans lesquels il fait affaire. Il convient également de rappeler que les équipementiers réseaux américains comme Cisco ou Juniper Networks n'ont pas été exempts de compromission par la CIA par le passé... On notera aussi que Huawei est aujourd'hui l'un des leaders de l'électronique grand public, au même titre qu'Apple ou Samsung. Il a connu un essor fulgurant en la matière depuis 5 ans. Mais ces déboires sur la partie réseau risquent de plomber son image auprès des consommateurs.

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