Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"Il y a 20 ans Xerox savait déjà que le matériel serait une commodité", selon Monica Beltrametti

À l’occasion des 20 ans du Xerox research center Europe (XRCE ) à Grenoble, Monica Beltrametti, la responsable de la R&D Service de Xerox, explique comment l'entreprise veut passer de la Document Company à l’Intelligent Data Company... Et ne pas subir le sort de Kodak.

Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Il y a 20 ans Xerox savait déjà que le matériel serait une commodité, selon Monica Beltrametti
"Il y a 20 ans Xerox savait déjà que le matériel serait une commodité", selon Monica Beltrametti © Xerox

L'Usine Nouvelle - Pourquoi Xerox avait-il choisi Grenoble pour son centre de R&D européen, il y a 20 ans ?

Monica Beltrametti - Aujourd’hui nous sommes en pleine transformation et la recherche y joue un grand rôle. En 2010, Xerox a fait l’acquisition d’une société de gestion de processus, ACS [NDR. Xerox a déboursé 6,4 milliards de dollars pour Affiliated Computer Services]. Les services représentent aujourd’hui 7 milliards de dollars de chiffres d’affaires, soit 60 % du CA. Les copieurs et imprimantes ne représentent plus que 40 %.

Mais il y a 20 ans, Xerox savait déjà que le matéirel deviendrait une commodité. Et nous savions aussi que de plus en les nouveaux processus de travail n’auraient plus besoin du papier. Xerox pensait donc déjà à se diversifier dans le domaine de service. Mais lorsque l’on a décidé de créer le Centre européen de recherche. Il s’agissait de recherche dédiée à la gestion de document.

Mais pourquoi à Grenoble ?

Nous voulions un centre en Europe. Paris était trop grand. Sophia Antipolis n’avait pas d’université. Nous avons aussi regarder Pise, Berlin… Mais nous avons choisi Grenoble car la ville a un important pôle universitaire, avait la volonté de devenir une Silicon Valley, et avait déjà une ouverture internationale. Sans parler de l’Inria, qui avait un pôle recherche important. C’était donc l’endroit idéal pour mener une politique d’innovation ouverte. Elle est très axée sur la co-innovation avec nos clients, comme nous le faisons aussi aux États-Unis. En revanche, nous n’avons pas une politique d’investissement dans les start-up, sauf dans une société, à Marseille, qui a développé une encre aqueuse.

Et aujourd’hui, qu’y faites-vous ?

Nous avons 120 personnes à Grenoble, qui travaillent sur l’analytique, le traitement d’images. Il y a aussi des sociologues, des anthropologues pour aider les ingénieurs à faire des prototypes. Nous avons aussi des experts dédiés au transfert de technologies. Mais nous ne vendons pas de logiciel. On développe des logiciels pour servir les processus de nos clients. Par exemple dans les transports, nous travaillons sur la validation des billets. Ou dans la santé, sur la gestion des données des patients et pour toutes les industries, vers l’amélioration des processus et la prise de décisions intelligentes.

Toute la recherche sur les services est-elle menée en France ?

Non. Je coordonne toute la recherche dans les services, qui peut aussi être menée dans les autres centres. Nous avons en effet deux centres aux États-Unis, le Parc à Palo Alto (Californie) et le centre de Webster(New-York), où la moitié de la recherche est encore orientée vers les copieurs, mais où les recherches s’orientent de plus en plus vers l’impression 3D. Nous en avons aussi un au Canada pour les encres et papiers.

Et sur quoi travaillez-vous ?

Nous travaillons sur des technologies de "smart document" capable d’automatiser la caractérisation et l’extraction de données dans des documents papier ou non papier. Pour les Big data, on a développé de nouveaux algorithmes que l’on a brevetés. Dans le transport, cela permet par exemple d’utiliser la validation des billets pour faire des simulations et comprendre comment gérer tous les transports publics. Ou dans la santé, ils permettent de comprendre, à partir des données des patients, quels sont les dangers des maladies nosocomiales et prévenir hôpital pour éviter épidémie d’infection.

Bien sûr, nous "anonymisons" les données avant de les utiliser. Mais je suis contente que l’Europe veuille développer l’open data. Il est aussi très important que les PME et PMI aient accès à ces données Nous travaillons sur ce sujet avec le pôle Cap digital. Et nous allons créer un nouveaux pole de logiciel applicatif sur Grenoble avec INRIA, INPG, voire avec le CEA. C’est important pour la région, car la nanotechnologie à besoin de logiciel.

Mais Xerox "data company" n’est-elle pas menacé par les géants d’internet ?

Certes, Apple, Google ou Amazon bougent très vite et dans de nombreux de domaine. Nous essayons de prévoir où ils vont pour développer des offres plus compétitives. Mais dire que nous sommes menacés est peut-être exagéré. Il faut faire attention. Mais nous avons des atouts. Nous disposons de beaucoup de données sectorielles. Comme ACS a opéré dans les services durant des années, nous connaissons bien nos clients et leurs données. Cela nous donne un avantage.

Xerox sait-il mieux valoriser les résultats de recherche qu’a l’époque de la souris ?

N’oubliez pas que c’est un centre de Xerox qui a inventé l’impression laser… Certes, la souris, l’interface, ce sont des échecs de transfert de technologie. Mais aujourd’hui nous sommes organisés différemment. Les centres de R&D sont plus proches des divisions opérationnelles, même si 30 % de la recherche est financée par la direction. Et tous les résultats de recherche donnent lieux à des brevets. Chaque centre a des quotas chaque année. Avec un portefeuille de 60 000 brevets, dont 10 000 actifs, nous sommes parmi les 10 sociétés les plus innovantes du monde. Et nous avons une politique de licence, qui rapporte. Mais nous n’en parlons pas.

Propos receuillis par Aurélie Barbaux

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale