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L'Assemblée discute de la fin de la livraison gratuite pour les livres

Une proposition de loi prévoit d'imposer aux sites de vente en ligne de livres un prix minimum pour la livraison, y compris pour les abonnés à un programme de fidélité. Un texte qui vise clairement Amazon et dont l'objectif est de défendre les librairies indépendantes. Mais la mesure ne serait pas forcément productive.
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L'Assemblée discute de la fin de la livraison gratuite pour les livres
L'Assemblée discute de la fin de la livraison gratuite pour les livres © william_christiansen - Flickr - Creative Commons

Bientôt la fin de la livraison gratuite pour les livres commandés en ligne ? Les députés examinent ce mercredi la proposition de loi "visant à conforter l’économie du livre et à renforcer l’équité et la confiance entre ses acteurs", adoptée par le Sénat en juin dernier.

L’article 1er de ce texte propose d'instaurer un tarif minimum applicable à la livraison de livres, fixé par l'Etat, "afin de réduire l’écart concurrentiel dont pâtissent aujourd’hui les librairies indépendantes vis-à-vis des détaillants plus importants qui dominent le marché de la vente en ligne". Amazon, pour ne pas le citer, qui selon l'institut d'études Kantar représenterait 10% du marché du livre en France et 50% des ventes en ligne. Il met également fin à la gratuité des frais de port liée à des offres de fidélité (Amazon Prime, carte Fnac…) ou aux commandes dépassant un certain montant.

La difficile équation du tarif minimum
Selon la rapporteure du texte à l'Assemblée, la députée MoDem de Mayenne Géraldine Bannier, "la majorité des acteurs de la filière est tout à fait favorable à cette disposition". Toutefois, un certain nombre d'experts ont émis des réserves. La mesure pourrait notamment aboutir à une diminution des ventes dans les territoires où la densité de librairies est faible. A l'appui de cet argument, Amazon indique que plus du quart des livres achetés sur sa plateforme le sont par des habitants de communes de moins de 2000 habitants.

"Un tarif trop faible n’aiderait pas les libraires et ne modifierait probablement pas le marché ; un tarif trop élevé, a contrario, assurerait davantage un report sur le marché physique mais au prix, probablement, d’une perte sèche pour l’ensemble de la filière", résume Géraldine Bannier.

Jusqu'à 8 euros d'écart sur un livre
Depuis 2014, la loi interdit de pratiquer la décote de 5% sur les livres vendus à distance (sauf retrait en librairie), et de proposer la livraison gratuite. Elle permet néanmoins d'imputer sur le tarif du service de livraison la décote de 5% sur le prix du livre fixé par l'éditeur. Chez Amazon, les frais de livraison ont été fixés à 1 centime, mais les abonnés à Amazon Prime bénéficient d'une livraison gratuite. Si la Fnac, par exemple, s'est alignée sur ces tarifs, les librairies de taille plus modeste n'en ont pas les moyens.

Ainsi, la commission des Affaires culturelles relève que pour un livre vendu 20 euros, le prix total payé par l'acheteur en livraison à domicile atteint 24,99 euros chez Cultura, et 27,90 euros chez Leslibraires.fr. Les plus petites d'entre elles ne sont pas non plus en mesure d'appliquer la décote de 5% sur les livres vendus en boutique, ce qui les place dans une situation concurrentielle difficile.

Et si les libraires profitaient d'un tarif postal spécifique ?
Selon le Syndicat de la librairie française (SLF), l’envoi d’un livre coûte en moyenne 6,50 euros à un libraire. Le SLF préconise un tarif minium entre 3 et 5 euros, rapporte Le Monde, tandis que le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels plaide pour un tarif plancher à 2,90 euros. Dans tous les cas, cela ne couvrirait pas les coûts réels. C'est pourquoi la commission des Affaires culturelles, dans son rapport, est plutôt d'avis de créer un tarif postal spécifique pour les libraires, comme cela se pratique par exemple en Allemagne.

Une fois voté par les députés, la proposition de loi passera directement en commission mixte paritaire.

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