Pour justifier la minuscule part de marché de Bing dans la recherche en ligne (environ 3% au niveau mondial, selon les estimations de StatCounter), Satya Nadella dispose d’un coupable idéal : “le fantastique accord oligopolistique” conclu entre Google et Apple, qui prévoit que le premier soit le moteur de recherche par défaut de Safari, le navigateur web du second.
Ce partenariat est au cœur du procès antitrust contre Google qui se tient actuellement devant un tribunal de Washington. Le département américain de la Justice estime que le groupe de Mountain View dépense jusqu’à dix milliards de dollars par an aux Etats-Unis dans ce type d’accords, utilisant ainsi sa puissance financière pour empêcher l'émergence de véritables rivaux.
Microsoft voulait Safari
À la barre du tribunal, Satya Nadella a donc particulièrement insisté sur ce point. Pour le directeur général de Microsoft, la position de moteur de recherche par défaut de Safari est cruciale. D’une part, parce que le navigateur installé sur tous les iPhone représente 50% du trafic mobile aux Etats-Unis. Et d’autre part, parce que peu d'utilisateurs changent le moteur par défaut, contrairement à ce qu'affirme Google.
Satya Nadella assure avoir tenté de ravir cette position à son concurrent depuis sa nomination à la tête de Microsoft en 2014. À chaque fois, il s’est heurté à un refus d’Apple, qui a préféré conserver Google. La semaine dernière, Eddy Cue, l’un des principaux dirigeants du groupe à la pomme, avait assuré que ce choix s’expliquait seulement par la volonté d'intégrer le meilleur moteur du marché à Safari.
100 milliards d'investissements
Cet argument représente l’axe de la défense de Google : les consommateurs utilisent ses services parce qu’ils le veulent, et non pas parce qu’ils sont contraints de le faire. La société souligne, par exemple, que le terme “Google” est le plus recherché sur Bing, probablement par les utilisateurs du navigateur Edge sur lequel Bing est le moteur par défaut.
Les avocats de la société assurent aussi que la part de marché de Bing s’explique simplement par le fait que le service est inférieur à celui de Google, notamment par manque d’investissements. Satya Nadella répond que Microsoft a investi 100 milliards de dollars dans Bing depuis 2009. Et il avance une autre explication: un “cercle vicieux”. Comme Bing compte moins d’utilisateurs, il dispose de moins de données pour s'améliorer, et de moins d’argent pour investir.
L'IA proftera à Google
Le patron de Microsoft prévient que la situation pourrait encore empirer avec l'arrivée de l’intelligence artificielle générale. Il redoute en effet que Google noue des partenariats avec des éditeurs de sites Web, lui permettant d’être le seul à pouvoir accéder à leurs contenus pour pouvoir alimenter les prochains grands modèles de langage qui propulseront à l'avenir son moteur de recherche.
Cette position contraste avec l’optimisme affiché en février par le dirigeant, au moment où le “New Bing” a intégré des réponses fournies par le robot conversationnel ChatGPT. En avance sur Google, Microsoft s'imagine déjà lui grappiller des parts de marché. “C’était l’enthousiasme de quelqu’un qui détient environ 3% des parts de marché et qui se dit qu’il peut monter à 3,5%”, explique Satya Nadella.


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