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Suppr, le polar qui fait du jeu en ligne une métaphore de notre monde

Dans Suppr, l'ex dirigeant de start-up Karl Olsberg mène un polar haletant sur fond de monde virtuel et d'interrogations métaphysiques. Et si notre monde était la création de forces toutes puissantes capables de nous supprimer comme on appuie sur la touche d'un ordinateur ? Au delà du motif de science fiction, le roman soigne ses personnages, notamment la relation entre le commissaire qui mène l'enquête et son père. Il livre aussi une leçon de management sur le moyen de faire travailler ensemble un autiste, un geek et une psychologue.
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Voici  un auteur de polar venu d’Allemagne qui a fait auparavant carrière dans le numérique, ayant notamment créé une start-up. Avec Suppr, son troisième ouvrage traduit en France par les éditions Jacquelin Chambon, Karl Olsberg crée un thriller haletant où réel et virtuel s’emmêlent.

 

Tout commence par l’arrestation ratée de trafiquants d’êtres humains, qui met en porte à faux le commissaire Eisenberg qui devait superviser l’opération. Condamné à un placard par son supérieur, le voilà qui accepte un poste baroque à Berlin, dans une sorte d’unité très spéciale composée d’un autiste Asperger, d’un geek plus vrai que nature, d’une psychologue profileuse et d’un policier. La mission qu’ils ont acceptée est d’inventer de nouveaux modes d’enquêtes pour répondre aux formes émergentes de criminalité. Sauf qu’au sein de l’équipe, la concorde et l’harmonie ne règnent pas vraiment. La feuille de route d’Eisenberg est simple : soit il réussit à fédérer cette équipe et à résoudre des crimes, soit il risque un placard encore moins confortable que le précédent.

 

L'effet Matrix

Le voilà installé dans son nouveau poste à Berlin à essayer de faire travailler ensemble son improbable quatuor sur une affaire de disparitions de joueurs de World of Wizardry, un jeu en ligne massivement multi joueurs. A priori, pas de quoi inquiéter la police allemande, ce sont des adultes et aucune de ces disparitions n’éveille le soupçon. Pourtant, une joueuse assidue ne peut s’expliquer la disparition d’un de ses camarades et décide de mobiliser la police, en vain dans un premier temps.

 

A partir de là, Karl Orlsberg mène la poursuite entre les policiers et les joueurs disparus en ajoutant un motif supplémentaire à la narration : quel est le degré de réalité de notre monde ? Et si notre Humanité n’était elle-même qu’un jeu manipulé par des forces supérieures ? Et si les joueurs avaient disparu pour avoir percé certains mystères ? Le livre mixe alors astucieusement développements originaux et emprunts aux grandes figures de la Science fiction qui ont traité du sujet, qu’il s’agisse de Matrix ou du Monde sur un fil réalisé par le réalisateur allemand Fassbinder, s’inspirant du livre Simulacron 3. Plus étonnant, il reprend les travaux scientifiques et philosophiques les plus pointus sur la question qui n’a pas intéressé que des hurluberlus. Où il paraît que logiquement rien ne permet d’affirmer ou d’infirmer que notre monde n’est pas la création d’une entité supérieure.

 

Une relation père fils émouvante

Pour mener son récit, Olsberg alterne trois narrations entremêlées, chapitre après chapitre : l’avancement de l’enquête, la vie de la joueuse de World of Wizardy qui donne l’alerte et une mystérieuse sorte de voix divine aux tonalités prophétiques, qui bien sûr finissent par se rassembler. Comme tous les bons auteurs de polars, il soigne le personnage du commissaire, reprenant certains clichés de ce type de littérature (le type un peu revenu de tout philosophe et humaniste) mais en développant de très belles variations sur la relation qui le relie à son père, juge d’instruction à la retraite, aux portes de la mort… Le tout rendu avec beaucoup de finesse et de tendresse. C’est d’autant plus remarquable que cette relation a finalement peu été abordée par la littérature, qu’elle soit ou non policière.

 

Les amateurs de polar et de science-fiction trouveront tout ce qu’ils aiment au fil des pages : angoisse, suspense et mystère irrationnel. Les lecteurs geeks se réjouiront, de surcroît, de découvrir une description très fine du monde Internet et des jeux en ligne. Si vous ouvrez ce livre, il est probable que vous aurez beaucoup de mal à le refermer… à moins que des forces supérieures n’appuient sur la touche Suppr de leur clavier avant.

 

Pour lire un extrait, cliquez ici

 

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