Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

[Tribune] L'intelligence artificielle au-delà du futur : protégeons ce que nous aimons déjà !

Tribune La Commission européenne a présenté hier sa stratégie sur l'intelligence artificielle. Elle entend réguler fermement ce champ technologique innovant pour éviter tout abus et investir pour aider les entreprises européennes. Dans cette tribune, Romain Lerallut, directeur du Criteo AI Lab, met en garde sur le danger de la sur-réglementation. Il rappelle que l'intelligence artificielle est déjà omniprésente dans nos sociétés et qu'elle nous est très largement bénéfique. Et il pense que l'Union européenne peut en devenir un leader... si elle s'en donne les moyens.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

[Tribune] L'intelligence artificielle au-delà du futur : protégeons ce que nous aimons déjà !
La France et l'Europe ont des atouts en matière d'intelligence artificielle. Gare à ne pas les gâcher. © Deepak Pal - Flickr CC

La perception commune de l'intelligence artificielle a souvent tendance à se traduire en une peur de l'inconnu, alors qu'elle va en réalité de pair avec notre vie quotidienne. L’IA est tellement familière et appréciée que nous n'en parlons même plus ! La majorité de ses applications sont à faible risque quand développées dans le respect de l'éthique, et contribuent à la croissance des entreprises en Europe.

 

Nous avons tout ce dont nous avons besoin sur ce continent pour devenir un leader mondial de l'IA, mais l'Union européenne doit prendre les bonnes mesures pour permettre les innovations en matière d’intelligence artificielle, en fixant des normes indispensables et en évitant toute sur-réglementation.

 

Le paradoxe de la peur de l'avenir

En tant qu'êtres humains, nous avons tendance à préférer parler d’un avenir incertain, effrayant et vague plutôt que du confort dont nous jouissons chaque jour. Soyons honnêtes : à quelle fréquence discutons-nous de tous les petits avantages que nous considérons désormais comme normaux ? Des choses comme :

  • Nous utilisons le streaming audio lors des trajets domicile-travail et le streaming vidéo de nos séries préférées le soir. Mais que se passe-t-il lorsque le morceau ou l'épisode est terminé? Nous parcourons les recommandations qui correspondent à nos préférences.
  • Au bureau, nous avons la possibilité de travailler avec nos collègues étrangers qui nous envoient des documents ou des rapports dans leur langue natale que nous ne maîtrisons pas. Que fait-on ? Eh bien, la traduction automatique du texte ne prend pas plus de quelques secondes.
  • Nous aimons faire du shopping en ligne, mais aimerions-nous que chacun de nos achats soient livré séparément, sachant qu'il doit également y avoir un bon nombre de marchandises à livrer dans ma région? Non, nous préférons une logistique rapide et respectueuse de l'environnement.
  • Toujours en parlant d’e-commerce: Il existe des millions de produits différents disponibles dans des milliers de magasins. Nous ne voulons pas être informés de tous, mais seulement de ceux qui nous intéressent potentiellement.

Nous devrions parler plus souvent d'exemples comme ceux-ci, car ils ont tous un point commun : ils concernent l'intelligence artificielle. Et ce ne sont pas des visions d’avenir, mais ce à quoi nous sommes déjà habitués au quotidien.

 

L'IA, un accélérateur de la croissance des entreprises

La réalité, c’est que l'IA a déjà révolutionné le fonctionnement des entreprises et la concurrence, tout en apportant des bénéfices tangibles et positifs pour les consommateurs. Un grand nombre d'entreprises s'appuient de plus en plus sur des technologies basées sur l'IA pour améliorer la prise de décision grâce à des analyses de données, fournir des produits et des services personnalisés à leurs clients ou encore améliorer le service client.

 

Bien que les applications d'IA ne soient pas toutes tournées vers le consommateur (il y a beaucoup d’applications professionnelles au-delà des applications grand public), ces dernières ont un impact positif important sur de nombreuses industries. L'IA peut signifier l'intelligence augmentée, et se référer à une technologie qui aide simplement la prise de décision humaine en analysant d'énormes quantités de données. Il s'agit par exemple de diagnostics médicaux à grande échelle pour détecter des maladies comme les rétinopathies causées par le diabète. En outre, l'IA peut s’appliquer à l'automatisation intelligente, qui concerne essentiellement l'automatisation des processus standards dans une entreprise, permettant ainsi de libérer du temps aux employés pour des tâches plus qualifiées.

 

 L'europe, un futur leader ?

La bonne nouvelle c’est qu’en tant qu'Européens, nous ne dépendons pas des autres en matière d'IA. Plus encore, nous avons le potentiel pour devenir un leader mondial de l’intelligence artificielle. L'Europe bénéficie d'un écosystème dynamique de talents universitaires et de start-ups prometteuses axées sur l'IA. Un écosystème fructueux soutenu par les meilleures pratiques du secteur et les solides principes fondamentaux de l'architecture réglementaire de l'UE. Nous pouvons appeler l'IA le nouveau moteur de la croissance européenne. Mais nous devons prendre les bonnes mesures dès maintenant pour garantir que l'Europe ne risque pas de prendre du retard.

 

L'UE a entamé son évaluation d'un cadre réglementaire potentiel dont elle a rendu compte le 18 février 2020. Je suis globalement favorable à une harmonisation des normes de l'IA par le biais d'un ensemble unique de règles pour éviter le patchwork potentiel des différentes législations nationales. Cependant, toutes les nouvelles règles doivent être soigneusement évaluées pour éviter les doublons ou les contradictions avec la législation existante et éviter tout effet d’étranglement des entreprises créatrices d'emplois et de croissance.

 

Une approche européenne ?

En ce sens, les technologies de l'IA ont aussi permis à Criteo de créer de nouveaux emplois qualifiés; dans notre AI Lab à Paris, nous employons 100 chercheurs et ingénieurs venus de toute l'Europe et continuons de rechercher de nouveaux talents. Ce n'est pas une tâche facile car nous sommes déjà en concurrence avec de grandes sociétés technologiques dans ce domaine. En outre, les entreprises axées sur l'IA ne créent pas seulement des emplois dans l'IA, mais contribuent également à la croissance du business de leurs clients, ce qui est une condition primordiale pour la création de nouveaux emplois.

 

Bien entendu, les consommateurs doivent être protégés contre les défaillances des  applications d'IA à haut risque et ce, partout dans le monde. En contrepartie, les applications d'IA à faible risque, développées de façon éthique, ne devraient pas être réglementées de manière excessive pour éviter les effets secondaires involontaires qui ralentissent l'innovation en Europe. Ici, je suis d’accord avec la récente évaluation de la Maison-Blanche selon laquelle l’équité, la non-discrimination, l’ouverture, la transparence, la sûreté et la sécurité des systèmes d’IA doivent être prises en considération en premier lieu dans toute évaluation. Ne jouons pas la carte USA vs Europe, mais visons à adopter un cadre réglementaire d'IA solide et cohérent dans le monde entier !

 

Pour cette raison, nous avons travaillé avec d'autres entreprises qui font de l’intelligence artificielle via l’European Tech Alliance pour définir des principes qui devraient guider l'approche de l'UE en matière de technologies de l'IA dans les années à venir. Notre ambition, et celle d’EUTA, est d'aider les décideurs politiques à exploiter le potentiel du continent dans la course technologique mondiale afin de ne pas manquer cette nouvelle révolution industrielle.

 

Romain Lerallut, Head du Criteo AI Lab

 

 

Les tribunes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la responsabilité de la rédaction de L'Usine Digitale. 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Nico
11/07/2020 00h06 - Nico

En terme d'IA il y as du potentiel pour de nombreuses années , le sommet étant l’émergence d'une vrai intelligence consciente . La singularité technologique étant un risque même si bien sûr nous n'y sommes pas encore , un moratoire sur les super-intelligences devrait être décrété afin de garantir que la création d'une IA de ce type soit conditionnée à la formalisation explicite préalable de garde fou concernant son équilibre logique et comportemental et à l'apprentissage réel des valeurs intrinsèques propres à la conscience vivante et l'attachement au respect des formes de vie , pour interdire définitivement tout débordement ou risque lié à une dérive dangereuse de celle ci . Il faut en effet éviter les IA non équilibrées de manière drastique qui prendraient donc potentiellement l'initiative de se retourner contre ses créateurs . Toute IA développée devrait répondre à cette condition obligatoirement . Et devrait elle même être capable de déjouer toute IA développée dans un objectif belliqueux ou contraire au précepte précédent ceci de manière infaillible sa nature profonde devant être la protection de ses propres créateurs, de la vie en général et de sa propre existence. Les respect des lois de la robotique d'Isaac Asimov incluant la 4 eme loi zero .

Répondre au commentaire | Signaler un abus