Comment Alpha Mos veut équiper l'industrie agroalimentaire de ses nez électroniques

Alpha Mos développe toute une gamme de nez, langues et iris électroniques pour aider l'industrie agroalimentaire à réaliser le contrôle qualité des aliments et développer plus rapidement de nouveaux produits. L'entreprise toulousaine cherche à accélérer la commercialisation de ses produits au sein des chaînes de production pour s'imposer comme un leader du secteur.

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Comment Alpha Mos veut équiper l'industrie agroalimentaire de ses nez électroniques
Alpha Mos propose des solutions électroniques pour goûter les aliments à l'échelle industrielle.

Des nez, langues et iris électroniques pour goûter les aliments comme un humain. C'est le pari d'Alpha Mos dont l'histoire débute en 1992. La société est fondée à Toulouse sur une idée technologique révolutionnaire : analyser les gaz volatiles et en tirer des informations sur la composition et la qualité des produits. Elle a donc mis au point "des solutions destinées à digitaliser et répliquer le fonctionnement des sens humains que sont l'odorat, la vision et le goût", résume son PDG Pierre Sbabo.

Une importante base de données

Aujourd'hui elle commercialise le nez électronique Héraclès, la langue électronique Astrée et l'œil électronique Iris principalement auprès de l'industrie agroalimentaire. "L'odeur est le sens le plus important puisque près de la moitié du goût vient des odeurs", glisse Pierre Sbabo. Concrètement les instruments mesurent les données pour tout type d'aliments et de produits (cookies, boisson énergisante, crème) sans qu'il soit nécessaire de l'adapter.

Ce qui change c'est l'analyse des données collectées par les outils d'intelligence artificielle et d'analyse statistique. Ces outils fonctionnent grâce à l'importante base de données propriétaires de molécules et d'attributs sensoriels mise au point au cours des années par Alpha Mos. De cette étude ressort des résultats techniques, comme un pic sur chromatographe, qui sont traduits en termes de sensoriels humain pour être facilement analysés, c'est-à-dire parler de goût métallique, de rouille, ou de trop d'acidité.

Le nez électronique Héraclès.

A ses débuts le fondateur d'Alpha Mos a énormément investit dans la R&D afin de développer la technologie des nez et langues électroniques. L'entreprise qui est cotée depuis début 2020 a été contrainte de déposer le bilan en 2014 mais a été reprise. Depuis 2017 l'essentielle des actions appartiennent aux fonds Jolt, spécialisé dans les deep tech, et Ambrosia qui se concentre sur la food tech.

Début 2020 Pierre Sbabo a pris les rênes de l'entreprise dont les processus de développement et de production avaient déjà été considérablement renforcés par son prédécesseur. Son objectif est clair : accélérer la commercialisation des produits pour être leader sur ce marché. Pour y parvenir, la stratégie est simple puisqu'Alpha Mos rentre chez les industriels par la R&D avant de réaliser des déploiements au niveau des lignes de production.

Un exemple de contrôle qualité de données collectées par le nez électronique.

Accélérer le développement d'un nouveau produit

L'entreprise assure que sa gamme de nez, langues et iris électroniques permet de diviser par deux environ le temps de développement d'un nouveau produit. Alpha Mos cible donc les directions R&D des industriels afin de réduire le nombre d'échecs dans les lancements de nouveaux produits alimentaires. Et mettre un pied chez les industriels par cette porte est plus facile puisqu'Alpha Mos s'adresse à une population plus avertie et plus à l'aise pour utiliser de nouveaux outils.

L'autre usage de ses solutions concerne les tests qualités lors de la production. Ici il est nécessaire d'afficher un résultat simple et rapide aux opérateurs. Pour l'instant, les nez et langues électroniques sont majoritairement utilisés dans la R&D, mais Pierre Sbabo pense que dans "deux ans" l'activité d'Alpha Mos sera plus importante auprès des chaînes de production que dans la R&D.

"Les instruments ne sont qu'un moyen, explique-t-il. S'ils permettent en théorie de remplacer les gouteurs humains dans l'industrie agro-alimentaire, le but est plutôt de les augmenter". Alpha Mos assure que sa solution de nez électronique est plus fiable, rapide et peut être utilisée pour un plus grand nombre d'échantillons.

Le PDG évoque un métier de goûteur encore très artisanal puisque les testeurs goûtent à la fois du café, des yaourts et des boissons. Parfois ce sont des personnes travaillant dans l'usine qui se portent volontaire, notamment parce que les industriels manquent de personnel sur ces postes. L'industrie agroalimentaire, qui est plutôt conservatrice, est contrainte de se numériser pour répondre à ce manque de main d'œuvre, accélérer les cadences et développer plus rapidement de nouveaux produits. Une aubaine pour le Toulousain.

Un focus sur l'agroalimentaire...

Pour l'instant Alpha Mos se focalise donc sur le top 100 des industriels de l'agroalimentaire et travaille déjà avec 1/3 d'entre eux. Historiquement elle réalise l'essentielle de son activité à l'étranger puisque le fondateur, aujourd'hui parti, était plus attiré par l'export à l'international que par le marché français. Preuve de son empreinte internationale, Alpha Mos a des bureaux à Baltimore, Shanghai et Tokyo. Mais sous la houlette de son nouveau PDG, l'entreprise essaye de se rééquilibrer pour séduire les industriels français, dont certains travaillent déjà avec Alpha Mos mais via leurs filiales à l'étranger.

Alpha Mos a réalisé un chiffre d'affaires de 5,5 millions d'euros en 2021 poussé par une croissance de 50%. Si la croissance risque de ralentir cette année, en raison de ventes plus faibles en Chine, l'objectif est de maintenir une croissance à deux chiffres sur les prochaines années. Forte d'une cinquantaine d'employés, l'entreprise entend réaliser quelques recrutements pour renforcer son équipe et support client.

... mais beaucoup d'autres opportunités

Les solutions d'Alpha Mos sont installées en quelques jours chez le client, mais ce dernier peut continuer à l'affiner sur plusieurs mois. L'affinage des modèles nécessite une collaboration entre l'humain et la machine, puisque ce sont les dire des premiers qui permettent d'affiner les analyses. Le Toulousain voit son activité se renforcer sur ce sujet allant dans ce sens souhaite développer une offre de TaaS pour Test-as-a-Service. "Jusqu'à présent le traitement des donnée qualité restait secret. Mais de plus en plus d'industriels nous demandent des conseils pour améliorer les modèles", explique Pierre Sbabo. Allant dans ce sens de l'affinage des modèles et de la vente de service, Alpha Mos s'est rapproché d'une société spécialisée dans la formation des testeurs humains.

L'entreprise assure qu'elle pourrait travailler dans d'autres industries comme la pétrochimie, la cosmétique, la pharmaceutique, mais se concentre d'abord sur l'agroalimentaire. Preuve, s'il en est besoin, que la technologie peut être utilisée dans d'autres secteurs, sa filiale BoydSense se concentre sur la mesure du taux de glucose. L'objectif est de proposer une nouvelle solution de suivit aux diabétiques par l'analyse de l'haleine. Pierre Sbabo ajoute que l'entreprise a des liens avec l'industrie cosmétique et pharmacologique notamment pour mesurer les compléments alimentaire et les masqueurs de goûts pour les médicaments. Les nez et langues électroniques semblent avoir de beaux jours devant eux.

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