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Bercy est-il enfin prêt à affronter la révolution numérique? 

En nommant Philippe Lemoine, président de Laser et de la FING, à la tête d'une mission sur la transformation numérique de notre économie, Bercy veut aider les acteurs publics, mais aussi privés, à se préparer à affronter le choc de la numérisation. Bonne ou mauvaise nouvelle ?
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Bercy est-il enfin prêt à affronter la révolution numérique?
Bercy est-il enfin prêt à affronter la révolution numérique?  © Ntr23 - Flickr - C.C.

Faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ? Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin viennent de nommer Philippe Lemoine, président de Laser, président fondateur du Forum d'Action Modernité et président de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) à la tête d'une mission de six mois, sur la transformation numérique de l'économie. Le communiqué l'annonçant précise que "les acteurs privés et publics n'ont toujours pas pris la mesure de ces bouleversements, et ne sont pas préparés à affronter ce choc de la numérisation". 

Charge à Philippe Lemoine, en s'appuyant sur les équipes de Bercy, "d'éclairer sur l'évolution des modèles économiques et des organisations", mais aussi de "fédérer les acteurs institutionnels, économiques et sociaux, par filière et par secteur autour des enjeux de la transformation numérique". Il devra même proposer une cartographie de la maturité et de la maîtrise de ces enjeux et bien sûr, comme toute mission administrative, formuler des recommandations d'action pour le public comme le privé. Rien que ça ! 

Pour rendre la démonstration plus concrète, Bercy annonce que "le gouvernement sélectionnera de 5 à 10 secteurs d'expérimentation et présentera des restitutions sectorielles, avant publication finale du rapport de la mission en juillet 2014".

Il y a urgence

Forcément, après une absence totale du numérique dans la campagne du candidat François Hollande et la présentation, il y a un an, par son gouvernement  d'une feuille de route numérique foisonnante, mais sans objectifs très clairs, on ne peut que se réjouir de la prise de conscience du retard de maturité des acteurs publics sur ces questions. Et de la nécessité de vite le rattraper. 

On ne peut aussi que se réjouir du choix de Philippe Lemoine, souvent plus philosophe qu'économiste dans ces interventions et ses analyses, pour cette mission d'urgence. D'autant que la FING, dont il est président, est probablement une des associations qui a le plus réfléchi aux questions de l'impact du numérique sur l'évolution de la société. Et qui continue de les interroger, notamment via un cycle annuel de travaux prospectifs baptisé "Questions numériques", mais aussi ses Carrefours des possibles, qui permettent à des porteurs de projets numériques  très innovants de séduire des partenaires ou encore ses missions d'études, sur les FabLab ou la restitution des données personnelles.

Public-privé, même retard ? 

En revanche, s'il est vrai que la France n'a pas réussi à faire émerger de grand champion du numérique et que les industriels français ne sont pas forcément les plus en pointe en la matière, ils ne se sont peut-être pas si ignorants des bouleversements en cours. Pour preuve, les travaux menés par le Cigref sur la transformation numérique des entreprises, ou encore le cycle de conférences "les Barbares Attaques" animés par Nicolas Collin, coauteur du rapport sur la fiscalité numérique et Oussama Ammar, ex- coach du Camping, qui justement détaille, filière par filière, la façon dont le numérique, change les modèles. Sans parler des travaux sur la transformation des Think tank tels que l'Institut Montaigne, par exemple.

Plus inquiétante est la méthode proposée. Comment en six mois rattraper un retard de 10 ans ? Car le numérique d'aujourd'hui, n'est autre que la version intensive et généralisée de l'e-business des années 2000 !  

Attention à l'approche par filière

Et l'approche par filière, chère à Arnaud Montebourg, est-elle compatible avec cette mission ? Car justement le choc de la numérisation, évoqué par Bercy, casse les filières et la notion de secteur. En rendant tout communiquant, les objets, les véhicules, les usines, les bâtiments et les humains, le numérique oblige à penser autrement. Et il bouscule toutes les rentes de situation, une par une.  Le rapport Collin & Colin sur la fiscalité numérique, pourtant très clair sur ces sujets, n'a-t-il pas suffisamment éclairé Bercy ? 

Enfin, c'est encore un rapport de plus que, finalement, l'on demande a Philippe Lemoine, avec son lot de recommandations. Forcément elles seront systémiques et culturelles. Et forcément très difficiles à mettre en œuvre. On l'a vu, avec la Mission design. Alors qu’Alain Cadix proposait tout une politique nationale de design, seules trois propositions ont été retenues.  Espérons que celles de la mission Lemoine ne subiront pas le même destin.

Aurélie Barbaux

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