Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

A Taïwan, la reprise de l'épidémie touche la production de semi-conducteurs

Jusqu’alors victorieux face à l’épidémie, l’archipel de 24 millions d’habitants connaît depuis plusieurs jours une flambée des contaminations parmi les ouvriers migrants du secteur électronique. La crise pourrait aggraver la pénurie mondiale de semi-conducteurs.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

A Taïwan, la reprise de l'épidémie touche la production de semi-conducteurs
A Taïwan, la reprise de l'épidémie touche la production de semi-conducteurs © Jesse Kao - Unsplash

Déploiement de stations de tests rapides, isolement du personnel, arrêt temporaire de la production : la découverte de plusieurs clusters au sein des usines du parc industriel de Miaoli, au sud de Taipei, a créé un branle-bas de combat encore jamais vu dans l’industrie taïwanaise depuis le début de la pandémie. L’inquiétude est d’autant plus grande que sur les quatre entreprises concernées, trois sont impliquées dans la chaîne de production des semi-conducteurs, élément de base de tout produit électronique dont Taïwan est le leader mondial.

La surprise est de taille, alors que l’archipel de 24 millions d’habitants était parvenu à contenir le virus pendant plus d’un an grâce à des quarantaines strictes à l’entrée de son territoire. La digue a finalement cédé à la fin du mois d’avril, lorsque le variant anglais – Alpha – s’est frayé un chemin à travers les pilotes de ligne de la compagnie aérienne nationale, dont la quarantaine est réduite. Depuis, l’archipel a recensé 11 000 nouveaux cas d’infection, soit plus de 90% de l'ensemble des cas comptabilisés depuis le début de la pandémie.

Les travailleurs migrants frappés de plein fouet
Sans surprise, il n’a fallu que quelques semaines pour que le virus atteigne les 420 000 ouvriers migrants que compte l’industrie taïwanaise. Originaires des pays d’Asie du Sud-Est, ces travailleurs sont la plupart logés par leurs agences de recrutement dans des conditions régulièrement dénoncées par les associations.

"J’ai vu des dortoirs où plus de cent personnes dorment au même étage, avec un bloc sanitaire pour trente personnes et bien souvent un système d’aération défectueux, déplore Jing-Ru Wu, membre du Réseau d’émancipation des travailleurs migrants. Dans ces conditions, c’est évidemment impossible d’empêcher la circulation du virus".

Les entreprises de test et d’emballage des puces, davantage dépendantes de la main d’œuvre étrangère, ont été les premières impactées. La société KYEC (King Yuan Electronics Corp.), acteur majeur du test de semi-conducteurs, a annoncé hier la mise à l’isolement de ses 2 100 ouvriers migrants après avoir détecté plus de deux cent cas positifs parmi ses employés.

Voisine de KYEC, la succursale de Foxconn dédiée aux semi-conducteurs, Foxsemicon Integrated Technology, a annoncé aujourd’hui la suspension de ses opérations pour tester l’ensemble de ses ouvriers après la découverte de plusieurs cas de contamination. Les usines de Greatek Electroniks (emballage et test) et d’Accton Technology (équipements réseau), toutes deux situées au sein de la zone industrielle du nord de Miaoli, ont aussi rapporté des débuts de cluster.

Les fondeurs pourrait être impactés indirectement
Les fonderies, qui assurent la première étape de production des puces, devraient toutefois rester épargnées par la crise grâce à leur haut niveau d’automatisation. Le géant TSMC, leader mondial en la matière, ne compte ainsi aucun travailleur migrant dans ses rangs. "Il n’y a aucun impact sur la production", assure à L’Usine Digitale Nina Kao, du département des relations publiques de TSMC.

La crise devrait néanmoins aggraver la pénurie de semi-conducteurs, alors que l’industrie tournait à plein régime pour satisfaire une demande mondiale boostée par la pandémie. "Même si les fondeurs ne sont pas touchés, un goulot dans la chaîne de production impactera forcément les délais d'approvisionnement," estime Pascal Viaud, directeur-général de la société UBIK, société spécialisée dans la coopération industrielle basée à Taïwan. "Certaines livraisons devraient être décalées de juin à juillet, voire à août, et la crise s'aggravera si davantage d’ouvriers sont placés en quarantaine," complète Brady Wang, directeur-associé au cabinet Counterpoint Research, basé à Taïwan.

Le gouvernement mis en difficulté par le manque de vaccins
Pour endiguer la crise, le gouvernement promet d’inspecter les 1183 dortoirs logeant plus de 50 travailleurs que compte l’archipel, et oblige les sites de production embauchant plus de 500 employés à organiser des dépistages massifs. "Nous sommes en train d’organiser ce dépistage, confirme à L’Usine Digitale Jennifer Yuen, porte-parole du groupe ASE, leader mondial des tests et de l’assemblage. Nous avons également placé certains de nos travailleurs dans des lieux d’hébergement temporaires pour réduire le nombre de résidents dans les dortoirs".

Les plus petits acteurs semblent de leur côté se barricader tout en maintenant la cadence, alors que Pascal Viaud prédit un "risque encore plus marqué" pour les usines d’électronique classique, davantage dépendante de la main d’œuvre étrangère. "Mon entreprise ne me laisse sortir que dans un périmètre limité autour de mon dortoir", rapporte ainsi une ouvrière de nationalité philippine d’une de ces petites unités, qui attend toujours le "système de rotation" promis par le responsable de son usine.

L’arrêt des chaînes de contaminations serait un exploit, alors que Taïwan manque de vaccins pour faire face à la crise. Seuls 3% des Taïwanais ont à ce jour reçu une première dose, le gouvernement n’ayant reçu qu’une part infime des 20 millions de vaccins commandés. Face à l’urgence, le Japon et les Etats-Unis ont rapidement volé au secours de leur partenaire taïwanais, à travers un don de près de deux millions de vaccins (livrés par Tokyo le 4 juin et promis par Washington samedi dernier).

Un geste d’amitié, mais pas forcément désintéressé, comme le rappelle Pascal Viaud : "Le Japon, les Etats-Unis, et l’Union Européenne ont tous intérêt à ce que la chaîne de production des semi-conducteurs taïwanais ne soit pas impactée".

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.