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Covid-19 : Orange, Deutsche Telekom et six autres opérateurs télécoms vont pister leurs clients

Vu ailleurs A la demande de la Commission européenne, Orange, Deutsche Telekom et six autres opérateurs télécoms acceptent de fournir les données mobiles liées au positionnement géographique de leurs clients pour aider les gouvernements à lutter contre la pandémie de Covid-19. Le gendarme européen de la vie privée estime que le RGPD sera respecté, à condition que cette mesure repose sur des garanties fermes.
mis à jour le 26 mars 2020 à 11H45
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Covid-19 : Orange, Deutsche Telekom et six autres opérateurs télécoms vont pister leurs clients
Covid-19 : Orange, Deutsche Telekom et six autres opérateurs télécoms vont pister leurs clients © Unsplash/Mathieu Bigard

Huit opérateurs télécoms ont répondu à l'appel de la Commission européenne le 25 mars 2020, dont l'opérateur historique français, Orange. Les sept autres sont Deutsche Telekom, Vodafone, Telefonica, Telecom Italia, Telenor, Telia et A1 Telekom Austria. Selon Reuters, ils ont accepté de fournir aux gouvernements européens les données mobiles liées au positionnement géographique de leurs clients pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

Les informations récoltées vont permettre de savoir où les personnes contaminées sont allées, voire de déduire quelles interactions sociales elles ont eu, ce afin de repérer les populations susceptibles d'avoir été exposées au virus et de mieux comprendre sa propagation. Ces mesures de strict suivi des mouvements de la population ont été rapidement implémentées dans les pays ayant le plus de succès dans l'endiguement de la maladie, comme Singapour ou Taïwan.

des données agrégées et anonymisées

"Le but c'est de savoir", explique le PDG d'Orange Stéphane Richard, interrogé sur Europe 1 le 26 mars 2020. Il indique par ailleurs que l'opérateur télécoms travaille déjà avec les épidémiologistes de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) pour affiner les modèles de transmission de virus grâce aux données mobiles. "Nous ne transmettons pas vos photos, vos contacts…uniquement votre géolocalisation, affirme-t-il avant d'ajouter, et ce sont des données agrégées et anonymisées."

Mais le projet soutenu par la Commission européenne inquiète au regard des libertés fondamentales. Pour tenter de rassurer, un porte-parole de l'institution a indiqué qu'une fois la crise sanitaire terminée, les données seraient supprimées. Il affirme que l'objectif de l'UE n'est absolument de centraliser les données dans une base dédiée, ni de contrôler tous les déplacements de la population.

Une mesure qui doit restée exceptionnelle

Par ailleurs, consulté sur ce projet, le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) a déclaré que les obligations du Règlement général sur la protection des données (RGPD) ne seraient pas violées... à condition que des garanties existent. "La Commission doit clairement définir l'ensemble des données qu'elle souhaite obtenir et garantir la transparence à l'égard du public afin d'éviter tout éventuel malentendu", a déclaré le gendarme européen de la vie privée.

La deuxième préconisation est de limiter l'accès des données de géolocalisation aux "experts en épidémiologie spatiale, en protection des données et en sciences des données". Le RGPD prévoit en effet des exceptions lorsque les intérêts de la nation sont en jeu.

Mais ce qui inquiète véritablement le CEPD, c'est le risque de pérennisation de cette mesure. "Je voudrais souligner qu'une telle solution doit toujours être reconnue comme extraordinaire", a déclaré Wojciech Wiewiorowski, le directeur du CEPD. En effet, la stratégie de la Commission européenne est légitime dans le contexte de la crise sanitaire, mais une fois qu'elle sera finie ce dispositif n'aura plus lieu d'être. La vraie question est de savoir si tous les États seront réellement prêts à ne plus y avoir recours.

Le suivi des déplacements est-il utile sans dépistage massif ?

Par ailleurs, il faut noter que les pays d'Asie qui ont implémenté cette mesure avec succès testaient en parallèle massivement la population pour identifier les individus contaminés et donc à risque. Ce qui n'est, pour l'instant, pas le cas de la France. Il reste donc à voir s'il sera vraiment utile de connaître les déplacements de la population sans avoir d'informations précises sur les vecteurs de contagion.

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