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[Tribune] Quand le Covid-19 révèle les faiblesses de la fintech européenne

Tribune La crise du coronavirus a indéniablement contribué à affirmer l’importance du numérique dans notre société et son économie... et les fintech auraient pu déceler, dans cette situation inédite, une opportunité d’étendre leur offre. Pourtant, la technologie ne peut se soustraire aux réalités financières et économiques qui frappent la planète aujourd’hui, et la crise du Covid-19 a brutalement mis en lumière les fragilités intrinsèques des néobanques européennes... Par Stéphane Houin, Directeur Directeur des Offres Digitales pour les Services Financiers chez CGI.
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[Tribune] Quand le Covid-19 révèle les faiblesses de la fintech européenne
[Tribune] Quand le Covid-19 révèle les faiblesses de la fintech européenne © Flickr - CafeCredit

La crise du coronavirus a indéniablement contribué à affirmer l’importance du numérique dans notre société et son économie. Transformation digitale accélérée, portée par le télétravail de masse, dématérialisation des transactions ou encore explosion de l’offre numérique en matière de santé en sont des illustrations marquantes.

Les fintech auraient pu déceler, dans cette situation inédite, une opportunité d’étendre leur offre. Pourtant, la technologie ne peut se soustraire aux réalités financières et économiques qui frappent la planète aujourd’hui. On constate en particulier que la crise du Covid-19 a brutalement mis en lumière les fragilités intrinsèques des néobanques européennes.

Une croissance brutalement stoppée
Depuis l’amorce de la crise, plusieurs fintech européennes, en proie à une croissance rapide ces dernières années, ont été frappées de plein fouet, remettant ainsi en cause leurs ambitions pour 2020. Monese a ainsi dû revoir à la baisse sa levée de fonds ; Revolut a poussé certains de ses salariés à quitter leur poste ou à accepter une baisse de salaire ; enfin, la britannique Monzo a annoncé le licenciement de 120 salariés en Grande-Bretagne.

Ces licenciements ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg, sachant que plusieurs néobanques européennes ont déjà fait faillite depuis le début de la crise. L’exemple le plus emblématique ? C-Zam, l’offre mobile de Carrefour Banque fondée en 2017 et supposée concurrencer Nickel.

Les fintech européennes semblent donc être des victimes collatérales de la crise sanitaire, alors que leurs homologues du continent américain se maintiennent. Mieux, elles rattrapent leur retard sur le Vieux Continent. Pour preuve, des levées de fonds conséquentes chez Varo Money et Marqueta ont été constatées.

Mastercard a également annoncé l’extension de son nouveau programme d’aide baptisé "FinTech Express" à l’Europe, afin d’accélérer le lancement de nouveaux produits et profiter de la morosité du marché des fintech sur le Vieux continent.

Les acteurs américains résistent mieux
Ainsi, pourquoi les néobanques américaines (Nord comme Sud) tirent-elles leur épingle du jeu ? Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. D’une part, en Amérique latine, une part considérable de la population ne détient pas de compte courant ni de carte bancaire. Dans le même temps, des pays tels que le Brésil sont parmi les plus connectés au monde. De ce fait, les offres des néo-banques – peu chères, rapides et accessibles depuis un smartphone – s’imposent comme un moyen facile de venir en aide à ces personnes non bancarisées, au-delà des écueils de la crise sanitaire.

Deuxièmement, le plan de relance aux Etats-Unis à destination des Américains ayant récemment perdu leur emploi et mis en place par l’administration Trump, a permis à plusieurs fintech locales de se positionner et permettre ainsi aux 14 millions de nationaux non-bancarisés de bénéficier facilement des aides prévues. Les sociétés européennes ont donc particulièrement pâti des conséquences directes de la crise sanitaire, à savoir le confinement. Pour autant, le modèle économique de ces start-up les expose de fait davantage à ce type de crise.

Un secteur aux fondations fragiles
Ne l’oublions pas : les fintech et les néobanques qui en découlent restent, jusqu’à preuve du contraire, des start-up. Pour expliquer leurs difficultés actuelles, on constate que leur business model a montré ses limites, et ce pour trois raisons.

En tant que start-up, les fintech manquent d’abord de fonds propres. De ce fait, les risques de faillites et autres difficultés sont accrus en cas de crise. Dans un contexte de chute des marchés financiers, de récession économique planétaire annoncée, et de manque de confiance des acteurs économiques dans l’avenir, la levée de fonds, levier essentiel à la croissance de ces jeunes pousses, devient très compliquée.

En outre, plusieurs offres de néobanques s’appuient exclusivement sur une technologie financière en lien direct avec les consommateurs. Celles-ci font donc face à de gros risques. En effet, si, dans le cadre d’un nouveau reconfinement, les consommateurs se détournent à nouveau des magasins, les néobanques dont les revenus sont basés sur les frais de transactions que les marchands leur versent à chaque utilisation d’une carte de crédit, connaîtront de graves difficultés.

Enfin, la crise actuelle a révélé la dépendance chronique de nombreuses néobanques à un modèle de croissance basé en grande partie sur des stratégies marketing complexes. Or, comme les crises économiques le rappellent systématiquement, le marketing est souvent le premier sacrifié sur l’autel de la pérennisation des entreprises. Des start-up telles Chime en sont des exemples criants, qui investissent des dizaines de millions d’euros dans le marketing chaque année.

La crise actuelle est propice aux introspections et remises en question, à tous les niveaux, et les fintech n’échappent pas à cet état d’esprit. Réalisant leur dépendance à un modèle économique monolithique, certaines d’entre elles aspirent à un véritable repositionnement de leur modèle. Ces start-up considèrent désormais l’axe de rentabilité avec plus d’intention qu’avant, à travers la recherche de sources de revenus diversifiées. L’objectif étant, à terme, d’assainir l’ensemble de l’écosystème avec des acteurs sur un modèle plus pérenne et de garantir ainsi leur survie. 


Stéphane Houin, Directeur Directeur des Offres Digitales pour les Services Financiers chez CGI.

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