"L’alliance avec Foxconn ne met pas en péril notre indépendance", affirme le président de Sharp Europe

Le géant taïwanais de la sous-traitance électronique Foxconn a signé un accord pour la reprise de Sharp, groupe japonais d’électronique en difficultés chroniques depuis 2012.

Cette perspective soulève des interrogations sur l’avenir de l’entreprise nipponne, première de cette taille à passer sous pavillon étranger.

Tetsuji Kawamura, Président de Sharp pour l’Europe, répond aux questions de L’Usine Digitale.

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L’Usine Digitale : Un accord définitif de reprise de Sharp par Foxconn a été signé récemment. Que va-t-il changer pour votre entreprise ?

Tetsuji Kawamura : Dans les médias, on parle d’acquisition, de rachat ou de prise de contrôle, ce qui laisse penser que Sharp va être absorbé par Foxconn et que sa marque va disparaître. C’est faux. Nous avons affaires plutôt à une alliance industrielle, stratégique et capitalistique qui va être mutuellement bénéfique. Le volet capitalistique prévoit la détention de 66% du capital de Sharp par Foxconn par rachat de nouvelles actions. Cela ne met pas en péril l’indépendance de Sharp. Nous allons rester deux sociétés séparées. Grâce à l’apport de Foxconn, la marque Sharp va non seulement demeurer mais aussi gagner en puissance.

Quels impacts ce rapprochement va-t-il avoir sur vos activités en Europe ?

Il est encore trop pour en expliciter les détails. Une grande partie de l’investissement de Foxconn sera consacré aux activités de Sharp en R&D, innovation et production au Japon. Mais il est prévu d’en dédier aussi une partie au renforcement de nos activités en Europe dans les écrans plats, les composants électroniques ou les solutions d’énergie. L’investissement en Europe relève plutôt des fonctions de vente, marketing et réseau de distribution. Une chose est sûre : nous allons disposer de davantage de ressources pour accélérer notre croissance sur le marché européen et améliorer la notoriété de notre marque.

Les écrans sont au centre de l’alliance Sharp-Foxconn. Comment la transition vers la technologie Oled va-t-elle se faire ?

Une grande partie de l’argent injecté par Foxconn ira aux écrans LCD et au développement des afficheurs Oled. Car il s’agit d’une activité fortement intensive en investissement. L’objectif n’est pas de tout basculer sur la technologie Oled. Nous voulons disposer rapidement des deux technologies d’affichage de façon à servir dans l’avenir différentes applications. Demain, la demande dans les smartphones a des chances de se tourner vers les écrans Oled. Mais pas la télévision qui restera encore longtemps dominée par la technologie LCD.

Foxconn dispose déjà d’une forte activité en écrans LCD. Une fusion est-elle prévue avec celle de Sharp ?

Je ne peux pas préjuger de ce qui pourrait advenir à long terme. Mais à ce stade, il n’est pas question de fusionner les activités d’écrans des deux entreprises. En revanche, nous pourrons combiner nos forces pour dégager des synergies industrielles profitables aux deux parties. Sharp est connu pour son savoir-faire technologique et sa capacité d’innovation. De son coté, Foxconn dispose de grandes capacités de production et d’une chaine logistique particulièrement efficace. Croiser ces deux points forts et mutualiser certaines fonctions donnera à Sharp une nouvelle compétitivité.

Quand l’opération sera-t-elle finalisée ?

Après approbation de l’assemblée générale des actionnaires de Sharp et le feu vert des autorités de la concurrence des différents pays concernés. Nous sommes confiants dans un aboutissement favorable entre fin juin et début octobre 2016. La finalisation de la transaction est dans la poche à 99,999%. Mais un comité de direction a été mis sur pieds pour mettre en œuvre le plan d’action conclu avec Foxconn dès maintenant.

Sharp est sorti du marché européen de la télévision et de l’électroménager. Que reste-t-il de vos activités en Europe ?

Effectivement, nous nous sommes retirés de la télévision et de l’électroménager en Europe. Mais la marque Sharp reste toujours présente dans ces deux familles de produits grand public en Europe. Nous l’avons licenciée aux partenaires à qui nous avons transféré nos activités industrielles et commerciales dans ces domaines. Nous continuons à opérer directement en Europe dans les solutions de traitement de documents en entreprise comme les copieurs et les systèmes d’impression, dans les caisses enregistreuses, dans l’affichage professionnel, dans les composants électroniques et dans l’énergie, où notre offre va au-delà des panneaux solaires et comprend aussi des solutions de stockage et de gestion.

De quelles usines disposez-vous encore en Europe ?

Nous disposons de deux sites de production. Le principal se situe à Soultz, en Alsace, en France. Il assemble des systèmes d’impression multifonction au laser pour le marché européen. L’autre, plus petit, se trouve à Wrexham, au Pays de Galles, au Royaume-Uni. Il assemble des appareils électroménagers, essentiellement des fours micro-ondes pour d’autres marques.

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