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Pour son premier Vendée Globe, Clément Giraud mise sur la technologie pour battre des records de vitesse

Le Vendée Globe n'est pas qu'une aventure en mer, c'est aussi une aventure technologique. Seuls pendant quasiment trois mois, les skippers doivent tout gérer : la navigation, la météo, les soucis techniques… Le marin Clément Giraud raconte à L'Usine Digitale en quoi la technologie est un allié précieux pour cette course à la voile autour du monde.
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Pour son premier Vendée Globe, Clément Giraud mise sur la technologie pour battre des records de vitesse
Pour son premier Vendée Globe, Clément Giraud mise sur la technologie pour battre des records de vitesse © Jean-Louis Carli/Alea

Le Vendée Globe, un tour du monde à la voile en solitaire et sans escale débutera le dimanche 8 novembre. Sous le signe du Covid-19, seuls les skippers négatifs au virus pourront s'élancer au départ des Sables-d'Olonne, en Vendée. Pour le navigateur Clément Giraud, c'est une première et son rêve a failli ne jamais se réaliser.

En 2019, après avoir perdu son bateau, parti en fumée lors d'un incident, et son sponsor, les espoirs de Clément Giraud étaient minces. C’était sans compter sur la générosité de son ami skipper Erik Nigon, qui n’a pas hésité à se retirer de la course pour lui prêter son propre navire.

Son Imoca Jiliti/La Compagnie du Lit, ses deux sponsors, est donc prêt à partir pour l’Everest des mers. A son bord, le numérique est omniprésent, raconte le navigateur à L'Usine Digitale. Objectif : aller le plus vite possible grâce à l'exploitation des données.

"C'est comme dans la Formule 1"
"C'est comme dans la Formule 1, certaines aides sont indispensables", déclare-t-il. Mais, pas n'importe lesquelles. Le règlement du Vendée Globe est très clair à ce sujet : aucun asservissement électronique n'est autorisé pour la conduite du bateau. "Tout doit être mécanique", explique Clément Giraud. "Par contre, nous pouvons utiliser des systèmes embarqués, précise-t-il. C'est même indispensable pour manier ce bateau aux dimensions hors normes."

Sur son voilier, le marin possède un système d'aide à la navigation et un second dédié à la communication avec la terre. Le premier système se compose d'une centrale de navigation, "le cerveau du bateau", relié à un pilote automatique. Cette centrale repose sur un calculateur sur lequel se branchent des capteurs placés stratégiquement à différents endroits du voilier. Ils servent à récupérer des données sur la vitesse du bateau et du vent, la profondeur sous le voilier, la direction…  "Cela permet de savoir quelle stratégie adopter pour aller le plus vite possible", indique Clément Giraud.
 


Communiquer grâce aux liaisons satellites
Le second système embarqué est dédié à la communication avec la terre, rendue possible grâce aux liaisons satellites. Les deux fournisseurs de Clément Giraud sont Inmarsat, une société britannique spécialisée dans la téléphonie par satellite, et la start-up française Advanced Tracking, spécialiste en géolocalisation satellite et traceur GPS. Le monocoque est équipé de deux antennes satellites, la seconde (de secours) étant stockée dans le bateau, sauf en cas de besoin.

Il y a les liaisons obligatoires vers la direction de course et son service de communication, celles à destination des équipes techniques et médiatiques des marins et celles dédiées aux proches. "La phonie est toujours présente dans le bateau car il faut qu'on puisse m'appeler à n'importe quel moment s'il faut aller chercher quelqu'un en détresse", détaille le marin.
 


Des smartphones et tablettes pour échanger "comme à la maison"
A bord, Clément Giraud dispose également d'un réseau local avec accès Internet pour envoyer des vidéos et des photos "comme à la maison". Pour éviter que le matériel ne prenne l'humidité, "les trois smartphones et les deux tablettes sont protégés par des caissons". Mais l'humidité n'est pas la seule problématique à prendre en compte lors du Vendée Globe, car les équipements sont également exposés à l'air salin. A ce titre, "nous essayons d'avoir le moins de câbles possible car c'est une énorme source de problème. Déjà, ils pèsent lourds donc ils peuvent ralentir le voilier et ils sont extrêmement sensibles à l'environnement marin, détaille le skipper. Pour vous donner un ordre d'idée, nous avons prévu un jeu de câbles neufs toutes les deux semaines sur une course d'environ 90 jours."
 


Enfin, le monocoque dispose d'un troisième équipement indispensable : un système anti-collision. Baptisé OSCAR (Optical System for Collision Avoidance) et développé par la start-up bretonne BSB Marine, il sert à détecter les objets flottant non identifié tels qu'une bouée météo, un morceau de glace détaché d'un iceberg ou encore un cétacé. Commercialisé en janvier 2020, OSCAR équipe environ 60 % des bateaux du Vendée Globe. "Même si le système est toujours en développement et qu'il a un certain coût, il peut sauver un bateau voire une vie", déclare Clément Giraud.

OSCAR s'articule autour d'une unité de vision dotée de trois caméras, deux thermiques et une en couleur, et d'une unité de calcul embarqué. Les flux vidéo sont analysés en temps réel et un système d'apprentissage automatique permet de déclencher une alerte si un risque de collision est détecté. Le dispositif est connecté à une application mobile et aux ordinateurs de bord des navires.

Des hydrogénérateurs pour alimenter les systèmes embarqués
La production d’énergie est une problématique centrale pour les skippers du Vendée Globe. Ainsi, différentes formes de production d’énergie renouvelables se développent pour moins utiliser le groupe électrogène et réduire le volume de carburant embarqué.

Le monocoque de Clément Giraud dispose d'hydrogénérateurs dont le fonctionnement est similaire à celui d'une hydrolienne. Il s’agit d’un support au bout duquel se trouve une hélice reliée à un alternateur. Une fois dans l’eau, cette dernière tourne grâce aux mouvements et à la vitesse du bateau. Lorsqu’il ne s’en sert pas, le skipper peut remonter son hydrogénérateur et le maintenir hors de l’eau afin de le préserver et de ne pas ralentir son navire.

"La consommation permanente, avec tous les systèmes allumés sans faire trop attention, est de 8 à 10 Ampère heure par jour. Les hydrogénérateurs produisent 15 à 16 Ah/jour", détaille Clément Giraud. Pour compléter ce circuit d'énergie verte, le voilier dispose d'un petit panneau solaire. "Son utilité est mince dès que nous naviguons en basse altitude", confie le marin de 39 ans.

Connaitre le degré de réparabilité de l'équipement
Dès la conception, tout est fait pour que ces équipements, informatiques et électriques, tiennent le temps de la course ou soient facilement réparables. "Dans chaque élément, il y a une petite puce relié à une application mobile. Je peux savoir à tout moment l'état de mes batteries par exemple. Cela me permet de cibler les éventuelles pannes de manière précise et me fournit un degré de réparabilité", indique Clément Giraud.

L'après-course est également une étape très importante. Après avoir passé près de trois mois en pleine mer, le voilier recèle de précieuses données pour élaborer un compte-rendu de ce qui a fonctionné correctement ou moins bien qu'escompté. Pour monter en gamme lors de ses futures courses, Clément Giraud espère que sa collaboration avec son sponsor Jiliti, spécialisé en maintenance informatique, va se renforcer. Car si elle ne suffit pas à gagner la course, la technologie est devenue le compagnon indispensable des skippers. Reste désormais à savoir si elle permettra à Clément Giraud de battre le record détenu par Armel Le Cleac’h.

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