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[Réalité virtuelle] Que retenir du procès de Zenimax contre Oculus ?

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Document Un jury du Texas vient de condamner Oculus, filiale de Facebook, et deux de ses employés à un total de 500 millions de dollars d'amende dans un procès les opposant au groupe Zenimax Media. L'objet de la plainte est la création de l'Oculus Rift, le casque à l'origine de la renaissance de la réalité virtuelle grand public. Décryptage de ce jugement et retour sur ses enjeux.

[Réalité virtuelle] Que retenir du procès de Zenimax contre Oculus ?
[Réalité virtuelle] Que retenir du procès de Zenimax contre Oculus ? © Oculus

Un jugement a été rendu mercredi 1er février après-midi dans l'affaire opposant Oculus, filiale de Facebook, à Zenimax, groupe auquel appartiennent plusieurs grands studios de jeux vidéo dont Bethesda Softworks (Skyrim, Fallout 4), id Software (Doom) ou Arkane Studios (Dishonored 2, Prey). Zenimax avait déposé plainte contre Oculus pour vol de propriété intellectuelle peu après son rachat par Facebook pour 2,3 milliards de dollars (le procès a révélé que cette somme a été agrémentée de 700 millions supplémentaires sous forme de primes).

 

Le verdict du jury est qu'Oculus n'a pas volé de technologie appartenant à Zenimax, invalidant ce faisant la principale allégation du plaignant. Il a cependant déclaré Palmer Luckey (fondateur d'Oculus) et Brendan Iribe (ex-CEO d'Oculus) coupables d'avoir enfreint un accord de non-divulgation (NDA) passé avec Zenimax, infligeant des amendes de 300 millions de dollars pour Oculus, 150 millions pour Brendan Iribe et 50 millions pour Palmer Luckey. Facebook a d'ores et déjà annoncé qu'il va faire appel.

 

Oculus, des origines au rachat

Pour comprendre les tenants et aboutissants de la plainte, il faut se replonger dans la génèse d'Oculus. Lorsque Palmer Luckey, jeune bricoleur archétypal, a fabriqué les premiers prototypes de son casque de réalité virtuelle dans son garage à partir de pièces détachées récupérées sur eBay, personne n'y a vraiment prêté attention. Presque personne du moins. Palmer Luckey publiait les résultats de ses travaux sur un forum de discussions, et il a attiré l'attention de John Carmack. or, ce derniern'est pas n'importe qui dans le monde du jeu vidéo et de la modélisation 3D. Co-créateur des jeux Doom et Quake, co-fondateur du studio id Software et surtout développeur émérite, c'est l'un des pionniers des moteurs 3D et une légende vivante du jeu vidéo.

 

John Carmack a pris contact avec Palmer Luckey, qui lui a envoyé l'un de ses prototypes gratuitement. Grâce à ce casque, le développeur a mis au point une version de Doom 3 (jeu sorti à l'origine en 2004) modifiée pour la réalité virtuelle, dont il a fait la démonstration sur scène à la conférence E3 2012. Cet évènement a été un véritable déclencheur pour Oculus. Alors nouvellement formée par Luckey, Iribe et deux autres comparses (Nate Mitchell et Michael Antonov), la start-up a lancé une campagne Kickstarter qui a récolté 2,4 millions de dollars. Le 7 août 2013, John Carmack quittait id Software, studio qu'il avait cofondé en 1991, pour rejoindre Oculus en tant que Chief Technology Officer. En avril 2014, Facebook rachètait Oculus. Le 1er mai 2014, Zenimax déposait plainte.

 

Au cœur du procès, un développeur légendaire

John Carmack est au cœur de la plainte de Zenimax. Son entreprise id Software a été rachetée par Zenimax Media en juin 2009. Son travail sur "Doom 3: BFG Edition" est donc la propriété de l'entreprise. Lors du procès, de nombreux détails ont émergé sur les relations entre les deux entreprises.

 

On a notamment appris que les deux entreprises ont été pendant un temps en discussion pour former un partenariat. Dans son témoignage sous serment, Brendan Iribe a par exemple révélé que Robert Altman, président de Zenimax, a fait pression sur les dirigeants Oculus, qu'il qualifiait de "gamins" ("kids"), pour qu'ils cèdent 15% des parts de la société dans le cadre de cet accord. Devant leur refus, il a menacé d'interdire à John Carmack de continuer à travailler sur la réalité virtuelle, menace qui fut mise à exécution après l'arrêt des négociations. Au grand dam de Zenimax, la conséquence imprévue de ces évènements a été le départ de John Carmack, insatisfait de la tournure des évènements, pour Oculus.

 

Motivations douteuses de Zenimax

Avec un peu de recul, il est difficile de ne pas voir dans cette affaire une tentative de la part de Zenimax de soutirer de l'argent à Facebook en réécrivant l'histoire. Dans sa plainte (pour laquelle il a au final demandé 6 milliards de dollars d'amende), le groupe affirme que l'ensemble des technologies d'Oculus a été inventé par John Carmack et volé par ce dernier lors de son départ de l'entreprise, Palmer Luckey n'étant qu'un imposteur. Des allégations difficiles à réconcilier avec les faits. Palmer Luckey a commencé à travailler sur la réalité virtuelle dès 2009 au sein de l'Institut pour les technologies créatives de l'Université du Sud de la Californie. Ses progrès ont été documentés publiquement sur Internet. La technologie d'Oculus a par ailleurs fortement évolué au fil du temps, entre autres grâce aux apports de Valve Corporation (dont un membre clé, Michael Abrash, a aussi par la suite rejoint Oculus).

 

Quant à John Carmack, généralement considéré dans l'industrie vidéoludique comme un modèle de droiture et de transparence, il a avoué avoir effectué une sauvegarde de ses emails lors de son départ d'id Software, dont certains contenaient des morceaux de code du jeu Rage. Mais comme l'a reconnu le jury, ces messages n'ont aucun rapport avec la technologie d'Oculus, et n'ont pas été utilisés pour la mettre au point. Reste l'infraction par Palmer Luckey de l'accord de non-divulgation le liant à Zenimax, possiblement lié à la démonstration mise au point par Carmack (alors qu'il était employé par Zenimax). C'est la seule faute retenue par le jury, mais comme il est de coutume dans ces affaires (on se rappellera d'Apple vs Samsung, qui n'est toujours pas terminé après une annulation du verdict par la cour suprême des Etats-Unis), il est fort probable que le montant de la pénalité diminue dramatiquement au fil des appels, voire qu'il soit annulé.

 

En attendant, Oculus continue à travailler d'arrache-pied pour faire pénétrer la réalité virtuelle sur le marché grand public face à des concurrents comme HTC ou Sony. De son côté, Zenimax travaille sur une version de Fallout 4 (jeu sorti fin 2015) convertie en réalité virtuelle. Sa sortie est prévue pour cet été. Sans grande surprise, aucune compatibilité avec l'écosystème Oculus n'a pour l'instant été annoncée.

 

Le compte-rendu du verdict

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