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Zoom se plie aux pressions du gouvernement chinois et suspend trois comptes utilisateurs

Sous la pression du gouvernement chinois, Zoom a suspendu temporairement les comptes de trois de ses utilisateurs aux Etats-Unis et à Hong Kong. La raison est qu'ils avaient organisé des réunions virtuelles pour commémorer les manifestations de la place Tian'anmen en 1989. Après avoir admis que cette décision était "une erreur", l'entreprise californienne a les réactivés. Ces faits attirent cependant l'attention sur les liens étroits de la start-up avec le gouvernement chinois et sur la propension de celui-ci à vouloir museler les critiques même hors de son territoire.
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Zoom se plie aux pressions du gouvernement chinois et suspend trois comptes utilisateurs
Zoom se plie aux pressions du gouvernement chinois et suspend trois comptes utilisateurs © UD

La start-up américaine Zoom, éditrice de l'application de visioconférence éponyme, admet le 11 juin 2020 dans un billet de blog avoir fermé les comptes de trois militants aux Etats-Unis et à Hong Kong sous la pression du gouvernement chinois. Cheuk-yan, Wang Dan et Zhou Fengsuo avaient programmé des rencontres virtuelles pour commémorer les victimes des manifestations de la  place Tian'anmen.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l'armée avait lourdement réprimé le mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers chinois, qui dénonçait la corruption du gouvernement et demandait des réformes politiques et démocratiques depuis la mi-avril. L'évènement est connu dans le monde entier sous le nom de "massacre du 4 juin", mais Pékin préfère parler des "troubles politiques du printemps et de l'été 1989", niant la gravité des faits survenus.

Sous couvert du respect de la loi

Dans son billet de blog, Zoom raconte avoir été informé par le gouvernement chinois de quatre réunions de commémoration dont la tenue était relayée sur les réseaux sociaux. Pékin a exigé de Zoom qu'il mette fin aux réunions et qu'il ferme les comptes des trois internautes concernés. L'entreprise américaine a estimé que trois des quatre événements comprenaient des participants de la Chine continentale et qu'ils diffusaient des informations ou discutaient d'événements illégaux selon la loi chinoise. Zoom a mis fin à ces réunions et a suspendu les comptes. Depuis, la firme californienne les a réactivé estimant que sa réponse "était un échec" et qu'elle "n'aurait pas du toucher des utilisateurs hors de Chine continentale" non soumis à la réglementation de cet Etat.

Pour se justifier, la firme californienne affirme que sa technologie actuelle ne lui permet pas de "retirer des participants spécifiques d'une rencontre ou de bloquer les participants venus d'un pays donné". Elle promet de rapidement se doter d'outils permettant de bloquer ou retirer des participants venus de certains pays. "Cela nous permettra de répondre aux demandes des autorités locales lorsqu'elles détermineront que l'activité sur notre plateforme est illégale à l'intérieur de leurs frontières, mais nous pourrons également protéger ces conversations pour les participants en dehors des frontières, où l'activité est autorisée."

Les liens étroits entre zoom et la chine

Ce n'est pas la première fois que le comportement de Zoom vis-à-vis de la Chine soulève des inquiétudes. En avril 2020, des chercheurs de Citizen Lab, un laboratoire de recherche lié à l'Université de Toronto au Canada, publiaient un rapport dans lequel ils affirmaient que des appels américains du service étaient détournés vers des serveurs chinois. Une situation inquiétante car la loi chinoise est très claire à ce sujet : Pékin a un droit de regard sur toutes les données qui transitent sur son territoire. Le CEO de Zoom, Eric Yuan a répondu à ces soupçons d'espionnage en citant un problème de surcharge du trafic Internet en Amérique du Nord. Raison pour laquelle certains appels ont été redirigés vers des serveurs chinois.

Il s'avère que l'entreprise californienne a de nombreux liens avec la Chine. Tout d'abord, son CEO est né dans la province du Shandong, dans l'Est de la Chine, et y a fait ses études avant de partir aux États-Unis dans les années 1990. De plus, une grande partie de la R&D de Zoom se fait dans ce pays, d'après des documents de l'entreprise déposés devant la Securities and Exchange Commission (SEC). Elle y emploie 700 personnes car "les coûts de personnel sont moins chers que dans d'autres juridictions".

On note par ailleurs que la Chine fait de plus en plus pression sur les entreprises technologiques ces derniers temps. Elle a notamment obtenu d'Apple de supprimer une application utilisée par les manifestants hongkongais, ainsi que d'effacer le drapeau de Taïwan des emojis présents sur iPhone.

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