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Le logiciel européen menacé d’asphyxie financière

Inflation des investissements de R&D, ralentissement de la croissance, tarissement des sources de financement... Selon l’étude Truffle 100, les éditeurs européens de logiciel sont confrontés à des menaces sans précédent. La situation est d’autant plus critique qu’ils doivent se transformer pour se mettre à l’heure du cloud, du mobile ou du Big Data.
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Le logiciel européen menacé d’asphyxie financière
Le logiciel européen menacé d’asphyxie financière © DR

Des nuages planent sur le logiciel européen. Selon la septième édition du Truffle 100, le classement des 100 premiers éditeurs en Europe réalisé par le fonds de capital-risque Truffle Capital, le cabinet d’études de marché IDC et le centre français d’expertise en progiciels CXP, il s’engage dans une zone de fortes turbulences. Les investissements de R&D (6,9 milliards d’euros en 2013) continuent à dépasser les bénéficies (6,3 milliards d’euros en 2013) même s’ils n’ont progressé que de 1,5%. "Les deux courbes se sont croisées en 2012, explique Bernard-Louis Roques, directeur général et co-fondateur de Truffle Capital. On pensait que c’était un problème conjoncturel. On se rend compte maintenant qu’il va durer."

Car les éditeurs doivent se transformer pour se mettre à l’heure du cloud computing, des mobiles, du Big Data ou encore des objets connectés. Une opération lourde qui demande du temps mais aussi beaucoup de ressources. "Aujourd’hui, le modèle SaaS représente à peine 10% des ventes des 100 premiers éditeurs européens, estime Bernard-Louis Roques. Le problème c’est qu’il n’y plus assez de croissance pour financer cette transformation."

Désaffection des investisseurs

Le chiffre d’affaires des 100 premiers éditeurs européen a progressé de seulement 2,7% à 42,2 milliards d’euros en 2013, contre un bond de 11% l'année précédente. "Dans le contexte actuel, ce résultat reste honorable, analyse le co-fondateur de Truffle Capital. Mais il est le plus faible depuis le lancement de l’étude en 2006. A l’exception de 2009, année de crise où le chiffre est tombé à 4%, le secteur a toujours bénéficié d’une croissance à deux chiffres."

Autre évolution inquiétante : le tarissement des sources extérieures de financement. Les éditeurs ont de moins en moins accès aux marchés des capitaux. Le nombre de sociétés cotées en bourse est tombé à 56 en 2013, contre 85 en 2006. "Il y a eu beaucoup de rachats, fusions, LBO et sorties de la cote, constate Bernard-Louis Roques. Le problème c’est qu’il n’y a pas eu assez d’introductions pour compenser les sorties. Il y a manifestement une désaffection des investisseurs en Europe vis-à-vis du logiciel. Ceci tranche avec ce qui se passe aux Etats-Unis où les éditeurs bénéficient d’énormes valorisations boursières."

Rien d’étonnant donc à ce que l’Europe ne dispose pas encore de grands champions de logiciel 100% cloud, à l’image de Salesforce, Workday, ServiceNow ou DropBox outre-Atlantique. "C’est normal, la création de telles sociétés réclame beaucoup d’argent et on n’a pas cela en Europe", regrette Bernard-Louis Roques.

Ridha Loukil

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