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Boxy, bien plus qu'un "Amazon Go à la française"

Photo La start-up française Storelift a annoncé ce 3 septembre l’ouverture de ses deux premiers magasins connectés et autonomes, baptisés Boxy. L’Usine Digitale, qui a pu tester le dispositif à Gennevilliers, revient sur les spécificités de cette technologie made in France qui pourraient bien séduire les consommateurs à la recherche de solutions de proximité.
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Boxy, bien plus qu'un Amazon Go à la française
Boxy, bien plus qu'un "Amazon Go à la française" © Storelift

Peu nombreux sont ceux qui pensent que les magasins autonomes vont remplacer les magasins traditionnels. Ça tombe bien, David Gabai, cocréateur du container automatique Boxy avec Tom Hayat, ne le pense pas non plus. "Nous n’avons pas vocation à prendre de marché aux acteurs traditionnels, explique l’entrepreneur. Sauf si une enseigne a fermé un point de vente dans une zone où elle rencontrait des problèmes de rentabilité… Dans ce cas, nous viendrons créer un marché là où elle l’a perdu".

Des zones sans offre disponible
C’est le premier critère de la start-up, baptisée Storelift, pour choisir un emplacement. "Nous nous posons la question de l’accessibilité géographique, poursuit David Gabai. Est-ce qu’une offre est disponible ?" Pour son premier emplacement officiel, ouvert depuis le 4 août sur le port de Gennevilliers (92), la réponse était non.

Le container a été placé au milieu de bâtiments industriels, tout près d’une cafétéria dont on devine rapidement qu’elle est désormais désaffectée. De l’autre côté de la Route principale du Port, une enseigne de snacking perdue au milieu des édifices.
 


Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7
Et pourtant, 8 000 personnes travaillent dans le port francilien. "Nous visons les personnes qui travaillent ici, de jour comme de nuit", indique David Gabai. Situé près de l’A86 et de son trafic routier, le container est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et permet à un client de faire des courses à tout moment parmi une sélection de snacks, desserts, fruits, produits d’épicerie salée et sucrée et quelques produits de dépannage (œufs, lait, pâtes, masques ou encore gel hydro-alcoolique…), soit 270 produits. Une offre de supérette, qui couvre 15 m² environ, et qui présente la particularité d’être entièrement autonome. Pas de caisses, pas de portiques, pas de personnel.

 


Après avoir téléchargé l’application du même nom et créé son compte, l’utilisateur déverrouille la porte d’entrée via un QR code. Il prend le ou les produits qu’il souhaite, puis appuie sur un bouton de sortie.
 


Il reçoit presque instantanément une facture provisoire pendant 24h, qui deviendra définitive si aucune erreur ou défaillance n’est soulevée par le client. Côté approvisionnement, Boxy fait le plein une fois par jour. Les produits sont stockés dans un entrepôt d’Ivry (94), qui abrite également le siège de la start-up.

Des données précieuses pour les industriels de l'agroalimentaire
Dans ce que certains appelleront un peu vite "l’Amazon Go à la française", les similitudes avec le concept américain sont effectivement présentes. Les technologies de machine learning et de computer vision, qui permettent de reconnaître les produits saisis, couplées aux capteurs dont sont dotées les étagères, évoquent la technologie "Just Walk Out" conçue par Amazon.

Mais la start-up revendique sa différence. A l’entrée, une caméra scanne la silhouette de l’utilisateur. Le système utilise ensuite des techniques d'apprentissage profond pour identifier des facteurs discriminants afin de le suivre à l’intérieur du magasin sans risquer de le confondre avec un autre. Il associe par ailleurs cette silhouette au compte utilisateur. Avantage et limite du dispositif : on ne peut pas passer un produit à un tiers. Celui qui saisit les articles doit être le détenteur du compte. Un point sur lequel Storelift travaille, tout comme l’intégration du paiement par tickets restaurants.

Autre différence majeure avec la société de Seattle : tout est hébergé en local, ce qui lui permet de garder la main sur les données et d’être conforme au RGPD. En revanche, les données d’achat, anonymisées, et le taux de conversion pourraient intéresser les industriels : "Notre système sait quand un client prend un produit mais ne l’achète pas et le repose", précise David Gabai, qui imagine que Boxy pourrait également être utilisé pour le lancement de nouveaux produits.

Une nouvelle levée de fonds en 2021
Construit sur mesure, made in France et ne nécessitant qu’une simple arrivée de courant pour fonctionner, Boxy a nécessité deux ans de R&D et quelques mois de test au sein d’un immeuble de bureaux à Châtillon. Malgré la pandémie et le confinement, cette expérimentation a permis d’ajuster l’assortiment de produits et d’améliorer la technologie. Après un premier mois d’exploitation, le container de Gennevilliers affiche une moyenne de cinquante clients par jour – Storelift en vise le double – pour un panier moyen de 5 euros. Le nombre de clients est en croissance hebdomadaire de 15%, et Boxy enregistre un taux de rétention de 75%.

A l’heure du développement sans précédent des magasins autonomes, le lancement de Boxy est opportun. Mais à la différence de nombreuses pépites positionnées sur le marché, Storelift ne cherche pas à vendre sa technologie. Elle veut être une enseigne à part entière, en couvrant un besoin courant des consommateurs. "Nous ne sommes pas qu’une entreprise tech", insiste David Gabai.

Pour le startupper, ce n’est plus la technologie qui constitue désormais une barrière à l’entrée, mais le service client. "Etre un acteur intégré, c’est ce qui peut nous permettre de faire la différence. Nous gérons tout : le support, la techno, le paiement, et cela offre une meilleure expérience client", affirme-t-il. Pour convaincre, Storelift mise également sur des prix bas qui s’alignent avec ceux des grandes surfaces. Mais comme pour tout commerçant, l'entreprise devra également travailler sa notoriété et varier son assortiment pour fidéliser sans lasser.

Storelift ambitionne de déployer une dizaine de containers d’ici un an, avec un autre container opérationnel au parc Icade Rungis. Elle ne se limite d’ailleurs pas à ce format. La start-up réfléchit à deux emplacements commerciaux dans des zones résidentielles des Hauts-de-Seine. Elle veut boucler une nouvelle levée de fonds en série A dès 2021, après un premier tour de table en juillet dernier, et compte embaucher une dizaine de personnes.

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