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Les astronomes exigent des règles contre la pollution lumineuse des méga-constellations de satellites

Dans une étude, l'Union astronomique internationale affirme que la pollution lumineuse provoquée par les constellations de satellites va "gravement affecter" les observations astronomiques scientifiques. Les astronomes appellent à une mobilisation internationale sur ce sujet afin de consacrer un "droit à l'obscurité" opposable aux agences spatiales et acteurs privés.
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Les astronomes exigent des règles contre la pollution lumineuse des méga-constellations de satellites
Les astronomes exigent des règles contre la pollution lumineuse des méga-constellations de satellites © Unsplash/Patrick Hendry

L'Union astronomique internationale (UAI) a publié, le 12 février 2020, les résultats préliminaires d'une étude sur les effets de la multiplication actuelle et future des constellations de satellites. SpaceX veut, par exemple, déployer plus de 42 000 micro-satellites dans le cadre de son projet "Starlink" pour créer un réseau internet ultra rapide. 

 

Pour ces scientifiques, une chose est sûre : les observations astronomiques scientifiques depuis la Terre pourraient être "gravement affectées" par ces activités à cause de la pollution lumineuse qu'elles engendrent. "Les constellations de satellite auront un impact sur les progrès de l'astronomie, à la fois pour l'observation radio, optique et infrarouge, et nécessiteront de réaffecter les ressources humaines et financières dédiée à la recherche fondamentale pour étudier et mettre en œuvre des mesures d'atténuation", constate l'organisation internationale non gouvernementale.

 

Difficilement visibles à l'oeil nu, mais très dommageables à l'astronomie

Pour comprendre l'impact de ces "méga-constellations" de satellites, le groupe d'astronomes a effectué des simulations en modélisant la fréquence, l'emplacement et la luminosité de 25 000 satellites placés en orbite basse. "Les résultats des simulations, étant donné le grand nombre de paramètres impliqués et les hypothèses et incertitudes associées, doivent être considérées comme préliminaires", précise l'UAI.

 

Ces premiers travaux montrent que le nombre de satellites visible en permanence au-dessus de l'horizon serait compris entre 1500 et quelques milliers, selon la latitude. La plupart d'entre eux apparaîtront très près de l'horizon. Environ 250 à 300 se trouveront à plus de 30 degrés au-dessus de l'horizon, soit dans la zone observée par les astronomes.

 

La "grande majorité des satellites" ne seront pas visibles à l'œil nu, sauf pendant des périodes spécifiques où la lumière du Soleil est plus susceptible de se refléter à leur surface. Mais les téléscopes utilisent un long temps d'exposition, allant jusqu'à 30 secondes, et ils parasiteront alors leurs images. En prenant le cas du télescope optique américain "Rubin Observatory", situé au Chili, les chercheurs affirment que jusqu'à 30% de ses images seront affectées par cette luminosité. Elon Musk a annoncé vouloir travailler sur le revêtement des satellites (les peindre en noir), pour diminuer leur visibilité, mais pour l'UAI rien ne garantit que cela résolve la situation.

 

Un "droit à l'obscurité"

Les chercheurs estiment qu'un "droit à l'obscurité" devrait être mis en place. Cette prérogative servirait de levier contre les projets des agences spatiales ou des sociétés privées. L'UAI regrette d'ailleurs qu'aujourd'hui aucune norme n'encadre "la luminosité des objets artificiels en orbite". Pour faire changer les choses, elle annonce qu'elle présentera ses conclusions lors de la prochaine réunion du Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique rattaché à l'Organisation des Nations-Unies. L'idée est de prendre le problème à bras le corps avant qu'il ne soit trop tard et que des dizaines de milliers de satellites soient en orbite.

 

Les astronomes rappellent que le progrès technologique est corrélé aux progrès des connaissances scientifiques. Selon eux, les satellites actuels ne fonctionneraient ni ne communiqueraient correctement sans "les contributions essentielles" de l'astronomie et de la physique. "Il est dans l'intérêt de tous de préserver et de soutenir les progrès des sciences fondamentales telles que l'astronomie, la mécanique céleste et la dynamique orbitale", concluent les chercheurs.

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