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Les fintech françaises, principales contributrices de la French Tech, affichent leurs disparités

Étude Alors que s’est ouvert le Paris Fintech Forum, NewAlpha Asset Management et Exton Consulting présentent la 3e édition de leur cartographie annuelle des fintech entrepreneuriales françaises établie à fin décembre 2019. Si l’écosystème peut se targuer de belles réussites, des segments jugés prometteurs tardent à émerger.
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Les fintech françaises, principales contributrices de la French Tech, affichent leurs disparités
Les fintech françaises, principales contributrices de la French Tech, affichent leurs disparités © NewAlpha Asset Management / Exton Consulting

La Fintech se porte bien en France, du moins en tant qu'écosystème. Alors que deux levées de fonds d’envergure (Lydia et Qonto), auxquelles a participé le géant chinois Tencent, ont marqué l’actualité de ce début d’année, il convient de revenir sur 2019, qui a été une année de maturité pour les entreprises du secteur en France. Levée de fonds record, prédominance des Paytech et Insurtech, mais aussi difficulté à émerger pour certains segments et écosystème peu féminisé… Voici les principaux enseignements de la 3e édition de la cartographie annuelle des fintech entrepreneuriales françaises, établie à fin décembre 2019. 

 

Réalisé par la société de gestion NewAlpha Asset Management et le cabinet de conseil Exton Consulting, ce rapport publié le 28 janvier, au premier jour du Paris Fintech Forum, permet d’avoir une image représentative du secteur Fintech français. Il positionne ces sociétés par secteur d’activité et par ancienneté. "Cette visualisation croisée permet d’analyser la dynamique de création des start-up Fintech en France et d’anticiper les évolutions de l’industrie", explique l’étude.

 

Année record en nombre de sociétés, 7 leaders dans l’écosystème

Premier signe de dynamisme, le nombre de start-up : avec 352 sociétés, l’écosystème fintech français occupe une bonne place en Europe. "Jamais la France n’a compté autant de fintech qui cherchent à révolutionner le paysage des services financiers, analyse Nicolas Felgueiras, Directeur chez Exton Consulting. De nombreux nouveaux acteurs ont fait leur apparition cette année, pas nécessairement là où on les attendait, signe de l’agilité de nos entrepreneurs dans l’identification de nouvelles opportunités".

 

A noter néanmoins un chiffre qui peut à la fois être interprété à la fois comme un signe de dynamisme qu'une forme d’instabilité : 134 sociétés ont été ajoutées ou retirées par rapport à l’édition précédente. 83 sociétés ont fait leur entrée dans cette nouvelle édition et "51 fintech présentes l’année dernière ne figurent plus dans cette nouvelle édition, essentiellement pour cause d’activité faible ou de pivotement de modèle économique, de cessation d’activité, ou consécutivement au mouvement de consolidation observable sur certains segments Fintech", précise le rapport. 

 

La tendance est à la consolidation des acteurs, comme le montre le poids croissant des fintech françaises en activité depuis plus de 5 ans. Pour les experts, cela montre "leur aptitude à s’inscrire durablement dans le paysage financier national et international, grâce notamment à la qualité d’exécution de leur plan et leur financement par des investisseurs nationaux mais aussi étrangers".

 

Au-delà du nombre de sociétés, 7 d’entre elles font figure de porte-étendard grâce à leur intégration au classement Next40 : laissant de côté les fonds levés, elles ont créé plus de 1 000 emplois depuis 2017 "et s’installent durablement dans le paysage des services financiers en France et à l’étranger, dans une relation de concurrence ou de collaboration plus que jamais créatrice de valeur pour l’ensemble du marché", poursuit Nicolas Felgueiras. Alan, Digital Insure et de Shift Technology rejoignent de leur côté le French Tech 120, "illustrant la maturité croissante des modèles d’affaires et la multiplication des cas d’usages" chez les insurtech.

 

Le cap des 600 millions d’euros levés franchi

Les levées de fonds font bien sûr partie intégrante des signaux de dynamisme et 2019 est également une année record de ce point de vue : la Fintech représente 13% des levées de la French Tech. Le secteur enregistre une croissance moyenne des investissements d’environ 50% par an sur les 3 dernières années, avec un cap historique des 600 millions d’euros levés franchi en 2019 pour 81 levées de fonds. Une croissance qui s’explique par un écosystème français particulièrement encouragé par les pouvoirs publics.

 

"Les fintech françaises ont poursuivi leur développement en 2019 et sont devenues un des principaux contributeurs de la French Tech, explique Lior Derhy, Managing Partner chez NewAlpha AM. Un nombre considérable de success stories dope la croissance de ce secteur et contribue à attirer des financements nationaux et internationaux de plus en plus significatifs. L’accélération de la transformation digitale des leaders de l’industrie financière s’accompagne ainsi d’un dynamisme toujours soutenu des entrepreneurs et des investisseurs, qui entendent bien y contribuer".

 

"Le quasi doublement du financement des fintech françaises en 2019 comparé à 2018 illustre l’augmentation significative du nombre et de la taille des opérations supérieures à 10 millions d’euros, ainsi que l’intervention croissante d’investisseurs internationaux sur les opérations majeures", poursuit l’étude. A noter une augmentation de la part des fonds de capital risque étrangers.

 

Des segments porteurs, des diversifications stratégiques

L’étude rentre en détail dans la composition de l’écosystème en 2019. Les Paytech, c’est-à-dire les plates-formes spécialisées dans les solutions de paiement (Wynd, Payfit, Lunchr ou encore LemonWay), constituent encore le plus grand vivier entrepreneurial avec plus de 20% des fintech françaises, tandis que les "tech for Fin" et les néo-banques adressant des marchés spécifiques affichent une croissance soutenue.

 

Les insurtech constituent de leur côté le deuxième segment en nombre d’entités avec une cinquantaine de start-up. Elles se développent en particulier sur l’amélioration de l’efficacité et de la rentabilité des assureurs traditionnels dans une approche B2B. On peut citer Predilex, Akur8, ou via des solutions adressant les marchés des TPE/PME ou des indépendants Hoggo, Qlara, Moment. Le segment des insurtech est le deuxième pour les levées de fonds, avec un montant cumulé atteignant un record de 148 millions d’euros en 2019 contre 41 millions en 2018.

 

Les solutions de financement d’entreprises ou de particuliers sont au nombre d’une petite cinquantaine. La moitié d’entre elles sont des plates-formes de financement participatif de PME, généralistes ou spécialisées à un secteur d’activité, mais quelques plates-formes leaders (Younited Credit, October, Lendopolis…) ont diversifié leur modèle en intégrant de l’investissement institutionnel. "Les autres sociétés de ce segment sont en grande majorité des plates-formes de courtage augmenté en financement (HelloPrêt, Pretto) ou encore des solutions proposant un processus de souscription simplifié avec une expérience plus fluide servie par des algorithmes qui accélèrent le scoring et la prise de décision (Virgil, Mansa)", poursuit le rapport.

 

41 sociétés proposent des solutions d’épargne et d’investissement à destination des particuliers et des professionnels. Un secteur qui "n’a pas connu d’évolution notable en 2019". Principaux représentants de ce segment : les robo-advisors en marque propre, commercialisés directement auprès des investisseurs particuliers, ou en marque blanche auprès de sociétés de gestion, de banques ou d’assureurs. "Du fait de la difficulté pour les robo-advisors français à attirer l’épargne des particuliers, la plupart d’entre eux ont pivoté vers des modèles BtoBtoC", selon le rapport. 25% des sociétés de ce segment proposent des solutions dédiées aux professionnels de l’investissement et sociétés de gestion.

 

Le nombre de solutions de gestion des flux financiers est resté stable en 2019 et représente environ 10% des fintech en France. La grande majorité des offres disponibles sur le marché (80%) sont positionnées sur le BtoB et offrent des solutions de gestion des frais professionnels, des factures, de la trésorerie ou d’automatisation de la comptabilité. Les offres à destination des particuliers mettent à disposition des applications de gestion de budget et de finance personnelle, d’aide à la constitution d’épargne ou de financement de découvert.

 

Même s’il ne représente qu’un peu plus de 6% des fintech en France, le segment bank-as-a-service s’est renforcé en 2019 avec 6 nouveaux acteurs, dont 4 néo-banques. "Après une première vague de néo-banques orientées B2C et une seconde vague adressant les TPE/PME (Qonto, Manager.one…) et les indépendants, nous avons assisté en 2019 à l’essor des néo-banques affinitaires, principalement sur le segment des adolescents et jeunes adultes (Kard, Xaalys, Pixpay…)", explique le rapport. Une tendance qui devrait se complexifier cette année avec l’arrivée de grands acteurs traditionnels (Société Générale avec Kapsul) sur ce créneau.

 

Les tendances 2019 : solutions BtoB et automatisation

Deux autres tendances de l’année écoulée sont notées : le nombre de fintech adressant les besoins des TPE/PME françaises a augmenté. "Ces fintech offrent des solutions permettant une meilleure gestion du cycle d’exploitation (facturation, comptabilité, trésorerie, assurance et financement de l’activité) ou de gestion de la paie", détaille le baromètre.

 

Par ailleurs, les solutions métiers basées sur l’IA proposées par les fintech se sont également développées. "Ces solutions visent l’optimisation des processus métiers, en relais des solutions basées sur la RPA (Robot Process Automation) que l’on a connues ces dernières années, et répondent aux attentes fortes des banques, assurances et sociétés de gestion". 

 

Le segment Tech for Fin gagne 15 nouvelles sociétés. Constitué d'entreprises proposant des logiciels ou services spécifiquement adaptés aux banquiers, aux assureurs et gérants d’actifs, il s’appuie "sur des technologies de big data, d’intelligence artificielle, de traitement automatique du langage naturel (NLP) ou de cybersécurité", liste le rapport. Bien que ces solutions puissent également être utilisées par d’autres grandes industries, "les grands comptes bancaires et assurantiels se sont avérés être parmi les premiers à les adopter". Parmi les exemples cités, la démocratisation et la mise à l’échelle de projets d’IA afin d’anticiper les comportements des clients, l’automatisation du traitement des retours clients (Owi, Datakeen…), la traduction instantanée du contenu financier (Lingua Custodia), ou encore la détection de fraudes et d’anomalies.

 

la regtech à la traîne, LA GESTION D'ACTIFS NUMÉRIQUE AU POINT MORT ?

Si la Fintech est aussi dynamique, c’est avant tout pour combler les lacunes d’un secteur financier en pleine transformation. Pour autant, tous les segments n’ont pas atteint leur potentiel. Si le secteur a identifié des besoins en solutions de mise en conformité, permettant aux RegTech de se positionner, cela se fait "essentiellement sous forme de POC à ce stade", nuance le rapport. Si en 2019, 31 sociétés répondent aux nouveaux besoins réglementaires propres aux métiers de la banque, de l’assurance et de la gestion d’actifs, le rapport n’a identifié "aucune levée de fonds significative sur ce segment".

 

23 sociétés développent ou s’appuient sur les technologies de registres distribués. Plus de la moitié d’entre elles développent leurs activités autour des crypto-monnaies : trading, distribution, change, stockage et gestion de portefeuille. "D’autres sociétés identifiées éditent directement des technologies ou des protocoles de registres adaptés aux environnements bancaires et assurantiels, et permettant par exemple d’éditer des smart contracts sur des cas d’usages propres à l’industrie, comme la tenue de registres transactionnels (notamment en trade finance) ou l’authentification de données", détaille le rapport, qui note peu de créations récentes de sociétés dans ce segment.

 

Autre donnée qui donne à relativiser l’usage de certains "buzzwords". Si 75% des start-up de la blockchain ont été créées il y a plus de deux ans, "elles en restent à leurs prémices, conclut le rapport. La démonstration de cas d’usage et la validation de projets pilotes nécessitent une coopération étroite et longue entre les start-up, les grands groupes et les régulateurs".

 

Des secteurs émergents prometteurs pour 2020

Autre sujet de transformation, les offres et solutions autour de la Green Finance et de la finance "for good" et surtout, l’entrée en vigueur de la directive européenne DSP2 et le développement du paiement instantané. Ces deux derniers facteurs "devraient favoriser l’émergence de nouvelles PayTech capables de proposer des fonctionnalités de paiement enrichies dans les années à venir", prévoit le rapport. En 2019, l’industrie financière s’est également beaucoup intéressée aux solutions permettant l’agrégation et la valorisation des données bancaires transactionnelles… au point de les faire entrer dans son giron : Budget Insight a été acquise par Crédit Mutuel Arkea et Bankin’ a fait entrer le groupe Casino à son capital.

 

A noter enfin, un secteur peu féminisé : en 2019 toujours, 5% du montant total des levées de fonds ont financé des fintech dont l’équipe fondatrice inclut au moins une femme.

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