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Linuxcon Europe 2015 : avec IoTivity, Intel croit tenir la clé de l'Internet des Objets

L'internet des objets commence enfin à émerger avec la formation de consortiums qui visent à établir des standards communs. IoTivity, créé en 2014, est l'un d'entre eux. Poussé notamment par Intel et Samsung et financé par la Fondation Linux, il était l'une des thématiques de la conférence Linuxcon Europe 2015. Le signe que l'ouverture est la clé pour réunir tous les acteurs nécessaires.
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Linuxcon Europe 2015 : avec IoTivity, Intel croit tenir la clé de l'Internet des Objets
Linuxcon Europe 2015 : avec IoTivity, Intel croit tenir la clé de l'Internet des Objets © Julien Bergounhoux

L'Internet des objets est une préoccupation de plus en plus importante pour les développeurs, y compris dans le monde du logiciel libre. C'est ce qui ressort de la conférence Linuxcon Europe, Cloud Open et Embedded Linux qui s'est déroulée à Dublin du 5 au 7 octobre.

 

"Il y a trois ans, personne ne parlait de l'Internet des objets à cette conférence, mais aujourd'hui il est sur toutes les lèvres," nous a confié Teodor Bobirnila, Senior Product Manager for Open Source Platforms chez Wind River, une filiale indépendante d'Intel spécialisée dans les OS pour systèmes embarqués. Mais tout, ou presque, reste à faire. "Trop de gens pensent encore que l'Internet des objets, ce ne sont que des systèmes embarqués capables de se connecter à Internet", renchérit-il.

 

Intel, qui est l'un des principaux contributeurs au noyau Linux, était présent en force à la conférence pour promouvoir IoTivity, un framework Open Source qui implémente le standard définit par l'Open Interconnect Consortium (OIC). Le fondeur est l'un des quatre membres fondateurs du consortium, avec Samsung, Cisco et GE. Le projet IoTivity, dont les premières spécifications ont été publiées il y a trois semaines, a été lancé il y a un an, en même que l'OIC.

 

L'Internet des Objets passera par l'open source

 "L'Open Source va y jouer un rôle majeur par son aspect collaboratif, explique Mark Skarpness, directeur des systèmes embarqués  d'intel et président d'IoTivity lors de sa Keynote. La logique est simple : le secteur est encore jeune et évolue très vite, et la définition d'un standard commun sera la clé du succès de l'Internet des Objets." Selon lui, un acteur se reposant sur une technologie propriétaire court le risque d'être dépassé et de finir avec une solution qui n'est pas interopérable et donc peu attractive.

 

A noter qu'IoTivity est financé par la Fondation Linux, tout comme son grand rival, AllSeen. Etrange ? Pas tant que ça. Thiago Macieira, Software Architect et Community Manager chez Intel, a indiqué lors d'une session sur IoTivity qu'il a déjà rencontré des membres du projet AllSeen. Pour lui, une fusion des deux consortiums n'est pas exclue à long terme, s'ils arrivent à résoudre leurs différences techniques et stratégiques. En finançant les deux entités, la Fondation Linux s'assure de conserver un regard sur les développements (qui restent dans son giron) et pourrait faciliter ce rapprochement éventuel.

 

Eviter au maximum les failles de sécurité

Reste deux défis majeurs : la sécurité et la communication. C'est précisément ce qu'Intel tente de résoudre avec IoTivity. La sécurité est un aspect crucial car les gens doivent pouvoir avoir confiance en ces appareils. Très clairement, la solution n'est pas encore stable, mais Intel pense en tenir le bon bout en se reposant sur un principe d'authentification et d'autorisation initiales (découplées du chiffrement de la connexion) lors de l'intégration des objets à un réseau. Thiago Macieira n'hésite pas à mettre en avant le fait que les développeurs d'IoTivity ne font pas qu'implémenter bêtement les spécifications de l'OIC, mais expérimentent et innovent en le faisant.

 

La sécurité passe aussi par la gestion des mises à jour, un élément requis par IoTivity. "On peut se dire que ces objets sont très peu coûteux et qu'il n'est pas nécessaire de pouvoir les mettre à jour, lance Mark Skarpness. Qu'au besoin il suffit de les jeter et d'en installer d'autres. Mais quid des infrastructures ? Des capteurs installés dans des murs en béton ou dans le bitume des routes ? En réalité, nous savons qu'il y aura des failles de sécurité, c'est inévitable. Il nous faut donc absolument pouvoir les mettre à jour."

 

indispensable interopérabilité

Définir un protocole de communication commun est essentiel pour ne pas se retrouver avec des îlots d'appareils connectés entre eux mais isolés d'autres îlots. C'est le propre d'un internet, une interconnexion de réseaux.

 

Pour trouver la meilleure solution possible, IoTivity se tourne vers des nouveaux protocoles de communication, comme 6LowPAN ou Bluetooth Mesh. Les responsables du projet ne cachent pas le fait qu'ils sont encore dans une phase d'expérimentation, qu'ils testent différentes technologies pour déterminer quelles sont les meilleures. Questionné sur la raison pour laquelle ils n'intègrent pas toutes les technologies disponibles, Thiago Macieira répond qu'il n'est pas possible d'avoir une solution performante compatible avec tout ce qui existe. Ainsi, même si IoTivity peut faire office de passerelle entre plusieurs technologies propriétaires (par exemple un thermostat Nest et une ampoule Philips Hue, dont la démo était faite à la conférence), son réel intérêt se situe avant tout dans les produits à venir qui incorporeront nativement ces spécifications.

 

La certification des produits IoTivity, qui validera leur compatibilité avec le standard, débutera d'ici un ou deux mois. Les premiers produits certifiés sortiront quant à eux avant la fin de l'année, d'après les différents responsables interrogés. Et même s'ils n'ont pas révélé de nom, il ne fait que peu de doute qu'ils proviendront de Samsung.

 

La Smart home comme point d'entrée

IoTivity va se concentrer au départ sur la smart home, et s'en justifie par la nécessité de gagner une reconnaissance publique et le désir de ses membres de pénétrer le marché grand public. Ses représentants souhaitent néanmoins arriver à terme dans les autres secteurs, industrie, transports, etc.

 

Et le potentiel est bien là. Présents dans l'assistance, des architectes systèmes pour des startups ou de grandes entreprises, comme Orange, n'ont pas caché leur intérêt : "même si ce n'est pas révolutionnaire, ça fait tout ce qu'il faut comme il le faut. C'est plus qu'on peut en dire de ce qui existe actuellement." Avec comme objectif la perspective de ne plus avoir à réinventer la roue pour faire la même chose au sein de chaque entreprise. "Il est vraiment temps qu'un standard émerge."

 

Changer le monde

Lors de sa keynote, Mark Skarpness n'a pas caché son ambition en proclamant que l'IoT "peut changer le monde". Il n'est pourtant pas dupe du fait que "c'est une notion qui attire énormément de buzz, parfois pour des usages pour peuvent sembler triviaux, du type réfrigérateur connecté". Pourtant les vrais cas d'usages existent : dans les smart grids et les smart buildings, mais aussi dans les usines, la logistique ou le secteur des transports.

 

Il a d'ailleurs cité un exemple concret : celui des vaccins, sensibles aux changements de température, dont un tiers est souvent périmé avant d'arriver au patient dans les pays en voie de développement. Et ce sans que les médecins puissent le savoir lorsqu'ils les administrent. Un problème qu'Intel a facilement résolu en y installant des capteurs de température.

 

L'accessibilité sera déterminante

Pour pleinement réaliser le potentiel de l'Internet des Objets, Mark Skarpness a mis en avant le besoin de rendre ces technologies plus accessibles. Car si de nombreux développeurs d'applications ont des idées sur comment utiliser l'IoT, ils ne sont pas des experts en systèmes embarqués... Et cela représente souvent une barrière infranchissable. Il faut donc pour lui absolument intégrer ces technologies avec des couches informatiques de plus haut niveau pour en faciliter l'accès au plus grand nombre.

 

Et cela ouvre la porte à un autre aspect crucial : la customisation. "Internet des Objets" reste un terme générique qui s'applique en vérité à des machines et des utilisations très diverses. Une seule pile d'éléments logiciels ne peut pas convenir à tous ces besoins. Pour Mark Skarpness, "il faut créer des briques logicielles, permettre leur personnalisation, et surtout s'assurer que des développeurs non-spécialisés dans les systèmes embarqués puissent s'en servir." C'est l'un des gros chantiers restant. La même demande revient d'ailleurs souvent envers la communauté : venez nous voir, parlez nous, réfléchissez à ces défis et rejoignez nous pour les relever si le coeur vous en dit. A bon entendeur...

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