Actualité web & High tech sur Usine Digitale

On a visité l'OVNI TheCamp, le nouveau lieu d'innovation d'Aix-en-Provence

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Reportage L'Usine Digitale a assisté le 28 septembre 2017 à la pré-ouverture du nouveau campus d'Aix-en-Provence dédié à l'innovation "TheCamp" . Visite ce "tiers-lieu" qui échappe aux définitions classiques.

On a visité l'OVNI TheCamp, le nouveau lieu d'innovation d'Aix-en-Provence
On a visité l'OVNI TheCamp, le nouveau lieu d'innovation d'Aix-en-Provence © Corinne Vezzoni et Associés Architecte pour thecamp – Golem Images

"Rencontre du troisième type" au cœur de la Provence. La découverte de "TheCamp", ce nouveau lieu d'innovation posé au cœur de la garrigue aixoise, provoque l'incrédulité. C'est comme si une soucoupe volante avait atterri au pied de la montagne Sainte-Victoire, entre un piton rocheux et une pinède. On a beau avoir vu des photos du chantier, suivi de loin ce projet atypique (avec une pointe de scepticisme, avouons-le), impossible de ne pas être impressionné lorsqu'on arrive sur le site. L'intégration du bâtiment dans son environnement, le travail sur les volumes et les courbes, la lumière, contribuent à ce choc esthétique.

 

une communauté futuriste au coeur de la nature

Le rituel d'arrivée dans ce "camp de base" génère aussi cette sensation. On débarque en buggy électrique, via un chemin forestier qui serpente entre les pins en soulevant des volutes de terre. Une fois la poussière ocre retombée, on découvre une grande voile blanche traversée par trois puits de lumière, et soutenue par une dizaine de piliers. Sous ce chapiteau immaculé, pas de hall ni de couloirs mais des "traverses" par lesquelles souffle le mistral. Et surtout 13 structures cylindriques de tailles différentes posées façon verres de laboratoires, baignées de lumière, fenêtres ouvertes sur la nature environnante. Un bar, un restaurant, deux amphithéâtres (un intérieur, l'autre extérieur), un terrain de sport (connecté), un potager, des aires de méditation, une piscine à filtration naturelle, des villas et logements… le décor est celui d'une petite communauté futuriste.

 

 

 

 

 

L'effet de surprise lorsqu'on arrive sur le site (que l'architecte a suscité en créant des "rubans" de logements pour isoler le site de l'extérieur) est renforcé par la mise en scène de l'inauguration. La soixantaine de salariés arbore des combinaisons blanches façon cosmonautes, un groupe de jeunes artistes européens en résidence pour six mois porte des "bleus de travail" indigo, un funambule traverse le ciel, un designer inonde la canopée de sons et lumières... L'ambiance très "Houellbecquienne" évoque une ambassade pour extra-terrestres, le campus d'un géant technologique de la Silicon Valley, ou une colonie martienne.

 

Un lieu à visée "iconique"

Des visions inspirées par la science-fiction. Normal : "TheCamp" a été conçu pour être "iconique", pour laisser une trace dans les souvenirs du visiteur. "On a voulu créer un lieu qui n'existait pas ailleurs", résume Antoine Meunier, en charge de la communication du campus. "On avait peu de moyens, donc on a opéré des choix radicaux : de la simplicité, de l'ascétisme, de la minimalité", ajoute l'architecte Corinne Vezzoni. "On a opté pour des matériaux simples, du bois, du béton brut, du verre. On a exploité le relief,  travaillé sur l'exposition de chaque espace et profité de l'ensoleillement naturel". Rien de trop intimidant ou d'ostentatoire malgré l'ampleur du projet. Pas d'étalage de technologie ou de déluge de capteurs, ce qui est une bonne idée pour s'extraire de l'incontournable obsolescence technologique d'un tel lieu.

 

 

 

 

le projet d'un "visionnaire"

Qui a imaginé ce décor et dans quel but ? Ce projet est d'abord le fruit de la vision d'un homme, Frédéric Chevalier. Cet entrepreneur multi-talents y a consacré 10 ans de sa vie, en faisant son activité à temps plein dès 2013. Son rêve ? Créer ce qu'il nomme un "objet-monde", une base de départ pour "explorer le futur", son obsession. Il a mis beaucoup de son énergie, de son argent et de ses convictions dans ce projet, co-créé avec une équipe d'hommes et femmes qu'il a sélectionnés, comme l'architecte Corinne Vezonni. "Nous sommes partis de rien, n'avons suivi aucun programme précis", explique-t-elle. "Le projet s'est construit au fil de l'eau".


Toutes les personnes ayant croisé la trajectoire de Frédéric Chevalier louent les qualités de cet homme, "rêveur", "visionnaire", "humaniste". Et persévérant. "Quand on parlait de ce projet il y a trois ans, on nous prenait pour des fous", se souvient Marina Rachline, en charge du programme "challenges". Patiemment, l'homme a su convaincre les autorités locales, et des partenaires privés pour faire naître ce projet. Il est parvenu à lever 80 millions d'euros (dont un quart d'argent public) pour le faire naître et lancer les premiers programmes.

 

 

 

 

Frédéric Chevalier est décédé brutalement fin juillet à l'âge de 53 ans, laissant la communauté naissante des "campers" orphelins. "Il nous manque beaucoup", confie Antoine Meunier. "C'est le grand absent de cette journée de pré-opening". Les "Campers" avouent ne pas vouloir faire du créateur une icône à la Steve Jobs, mais ont tenu à lui rendre hommage tout au long de la soirée d'ouverture. Avec l'idée de rester fidèle à l'optimisme du fondateur, qui a conçu "TheCamp" comme un lieu de rencontres et de possibles, antidote à la résignation. "Il avait la vision d'un futur choisi, il voulait construire un monde dont on a envie pour nos enfants", résume Jean-Paul Bailly, ancien patron de La Poste et de la RATP, qui assure la direction par intérim depuis le décès de Frédéric Chevalier.

 

une base de départ pour "explorer le futur"

Imaginer, anticiper, construire un futur désirable rendu possible par les technologies : c'était bien là la vocation première de "TheCamp", un campus "multi-disciplinaire, trans-générationnel, international", synthétise Antoine Meunier. Des "explorateurs" vont investir ce camp de base conçu pour "favoriser la collaboration créative". Il y aura de jeunes artistes européens, regroupés dans une "ruche créative" pour des résidences de plusieurs mois ; des start-upers, incubés dans le "Village by CA" du site (avec une quarantaine de jeunes pousses par an) ; des salariés de grands groupes venus se former et se préparer au "monde de demain". (avec notamment des "pass thématiques de 5 à 10 jours). Différents outils seront à leur disposition : un showroom consacré à la réalité virtuelle et augmentée, un fablab pour prototyper ses idées, un "Lab" pour développer des projets concrets sur le territoire de la métropole aixoise (autour de la smart city et de la mobility), 152 "cellules" et 18 studios pour dormir sur place, des sessions "inspirantes" avec de grands témoins, des séances de philosophie et d'astrophysique, de sport et de méditation…

 

Un vaisseau à faire vivre

Le vaisseau "TheCamp" et ses satellites, tous les ingrédients de base d'un écosystème performant sont en place. Ne reste plus qu'à savoir si la "sauce" va prendre, si les 18 grands groupes partenaires* vont véritablement s'emparer des lieux et impliquer leurs salariés ou seulement chercher à améliorer leur image à coup de "start-up washing"…  TheCamp va aussi devoir notamment bâtir une nouvelle gouvernance après le décès de son fondateur et démontrer qu'il est capable de produire des idées et projets concrets, et pas seulement du "storytelling" un peu vide pour ses partenaires et mécènes.

 

 

 

 

L'enjeu est aussi économique. "TheCamp" espère devenir rentable à l'horizon 2020, avec l'objectif de ré-injecter ses bénéfices dans des programmes d'intérêt général. L'équipe table sur une montée en puissance progressive. Il accueillera ses premières start-up en janvier 2018. D'octobre 2017 à juin 2018, le lieu sera encore en phase "exploratoire". "Nous sommes tous petits, nous avons tout à prouver", reconnaît Antoine Meunier. Le travail commence tout juste pour faire de "TheCamp" un véritable lieu de vie et de création à la hauteur des ambitions de son fondateur.

 

* Les partenaires fondateurs privés et publics : Accenture, AccorHotels, Air France, Cisco, CMA CGM, Crédit Agricole et Crédit Agricole Alpes-Provence, la MAIF, le Groupe VYV, SNCF Gares & Connexions, La Poste, RATP, Sodexo, Steelcase, VINCI Construction, VINCI Energies ;  Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Département des Bouches-du-Rhône, Métropole Aix-Marseille-Provence, CCI Marseille-Provence.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale